CHAPITRE III
Leurs biens et leurs occupations.
La richesse des patriarches consistait priDcipalement en bestiaux. Il fallait qu'Abraham en eût beaucoup quand il fut obligé de se séparer de son neveu Lot, parce que le pays ne les pouvait contenir ensemble. Jacob en avait un grand nombre quand il remt de la Mésopotamie, puisque le présent qu'il fit à son frère Esaû était de cinq cent quatre-vingts dix pièces de bétail ; et l'on y voit quelles espèces de bêtes ils nourrissaient : des chèvres, des brebis^ deschameauXf des bœufs et des ânes. Ils n'avaient ni chevaux ni porcs. C'était ce grand nombre de troupeaux qui leur faisait tant estimer les puits et les citernes , dans un
DES nnukÉLiTEs. il
pays qui n*a point d'autre riTière que le Jourdaiû, et où il ne pleut que rarement.
Ils avaient encore des esclaves , et Abraham devait en avoir un grand nombre, puisque entre ceux qui étaient nés ches lui el qu*il avait e!itercé8, il arma jusqu'à trois cent dix-buit hommes. Il devait avoir à proportion bien des enfants, des vieillards, des femmes et des esclaves achetés. A son retour d'Egypte il est dit qu'il était riche en or et en argent. Les bracelets et les pendants d'oreilles que son serviteur Bliézer donna de sa part àRébecca étaient de six onces d'or, et l'acquisition de son sépulcre fait voir quUIs avaient dès lors l'usage de la monnaie. On voit qu'ils usaient de parfums et d'habits précieux, par ceux d'Ësaû dont Jabob se servit pour recevoir la bénédiction de son père.
Avec toutes ces richèbses ils étaient fort laborieux : toujours k la campasne, logés sous des tentes, changeant de demeuré suivant la commodité des pâturages ; par consé^ quent souvent occupés à camper et souvent en marche^ car ils ne pouvaient faire que de petites jountées avec un si grand attirail. Ce n'est pas qu'ils n'eussent pu bâtir aussi bien que les autres habitants du même pays, mais ils préféraient cette manière de vie. Elle est sans doute la plus ancienne, puisqu'il est plus aisé de dresser des tentes que de bâtir des maisons.; et elle a toujours passé pour la plus parfaite, comme attachant moins les hommes à la terre. Aussi elle marquait mieux l'état des patriarches, qui n'ba-* bilaient cette terre que comme voyageurs attendant les pro^ messes de Dieu, qurné devaient s^accomplir qu'après leur mort. Les premières villes dont il soit parle furent bâties par les méchants, par Cain et par Nemrod. Ce sont eux les premiws qui se sont enfermés et fortifiés , pour éviter la peine de leurs crimes^ et en faire impunément de nouveaux* Les gens de bien vivaient à découvert et sans rien craindre*
La principale occupation des patriarches était le soin de leurs troupeaux; on le voit par leur histoire et par la déclaration expresse que les enfants de Jacob en firent au roi d'Egypte. Quelque innocente que soit l'agriculture , la vie pastorale était considérée comme plus parfaite encore; La preoiière fut le partage de Gaïn ; et l'autre d'AbeL Celle-ci a quelque chose de plus simple et de plus noble, elle est moips péniUe, elle attache moins à la terre, et tou<^ tefois elle est d'un plus grand profit. Le vieux Caton mettait la vie pastorale avant le labourage, et la préférait aux autres moyens de a'^urichir.
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Les justes reproches que Jacob faisait à Laban montrent que les patriarches prenaient ce travail fort sérieusement, et qu'ils ne s'y épargnaient pas. Je vous ai servi vingt œwi^, dit-il, souffrant toutes les injures du temps^ portant ^i€^ chaleur du jour et le froid de la nuit ; et le sommeil fuxfi ' ' de mes yeux. On peut juger du trayail des hommes celui des filles. Rebecca venait amassez loin pour puiser Feau, et s'en chargeait les épaules, et Rachel menait ellemême le troupeau de son père ; leur noblesse et leur beauté ne les rendaient point plus délicates. Cette première siia>plicité s'est conservée longtemps chez les Grecs, dont nous estimons la politesse avec tant de raison. Homère en four— nit partout des exemples, et lés poésies pastorales n'ont point d'autre fondement. Effectivement^ en Syrie, en Grèce et en Sicile il y avait encore, plus de quinze cents ans après les patriarches, d'honnêtes gens qui s'occupaient à nourrir les bestiaux, et qui, dans le grand loisir de cette espèce de vie, et la belle humeur que ces beaux pays inspirent, faisaient des chansons fort naïves et fort agréables. .