CHAPITRE V
Israélites. — Lear noblesse.
Quoiqu'ils fussent déjà très-nombreux^ on ne laissa^pas de les nommer les enfants d'Israël, comme n'étant encore qu'une famille : et on disait de même, les enfants d'Edom^ les enfants de Moab, et ainsi des autres., En effet, tous ces peuples n'étaient point encore mêlés ; chacun connaissait son origine^ et se faisait gloire de conserver le nom de son auteur. De là vient apparemment que le nom d'enfants se prenait chez les anciens pour tine nation, ou une certaine espèce de gens.
Homère dit souvent les enfants des Grecs et les enfants des Troyens. Les Grecs disaient les enfants des médecins et des grammairiens. Chez les Hébreux, les enfants d'Orient sont les Orientaux ; les enfants de Bélial sont les méchants; les enfants des hommes ou d'Adam, c'est le genre humain ; et dans TEvangile on voit souvent les enfants du siècle, des ténèbres et de la lumière; et même les enfants de l'époux, pour ceux qui raccompagnaient à ses noces.
Les Israélites étaient divisés en douze tribus; il y avait aussi douze tribus d'Ismaélites, et douze tribus de Perses. Quatre tribus composèrent d'abord tout le peuple d'Athènes. On le divisa depuis en dix, à qui l'on donna le nom des dix héros, que l'on nommait pour cette raison les Eponymes, et dont les statues étaient dans les places publiques. Le peuple romain fut aussi distribué d'abord en trois ou quatre tribus, et elles augmentè^rent jusqu'au nombre de trentecinq, dont on saitencore les noms.Maiscestribusd' Athènes et de Rome étaient composées de familles réunies, pour garder de l'ordre dans les asseuiblées et dans les suffrages ; au lieu que celles des Israélites étaient distinguées natu^ rellement, et n'étaient que douze grandes families descendues de douze frères.. Ils conservaient leurs généalogies avec grand soin, savaient toute la suite de leurs ancêtres, jusqu'au patriarche de leur tribu ; d'où il est facile de re-
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monter an premier homme. Ainsi ils étaient réellement frères, c'est-à-dire parents, suivant le langage des Orientaux^ et véritablement nobles dansla juste acception du mot.
EDeffetfils avaieutconservé la pureté de leur race, observant, comme leurs pères, de ne point s'allier avec des nations maudites descendues de Chanaan. On ne voit pas que le» patriarches aient évité Talliance des autres peuples ; et il n'y a que les descendants de Chanaan avec qui les mariages soient défendus expressément par la loi. Leurs famines étaient fixées et attachées par la même loi à certaines terres^ oùelles demeurèi^ent nécessairement pendant les neuf cents ans dont nous parlons. Or il me semble que nous estimerions bien noble une famille qui montrerait une aussi longue suite de générations, sans mésalliance et sans changement de demeure; Il y a peu de seigneurs dans TEurope qui pussent en prouver autant.
Ce qui nous trompe, c'est que nous ne voyons point chez les Israélites des titres semblables à ceux qu'on a appelés depuis titres de noblesse : chacun se nommait simplement par son nom; mais leurs noms signifiaient de grandes choses, comme ceux des patriarches. Le nom de Dieu entrait dans la plupart, et c'était comme une prière abrégée. Blie et Joël sont composés de deux noms de Dieu joints diversement. Josaphat et Sephatia marquent le jugement de Dieu ; Josédec et Sédécias, sa justice ; Johanan ou Jean de Hanania, sa miséricorde. Nathanaèl, Blnathan, Jonathan et Nathania, signifient tous quatre Dieu-donné ou don de Dieu. Quelquefois le nom de Dieu demeurait sous-entendu , comme en Nathan, David, Obed, Oza^ Esra ou Esdras. On le voit par Bliézer, Oziel; Abdias, oii il est exprimé. Il y avait quelques-uns de ces noms qui étaient mystérieux et prophétiques, comme celui de Josué ou Jésus, et ceux qu'Osée et Isale donnèrent à leurs enfants par ordre de Dieu. Les autres noms montraient la piété des pères , et on peut en voir des exemples dans les noms des frères de David et de ses enfants.
