CHAPITRE XXI
Prisons.
Apt^s rinterrogatoire, ceux qui persistaient dans la coniéssion du christianisme étaient envoyés bu supplice; mais le plus souvent on les remettait en prison, pour les éprouver plus longtemps et les tourmenter à plusieurs fois. Gepen-^ dant les prisons mêmes étaient une autre espèce de tourment. Les confesseurs de Jésus-Christ étaient enfermés dans les Cachots les plus noirs et les plus infects. On leur mettait les fers aux pieds et aux mains. On leur mettait au cou dô grandes pièces de bois , ou des entraves aux jambes , pour les tenir levées ou écartées; lé patient était posé sur lé dos. Quelquefois on semait le cachot de petits morceaux de pots de terre ou de verre cassés, et on les y étendait tout nus ou tout déchirés de coups. Quelquefois on laissait corrompre leurs plaies, et on les faisait mourir de faim et de soif. Quelquefois on les nourrissait, et on les pansait avec soin, mais c'était a&n de les tourmenter de nouveau. On défendait d'ordinaire de les laisser parler à personne^ parce que Ton savait qu'en cet état ils convertissaient beaucoup d'infidèles, souvent jusqu'aux geôliers et aux soldatâ qui les gardaient. Quelquefois on donnait ordre de faire entrer ceux que Ton croyait capables d'ébranler leur constiBnce, un père, une mère, tne femme, des enfants, dont lés larmes et les discours tendres étaient une autre espèce de tentation , et souvent plus dangereuse que les tourments. Si une martyre était enceinte, on attendait, suivant les lois, qu'elle fût accouchée pour la faite mourir, comme il arriva à sainte Félicité.
Cependant l'Eglise avait un soin particulier de ces saints prisonniers. Les diacres les visitaient souvent pour les servir, pour faire leurs messages et leur donner les soulagements nécessaires. Les autres fidèles allaient aussi les consoler ^èt les encourager à souffrir; ils bénissaient leurs peines, et souhaitaient d'y avoir part ; ils baisaient leurs chaînes ; ils pansaient leurs plaies et leur apportaient ce qui leur manquait, des lits, des habits, dés rafraîchissements, jusque-là que TertuUien se plaignait que Ton allait trop loin dans l'eiercice de ce zèle secdurable. Les fidèles n'épargûaient rien en ces occasions ; si on leur refusait l'entrée, il9 tâchaient de gagner par argent les gardes et les geôliers. Us te se rebutaient point de leurs mauvais traitements ; ils
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souffraient les injures et les coups ; ils demeuraient patiemment aux portes des prisons, jusc^u'à y veiller les nuits, attendant le moment favorable de satisfaire leur charité. Quand ils pouvaient entrer, ils regardaient comme des églises ces prisons consacrées par la présence des saints. Ils y faisaient leurs prières, et les prêtres y allaient célébrer le sacrifice, pour donner aux confesseurs la consolation de ne point sortir de ce monde sans la protection du corps et du sang de Jésus-Christ, comme parle saint Gyprieo. Si c'était un évéque ou un prêtre qui f&t en prison, les fidèles s'y assemblaient pour ne pas perdre Toccasion de recevoir Feucharistie et de l'emporter dans leurs maisons. En ces rencontres on mettait tout en usage. On a vu dt^s prélats, faute d'autels, consacrer sur les mams des diacres -, et Tillustre martyr saint Lucien d'Ântioche consacra sur sa poitrine, 0tant attaché de sorte qu'il né pouvait se remuer. On peut juger de quel poids étaient les exhortations dont ces messes étaient accompagnées. Toute l'Eglise respectait ces saints prisonniers, comme étant déj^ presque couronnés dans le ciel. Ils avaient grand crédit auprès des prélats pour obtenir la grâce de ceux qui par faiblesse étaient tombés dans l'idolâtrie^ jusque-là que l'on fut obligé d'apporter de la modération aux recommandations de quelques-uns, qui avaient plus de zèle que de discrétion.