CHAPITRE y
Instruction. — Baptême.
La méthode de prêcher l'Evangile était différente suivant la disposition des sujets. On convainquait les Juifs par les prophéties, par les autres preuves tirées de l'Ecriture et de leurs traditions. On persuadait les Gentils par des raisonnements plus simples ou plus subtils, selon leur capacité , et par Tautorité de leurs poètes et de leurs philosophes. Les nûracles excitaient Tattention des uns et des autres. Les Actes des apôtres nous fournissent des exemples de toutes ces différentes manières d'instruire. On ne parlait des choses de Dieu qu'^ ceux qui les écoutaient sérieusement et tranquillement. Sitôt que les infidèles commençaient è. se fâcher ou à rire, comme il arrivait souvent, le Chrétien se taisait, pour éviter de profaner [les choses saintes' et d'exciter les blasphèmes. Avec le temps on publia quelques écrits pour montrer aux païens le peu de fondement de leur religion^ et les désabuser de leurs préjugés. Tels sont FAvis aux Gentils de Clément Alexandrin, les trois livres de Théophile à Autolycus, le traité de Tatien contre les Grecs. Mais ce qui en attirait le plus étaient les miracles encore fréquents, la sainte vie des Chrétiens et leur constance dans le martyre.
Quand quelqu'un demandait à être chrétien, on le menau & Tévêque ou à quelqu'un des prêtres, qui d'abord examinait si sa vocation était solide et sincère ; car on craignait de profaner les mystères en les confiant à des personnes indignes, et de charger l'Eglise de gens faibles et légers, capables de la déshonorer par leur chute à la première persécution. On examinait donc celui qui se présentait, sur les causes de sa conversion; sur son état^ s'il était libre, esclave ou atîranchi ; sur ses mœurs et sur sa vie passée. Ceux qui étaient engagés dans une profession criminelle ou quelque autre péché d'habitude n'étaient point reçus qu'ils n'y eussent etïectivement renoncé. Ainsi on rejetait les personnes d'une vie déréglée et scandaleuse, les
Ï;ens de théâtre, les gladiateurs, ceux qui couraient dans e cirque, qui dansaient ou chantaient devant le peuple, eu un mut, tous ceux qui servaient aux spectacles et ceux qui y étaient adonnés; les charlatans, les enchanteurs et les
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devios; eeux q^ imnmiA des cviiclèjre» pour gaérir ou préserver de certaiDs maux, et giii taisaient métier de quelque autre espèce de superstition. Ou ne recevait point toutes ces sortes de gens qu'ils n'eussent auparavant quitté leur mauvaise habitude, et on.ne s'y fiait qu'après les avoir éprouvés quelque temps. Le zèle de la conversion des âmes ne rendait pas les Chrétiens plus faciles à ceux qui voulaient se joindre k eux.
Celqi qui était jugé capablede devenir chrétien était fait calécbumèoe par Timposition des mains de Tévêque ou du prêtre commis de sa part,, qui le marquait au front du signe de la croix en priant D|eu qu'il profitât des instructions qu'il recevait, etqu*U se reudlt digne de parvenir au saint baptême. Il assistait aux sermoiis publics, où les infidèles mêmes étaient admis ; uta^ dé plusil y avait des catéchistes qui veillaientsurlaconduite des catéchumènesetleur enseignaient en particulier les éléments delafai^ sansjeur expliquer à fond les mystères dont ils ji'étaient pas encore capables. On les instruisait principalement des règles de la morale, afin qu'ils sussent commçnt ils devaient vivre après leur baptême. Cette instruction de morale est le sujet du Pédagogue de Clément,, qui avait succédé au philosopha Pahténus dans l'école d'Alef andrie^ c'est-à-dire dans la charge d'instruire ceux qui voulaient être chrétiens. Origènç lui succéda, et se fit ensuite soutager par saint Héraclas, lui donnant d'abord le soin des premières instructions.
