CHAPITRE XVI
Calomnies contre les Chrétiens.
Le secret des ^aints mystères ne laissait pas d'être un grand sujet de calomBîes contre les Chrétiens ; cai^ on se cacbe plus souvent pour le mal que pour le bien ; et il n'était que trop notoire que, dans les autres religions, la plupart des mystères que l'oji cachait avec tant de soin n'étaient que des infamies, comme dans les cérémonies de Gérés et de Cybèie, et dans tes sacrifices de Bacchus. qui furent défendus par ordre du sénat , Tan de Rome 568. La prévention oti Ton était contre les Chrétiens faisait ai*» sèment présamer que ce quMb tenaient si secret était quelque chose de semblable. Ces soupçons étaient appuyés par tes abomtnatioos que les gnostiq[iies, les carpocratiens et d'autres hérétiques commettaient dans leurs assemblées, et qu'on a peine è croire, même sur ie récit qu'en font les Pères. Les catholiques même avaient des esclaves païens, à qui la crainte des tourments faisait dire contre leurs maîtres tout ce que voulaient leurs ennemis.
Ainsi se répandit cette fable que les Chréfiens, dans leurs assemblées nocturnes , tuaient un enfant pour le manger, après l'avoir £ait r6tir et couvert de farine, et avoir trempé leur pain dans son sang y ce qui venait manife^Uem^nt do mystère de l'Eucharistie mal entendu. On disait encore qu'après leur repas eommun, où ils mangeaient et burvaient avec excès, les lumières étant éteintes, il se commettait toutes sortes de désordres. Les Juifs furent les principaux auteurs de ces calomnies; et, quelque absurdes qu'elles fussent, le peuple les croyait, et l'on éiail réduit à s'en jus* tifler sérieusement. L'exemple des bacchanales, où deux
DBS CH«3âtIBNS. tSf
cents ans auparavant on ayait découvert des crhnessi horribles, persuadait en général qu*il n'y avait point d'abomination qui m pût sintroduire sous prétexte de reNgîon.
On accusait encore les Chrétiens d*6tre ennemis de tout le genre humain, et delà puissance romaine en particulier; de se réjouir des calamités publiqaes^ de s'affliger du bon succès des affaires, et de souhaiter la ruine de l'empire : tout cela sur le fondement de ce qu'ils disiient de la vanité de toute grandeur temporelle, de la fin du monde et du jugement, et peut-être sur le rapport indiscret ou malicieux de ce qui est prédit dans rApocal5'pse touchant la punition de Rome idolâtre, et ta vengeance que Dieu ferait un jour du sang des martyrs.
Ce qui confirmait cette calomnie est qu'ils ne prenaient point de part aux réjouissances publiques, qui consistaient en des sacrifices, en des festins et des spectacles pleins d'idolâtrie et de dissolution. An contraire, ils affectaient de passer ces jours-là dans l'afflîclion et la pénitence, en vue des péchés innombrables qui s'y commettaient ; et ils se réjouissaient plutôt aux jours que la superstition des p»iens leur faisait compter pour lugubres et malheureux. Ils fuyaient même les foires, à cause des jeux qui s'y faisaient. S'ils y allaient, c'était pour acheter en passant des choses nécessaires à la vie, ou quelque esclave pour le convertir.
Enfin c'était assez pour les rendre odieux au peuple, que la profession qu'ils faisaient de détester toiites les religions établies. lis avaient beau dire qu'ils adoraient en esprit le Dieu créateur du ciel et de la terre, à qui ils offraient continuellement le sacrifice de leurs prières, le peuple idolâtre n'entendait point ce langage; il leur demandait le nom de leur Dieu, et les appelait athées, pai^ce qu'ils n'adoraient aucun des dieux que l'on voyait dans les temples ; qu'ils n'avaient point d'autels allumés, ni de sacrifices sanglants, ni de statues connues du peuple. Les sacnficateurs des idoles, les augures, les araspices, les devins, en un mot, tous ceux dont les professions étiûent fondées sur le paganisme, ne manquaient point de fomenter et d'exciter cette haine du peuple^ et d'employer à cet effet les prétendus prodiges et les malheurs qui arrivaient, comme les stérilités, les uior* talitéSy les guerres. Les Chrétiens, disaient-ils, altiraieut la colère des dieux sur tous ceux qui les laissaient vivre.
Par ces préventions, on empoisonnait jusqu'à leurs vertus. La charité qu^iis avaieut les uns pour les autres était une CQi4ttr&tion odieuse. Les noms de frères et de sœurs
qu'As $« d^imaieiit, étaient ipterpTtftés en mauvaise part. Leurs aunitaes passaient ponx des icioyeps de séduire les pauvres et de les attirer àleur cabale^ bu pour un effet de Ta^ varice des prélats, afiu d^aqiasser dans les églises de grands trésors dont ils pussent disposer. Leurs miracles étaient, disait-on , des maléfices et des impostures de magie. En effet, tout était plein de diàrlatans qui se vantaient de prédire l'avenir par diverses sortes de divinations, ou de guérir des maladies par des caractères, des enchantements, par des mots barbares et des figures extravagantes. Ils faisaient même des choses surprenantes pour tromper les yeux, soit par art, soit par opération du démon : Apollonius de Tbyane en est un exemple illustre. Ainsi on ne s'étonnait pa^ trop d*entend|Q raconter des miracles, ni mâme d'en voir ; on confondait les vrais avec les faux, et Ton méprisait également tous ceux qui passaient pour en faire, Le pays des apôtres et des premiers chrétiens aidait encore à cette erreur, car la plupart de ces imposteurs venaient d'Qrient,
Les persécutions même étaient un sujet de haine contre les Chrétiens. On supposait qu'ils étaient eriminels parce qu'ils étaient partout traités en criminels; et on jugeait de la grandeur de leurs enmes par la rigueur des aupplices. On les Regardait comme|des gens dévoués à la mort, destinés au feu et au gibet : on leur en faisait dés noms injurieux. Voilà ce qui rendait les Chrétiens si odieux au peuple et aux ignorants : voilé le fondement de ce qu'en disent Suétone et Tacite, suivant l'opinion commune. Suétone dit que tea^ pereur Claude chas$a de Ronu les Juifs, fm brouiUaieni tout à ^instigation du Christ ^ comme si Jésufr-Chriat eût été encore sur la terre, et se fût rendu chef de parti entre les JuIEbI II compte entre les bonnes actions de Néron d'avoir fait souffrir des supplices aux chrétiens, gens, ajoute-t«il, d'une superstition nouoelle et malfaisante^
Tacite, parlant du feu que Néron fit mettre à Rome pour se divertir, dit qu'il en accusa des gens odieux par leun crimes ^^ que le peuple appelait ehrétiene, puis U ajoute : Ce nom venait de Christ, que Ponce^Pilate avait faifsupplieier sous Vempire de Tibère. Et cette perwioieuse su'* perstition, arrêtée pour lors, s*éltoait de nouieeau, non^ seulement dans la Judée, source du mal, mais à Morne même, où toutes hs noirceurs et les atrocités répandue dans le monde se ressemblent et se pratiquent. On prit d'abord ceux qui avouaient, puis; sur leur rapport, une arande muUitude fui convaincue non pas tant de Vineeniie que
DBS maàmaam. 199
4$ h ham du amre kumfin. Il les triùto encore de opffpMêi 0t qmmmUimt k9 derfmr$ mfpli€0s,