CHAPITRE XU
^ PersécQtion.
La persécution commençait d'ordinaire par quelque édit qui défendait les assemblées des Chrétiens et condamnait il ^rtaines peines tous ceux qui ne voulaient pas sacrifier aux dieux. Les évoques s'en donnaient avis et r exhortaient les uns les autres à redoubler les prières et à encourager le peuple. Plusieurs alors s'enfuyaient, suivant le conseil de Jésus- Christ. Les pasteurs mêmes et les prêtres ae parte** geaient. Les uns se retiraient, les autres demeuraient avec le peuple; ils se cachaient avec grand soin, parce que c'étaient eux que l'on cherchait le plus, comme ceux dont la perte pouvait causer la dispersion du troupeau. Quelques-» uns changeaient de nom, pour n'être pas si aisément reconnus ; d'autres se rachetaient de la persécution par de l'argent qu'ils donnaient pour n'être point inquiétés ; et
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e'étâfi toujours souflHr en leurs biens ^ et montrer combien ils estimaient plus leur ftine. Que s'ils donnaient de l'argent pour avoir des billets qui fissent croire qu'ils avaient obéi aux édits des empereurs, ils étaient nommés Hbéllatiques , et mis au rang des apostats, comme s'étant avoués tacitement idolâtres.
Les règles derEglisedéfendaientdes'exposerdesoi-même au martyre, ni de rien faire qui pût irriter les païens et attirer la persécution, comme de brider leurs idoles, mettre le feu aux temples, de dire des injures à leurs dieux, ou d'a(t»quf r publiquement leurs super^titions. Ce n'est pas qu*it n'y ait des exemples de saints martyrs qui oot f»iit des choses semblables, et de plusieurs autres qui se sont dénoncés eux-mêmes : mais on doit attribuer ces exemples singuliers à des niouvements extraordinaires de la grâce. La maxime générale était de ne point tenter Dieu, et d'attendre en patience que l'on fût découvert et interrogé juridiquement pour rendre compte de* sa fui. Il y avait sur ce point deux hérésies opposées à éviter. Les gnostiques et les valentiniens décriaient le martyre comme inutile, puisque Jésus^Cbrist est mort pour nous sauver de la mort, ne distinguant pas de quelle mort il nous sauve. Ils disaient même que c'était faire injure à Dieu , et que , puisqu'il refuse le sang des boucs et des taureaux, il n'y a pas d'apparence qu'il veuille le sang des hommes. Les marcionites, au contraire, s'exposaient au martyre en haine de la chair et de celui qui l'avait cré^e, qu'ils disaient être le mauvais principe. On examinait sur ces règles ceux qui étaient morts pour la foi , afin de juger s'ils devaient être honorés comme martyrs ; ce qui semble être l'origine des canonisations.
Quand les Chrétiens étaient pris, on les menait devant le magistrat, qui les interrogeait juridiquement, assis sur son tribunal. S'ils niaient qu'ils fussent chrétiens, on les renvoyait d'ordinaire sur leur parole^ parce que l'on savait bien que ceux qui l'étaient véritablement ne le niaient jamais, ou dès lors cessaient de l'être. Quelquefois ; pour s'en assurer* on leur faisait faire sur-le-champ quelque acte d'idolâtrie, ou dire quelque parole injurieuse contre Jésus-Christ. S'ils confessaient qu'ils fussent chrétiens, on s'efforçait de vaincre leur constance, premièrement par la persua»ion et les promesses, puis par les menaces, et enfin par les tourments. On tâchait de les surprendre, et de leur faire commettre quelque impiété , même involon-
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taure, afin de leur persuader qu'ifs ne pouvaient plus s'en dédire. Comme le jugement se faisait dans la place publique^ il y avait toujours quelque idole et quelque autel. On y offrait des victimes en leur présence, et ou s'efforçait de leur en faire manger, jusqu'à leur ouvrir la bouche pour y porter quelque morceau de cbair^ du moins quelques gouttes de vin offert aux faux dieux; et, quoique les Chrétiens fussent bien instruits que ce n*est pas ce qui entre « dans la bouche, mais ce qui sort du cœur qui renaVhomme impur, ils ne laissaient pas de faire tous leurç efforts pour ne pas donner le moindre scandale aux faibles. Il s'en est trouvé qui se sont laissés brûler la main, tenant longtemps des charbons ardents avec de Tencens , de peur qu'ils ne semblassent offrir de l'encens en secouant les charbons, comme saint Barlaam, dont saint Basile a fait Téloge.
Les tourments ordinaires étaient : étendre sur un chevalet par des cordes attachées aux pieds et aux mains et tirées des deux bouts avec des pouUes, ou pendre par les mains avec des poids attachés aux pieds; battre de verges ou de gros bfttonSy ou de fouets garnis de pointes de fer nommées scorpions, ou de lanières de cuir cru , ou garni de balles de plomb. On en a vu grand nombre mourir sous les coups\ D'autres étant étendus, on leur brûlait les côtés,, et on les déchirait avec des ongles ou des peignes de fer, en sorte que souvent on découvrait les côtes jusqu'aux entrailles ; et le feu entraat dans le^^corps étouffait les patients. Pour rendre ces plaies plus sensibles, on les frottait quelquefois de sel et de vinaigre, et on les rouvrait lorsqu'elles commençaient à se fermer.