Le temps du catéchuménat était ordinairement deux ans ; mais on l'allongeait ou on l'abrégeait suivant les pro-r grès du catéchumène. On ne regardait pas seulement s'il apprenait la doctrine, mais s'il corrigeait ses mœurs, et on le laissait en cet état jusqu'à ce qu'il fût entièrement converti. De là vient que plusieurs différaient leur baptême jusqu'à la mort^ car on ne le donnait jamais qif à ceux qui le demandaient, quoique l'on exhortât souvent les autres à le demander. Ceux qui demandaient le baptême, et qui en étaient jugés dignes, donnaient leurs noms au commence-' ment du carême^ pour être inscrits sur la li^te des compétents ou illuminés. Ainsi il y avait deux ordres de catéchu* mènes : les auditeurs et les compétents. Ceux-ci jeûnaient le carême comme les fidèles, ei joignaient au jeûne des prières fréquentes, des génuflexions^ des veilles et la con-? fession de leurs péchés. Cependant on les instruisait plus à fond, leur exphquaut le Symbole , et particulièrement les mystères de la Trinité et de Tlncarnation \ on les faissut
Tenir plusiéurt fois à Téglise ponr les éxfliHiiJQer, et faire sur eux des exorcisme^ et des prières en présence des fidèles. C'est ce qoe l'on appelait les scrutins^ que Ton a continué
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la quatrième semaine du carême, où l'on dit révangile de Taveugle-né.
A la fin du carême on leur enseignait rOraison domîni- (iale, et on les instruisait succinctement des sacrements qu'ils allaient recevoir, et que 'l'on devait leur expliquer plus au long ensuite. Cet ordre d'instruction se voit clairement par les Catéchèses de saint Cyrille de Jérusalem , et par la lettre du dîacré Ferrand à saint Fulgence, touchant le baptême derl12tbiopîen. Ceux que par toutes ces épreuves on trouvait dignes du baptême étaient nommés élus, et on ïés baptisait s'olennellement la veille de Pâque?, afin qu'ils ressuscitassent avec Jésus-Christ, ou |a veille de la Pentecôte, afin qu*ils reçussent le iSaiqt-Esprlt avec les apôtres car on leur donnait en même tètaps la confirmation. Régglièremeht on ne' baptisait solenneïletnent qu'à ces deux fêtes, te pape çaint Léon condan^ne la pratique des é vêqueg de Sicile, qui baptisaient à l'Epiphanie^ cette règle durait encore au t® siècle ; mais oh baptisait en tout temps ceux qui se trouvaient en pér|l, coinme lorsque la persécution était ouverte.
Le jour du baptême étàut venu, on amouait le catéchumène au baptistère; on le faisait renoncer au démon et h ses pompes : on Tinterrogeàit sur la fpi, et il répondait en récitant le Symbole dés Apôtres. Le baptême se fais^ait ordinairement par immersion : oi^ plongeait trois fpis les baptisés, et àchaque fois ounommait une de^ personnes divines. Toutefois le baptême par aspersiou était jugé suffisant eu cas de nécessité, cpmme pour le$ malades : mais le peuplo nommait Cliniques ceux qui avaient été ain^I baptisés dans le lit. On baptisait les enfants des fidèles sitôt qu'ils les présentaient, sans même attepdre quiis eussent huit jours, çt les parraiqs répondaient pour eux ; mais tous les nouveaux; baptisés étaient nôqàmés enfants, quelque Age qu'ils eussent- Au baptême on joignait l'onction de rhuile saqclièée sur l'autel. Les baptisés étaient présentés h l'évêque, et, par sî^ prière et l'irnoosition de ses niaias, ils recevaient le Saint" Çsprit, c'est-à-dire la confirmation; mm ceux qui mouraient sans ce sacrement ne laissaient pas d'être tenus pour
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Trais fidèles. On faisait masger aux nouveaux baptisés du miel pour marquer Ventrée de la traie terre promise , et l'enfance spirituelle : car c'était la première nourriture des enfants sevrés. Pendant la première semaine, les néophytes
{sortaient la robe blanche qu'ils avaient reçue au sortir dés bnts, pour marque de l'innocence qu'ils devaient garder jusqu'à la mort ; et pendant cette même semaine ils s'abstenaient du pain ordinaire que l'on prenait tous les jours dans les pays cb^auds. Il ne parait pas que les adultes chanigeassent de noms, puisque nous voyons plusieurs saints dont les noms venaient des faux dieux, comme Denys, Mar-. tin; Démétrius; mais pour les enfants, on leur donnait volontiers le nom des apôtres on quelques noms pieux tirés des vertus et de la créance, comme en grec Eusèbe, Bus^ tache, Hesychius, Grégoire, Athanaeie; en latin, Plus, Vir« gilius, Fidus, Speratius, et les autres qui devinrent si fréquents depuis l'étbblissement du christianisme. Les nou* veaux baptisés étaient aidés par ceux qui les avaient pré^ sentes au baptême, et par des prêtres qui les observaient encore longtemps pour les dresser à la vie chrétienne.