CHAPITRE VI
Occupation des nouveaux convertis.
La première et la principale occupation des nouveaux convertis était la prière, qui est aussi celle que saint Paul recommande en premier lieu; et, commeil exhorte àprier sans cesse^ suivant le précepte de Jésu^s-Christ, ils employaient toutes sortes de moyens pour n'interrompre que le moins qu'il était possible l'application de leur esprit h Dieu et aux choses célestes. Ils priaient en commun le plus qu ils pou* vaient, persuadés que plus il y a de personnes s'unissant en* semble pour demander à Dieu les mêmes grâces, plus elles ont de force pour les obtenir, suivant la parole du Sauveur : Si deux de vous s'accordent ensemble sur la terre, quoi qu'ils demandent, U leur sera donné par mon Père^ qui est dans les deux; car où il y a deux ou trois fer sonnes assemblées en mon nom, je suis au milieu d'elles. Saint Ignace recommande à samt Polycarpe que les assemblées soient fréquentes , et Teihorte à y chercher chacun des fidèles par son nom. De plus, la présence des pasteurs donne plus d'autorité à ces prières, et on s'excite par les exemples réciproques de ferveur et de modestie.
Les prières publiques où l'on assistait le plus étaient celles
136 vmm$
du matin et du soir, que nous appelons aujourd'hui laudes et TÔpres . On exhortait les fidèles à coosacrer ainsi le commencement et la fin de la journée, et à ne point s'en excuser pour les occupations temporelles, qui ne doivent être que l'accessoire des spirituelles. Les matines et les laudes, que nous appelons ainsi à csruse des psaumes de louange que nous y chantons , semblent avoir succédé au sacrifice du malin de l'ancienne ici. C'est encore une des parties les plus solennelles de Toffice, comme il paraît par les commémoratiouSy le luminaire et Teocens. Les vêpres tiennent la place du sacrifice du soir, et sont instituées pour sanctifier le commencement de la nuit. On les nommait quelquefois lucernarium., la prière des lampes ^ parce que c'était Theure où Ton commençait à les allunter, et nous y chantons les bymnes qui fout mention de la lumière, et du souper qui suivait cette prière. Il était ordinaire de se donner le baiser de paix après la prière publique. Ceux qui ne pouvaient s'y trouver, les malades, les prisonniers, les voyageurs^ s'assemblaient en particulier le plus qu'il était possible ; et, s'ils étaient seuls , ils ne laissaient pas de prier aux heures marquées.
Outre les matines et les vêpres, on priait encore à tierce, à sexte, à none et pendant la nuit. Clément ^exandrin, Tertullien et saint Cyprien marquent expressément toutes ces prières, et ils les établissent par les exemples de l'Ancien Testament, et en rendent des raisons mystérieuses. Origène veut que l'on prie au moins quatre fois le jour, le matin, à midi^ le soir etJa nuit. On se tournait à l'orient pour prier; la posture ordinaire était de lever la tête et les mains au ciel. Les heures de la prière se comptaient suivant Tusage des Romains , qui divisaient tout le jour, depuis le lever jusqu'au coucher du soleil, en douze heures égales en chaque jour^ mais inégales suivant que les jours étaient ptus longs ou plus courts. La nuitétait aussi divisée en douze 'tièures^ et en quatre parties, que l'on nommait veilles ou stations, parce qu'à la guerre ou ne relevait les gardes que quatre fois. Ainsi, en prenant pour exemple les jours de i'équinoxe, on comptait prime ou la première heure, depuis six heures du matin jusqu'à sept; tierce, à neuf heures, sexte , à midi ; none , à trois heures ; la douzième heure , ou les vêpres, à six heures du suir *, de sorte que Ton priait pendant le jour de trois heures en trois heures.
Ou se relevait même pour prier au milieu de la nuit, suivant l'autorité du psaume et l'exemple de saint Paul
DES cnuiTisifs. i37
Jordqa'il était ea prison ^ après avoir été fouetté avec Silas.r Glémeot AlexandriD , TerWllien et Origène fout mentioa de cette prière delà duU» SmX Cyprien la reconimaude^ et celte coutume de veiller ea prières tû louée par tous les Pères, comme très*uUle pour mQrtifl^ le corps et pour éle* ver Tesprit à Dieu daD3 le temps le plus tranquille^ Ou exhortait même (]e profiter des iatecvalUs du sommeil pour méditer les Psaumes et l'Oraifi^s dominicale. On recom** mandait de réciter le Symbole iQAslea matins et à toutes les occasions de péril.
Snfin, pour renouveler plus souvent Tattention à Dieu, et approcher le plus quMls ppuyaient de Toraisoa contiouelle, ils faisaient des prières, particulières à chacune de leurs actions, suivant ce précepte de saint Pitul : Que Joutes vos aeiiom se fassent au nom^ de. ifiotre-Sei^neur Jesus^hrisL rendant grâces p^r lui d Dieu le. Père. Ainsi, tous les trâ^ vaux, comme le ialx^r, le^ ^çoptaiUes, la moisson et la récolte des fruits commençaient et fioi^sAieut par des prières^ On priait en commençant à bâtir une maison ou à l'habiter, à faire une pièce d'étoffe ou un l^abit , ou à s'en servir, et ainsi de toutes les autres cbo^^ lias |>lus communes. Nous voyons des exemples de ces prières en plusieurs bénédic^ tiopsqui sont encore danslesjituels, La salutation au commencement d- une lettre et dAC^le^ autres rencontres n'était pas seulement un témoigi^^ag^ d'amitié, mais une prière. Pour les moindres action^ Us se servaient du signe de la croix, comme d'une bénédiclion plus abrégée. Ils le marquaient sur le front , et l'employaient presque k tout mo«ment^ c'est* à-dire toutes les fois qu'il fallait entrer, sortir; marcher, s'asseoir, se lever^ se coucher, s'habiller, se chausser, boire, manger^ et ainsi dp reste. I>ans les occasions de tentation, ils y ajoutaient le jBoufûe pour chasser le démon,