Voilà quels sont .ces noms que l'ignorance de la langue hébrirïque nous fait paraître si barbares. Ne valent-ils pas bien ceux des châteaux, des villages et autres dont on se pare? Les noms des Grecs, dont le son nous plaît davantage, sont du même genre. Plusieurs sont composés des noms de leurs dieux, comme Diodore, Diogène, Hermodore , Héphestioo , Athénaïs , Arthémise ; mais plusieurs viennent de leur goût pour certains exercices, particulier
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rement celui des chevaux, comme Philippe , Damasippe, ou Hippodamas, Hégésippe, Hippomédon.
Oq ajoutait souvent le nom du père, ou pour faire distiDctioD, ou par honneur, pour montrer que le père était un homme de réputation ; et peut*être que Salomon avait en vue cette coutume,- quand il disait qâe les pères sont la gloire de leurs enfants. On voit dans Homère que les Grecs prenaient ainsi le nom du père pour une marque d'honneur. Quelquefois on donnait pour surnom le nom de la mère, comme quand le père avait eu plusieurs femmes, ou quand la mère était plus illustre. Ainsi Joab et ses frères sont toujours nommés enfants de Sarvia, qui était sœur de David. Si le nom du père ne suffisait pas pour distinguer, on y ajoutait celui de Taîeul^ comme GodoÙas-fils d'Abicam iils de Sapham. Et voilà la raison de ces suites de noms c|ui nous paraissent ennuyeuses ; car on allait quelquefois jusqu'au bisaîettl ou au delà. Quelquefois le surnom se prenait du chef d'une branche particulière, de la ville, du pays^ de la nation, s'ils étaient étrangers d'origine, comme Urie Héthéen, et Oman Jébuséen.
Les Grecs n'avaient point d' autres surnoms que ceux qu'ils tiraient de leur père ou de leur pays. Les Romains avaient des noms de famille, auxquels ils ajoutaient seulement les marques de quelque grande charge^ ou de quelque illustre victoire ; mais dans les actes pubUcs^ ils mettaient toujours le nom du père. Plusieurs nations d'Europe en usent encore ainsi, et une grande partie de nos surnoms viennent des noms propres des pères, qui sont demeurés aux enfants. Pour les titres de seigneuries , ils n'ont guère que sepl cents ans d'antiquité, comme les seigneuries mêmes. Il ne faut pas nous étonner de voir dans TEcriture David iils d'Isaï, et Salomon fils de David; non plus que de voir dans les auteurs grecs, Alexandre fils de Philippe, et Ptolémée fils de Lagus.
La principale distinction que la naissance faisait entre les Israélites était celle des lévites et des sacrificateurs. Toute la tribu de Lévi était consacrée à Dieu, et n'avait point d'autre partage que les dîmes et les prémices qu'elle recevait des autres tribus. Entre tous les lévites il n'y avait que les descendants d'Aaron qui fussent sacriflca» teurs ; les simples lévites étaient occupés au reste des fonctions de la religion, au chant des psaumes , à la garde du tabernacle ou du temple^ et à l'instruction du peuple. Deux autres tribus étaient assez distinguées ; la plus illustre fut
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toujours celle de Juda, la plus nombreuse de toutes^ dont les rois et le Messie même devaient venir, suivant la prophétie de Jacob. Celle d'Bphraîm tint le second rang, à cause de Joseph. Dans chaque tribu on considérait encore les branches aîoées et les che& de chaque famille ; tout cela faisait dire à Saûl^ surpris des honneurs qile lui rendait Samuel : Ne mis-je pas de la moindre tribu dlsraël ? et ma famille n'est-eîle pas la dernière dans la tribu de Benjamin?
L'âge faisait encore un grande distinction ; et le nom de vieillard, dans TEcriture, marque ordinairement la dignité.
En effet, il n'y avait que Tâge et Texpérience qui pussent distinguer des hommes également nobles, à peu pr^s également riches 9 élevés de la même manière, occupés aux mêmes travaux.