‹ Les mœurs des Israélites et des ChrétiensChapitre 5 sur 103 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Leur frugalité.

Pour la nourriture et les autres besoins de la vie, les patriarches n'étaient aucunement délicats. Les lentilles que Jacob avait préparées, et qui tentèrent si fort Esaû, peuvent faire juger de leurs mets ordinaires ; mais on voit l'exemple d'un repas magnifique dans celui qu'Abraham fit aux trois anges. Il leur servit un veau, du pain frais, mais cuit sous la cendre, du beurre et du lait. Il parait qu'ils avaient quelque espèce de ragoûts , par celui que Rébecca fit à Isaac •, mais son grand âge peut excuser cette délicatesse. Ce ragoût fut composé de deux chevreaux, et Abraham servit aux anges un veau entier, avec le pain de trois mesures de farine, qui reviennent à plus de deux de nos boisseaux, et à près de cinquante-six livres de notre poids. On peut conclure de là qu'ils étaient grands mangeurs, menant une vie très- active ; et peut-être étaient-ils déplus grande taille aussi bien que de plus longue vie. Les Grecs croyaient que les hommes des temps héroïques étaient plus grands; et Homère les fait grands mangeurs. Quand Eumée reçoit Ulysse, il apprête un porc de cinq ans pour cinq personnes.

Les héros d'Homère se servent eux-mêmes pour les besoins

ordinaires de la vie , et Ton voit agir de même les patriarches. Abraham , qui avait tant de domestiqaes^ et qui était âgé de près de cent ans , apporte lui-même de l'eau pour laver les pieds à ses hôtes ^ va presser sa femme de leur faire du pain, va lui-même choisir la viande, et revient les servir debout. Je veux bien qu'il fût animé en cette occasion par son zèle à exercer l'hospitalité : mais tout le reste de leur vie y répond. Leurs valets servaient à les aider, non pas à les dispenser du travail. En efTet, qui pouvait obliger Jacob allant en Mésopotamie à faire seul , à pied, un bâton à la main , un voyage de plus de deux cents lieues? car il y avait bien cette di&tance de Bersabée à Haran : qui pouvait, dis-je, l'y obh'gér, sinon sa louable, simplicité et son amour pour le travail? Ainsi il se couche où la nuit le surprend, et met une pierre sous sa tête pour lui servir d'oreiller. Ainsi ^ quoiqu'il aimât tendrement Joseph, il ne laisse pas de l'envoyer tout seul d'Hebron chercher ses frères à Sichem^ qui en était à une grande journée ; et Joseph, ne les ayant pas trouvés, continue son voyage plus d'une journée au delà, jusqu'à Dothaîm ; et tout cela n'ayant encore que seize ans.

C'était sans doute cette vie simple et laborieuse qui les faisait arriver à une si grande vieillesse, et mourir si doucement. Abraham et Isaac ont vécu chacun près de deux cents ans ; les autres patriarches dont nous savons l'âge ont au moins passé cent ans ; il n'est point fait mention qu'ils aient été malades pendant une si longue vie. // défaillit et mourut dans une heuretise vieillesse, rempli de jours ; c'est ainsi que FEcriture exprime leur mort. La première fois qu'il est parlé de médecins, c'est quand il est dit que Joseph commanda aux siens d'embaumer le corps de son père. C'était en Egypte, et plusieurs ont attribué aux Egyp^ tiens l'invention de la médecine.

Tel fut donc en général le premier état du peuple de Dieu : une grande liberté, sans autre gouvernement que celui d'un père qui exerçait une monarchie absolue dans sa famille ; une vie simple et laborieuse dans une grande abondance des choses nécessaires^ et un grand mépris des superflues ; dans un travaU honnête^ accompagné de soin et d'industrie, sans inquiétude et sans ambition. Venons maintenant au second état, qui est celui des Israéhtes depuis qu'ils sortirent d'Egypte (1645 ans avant Jésus-Christ) jusqu'à la captivité ae Babyione. 11 dura plus de neuf cents ans, et la pias gnaude partie des livres sacrés s'y rapportent.

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