‹ Les mœurs des Israélites et des ChrétiensChapitre 57 sur 103 · CHAPITRE XXII j · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII j

Soia des reliques. ^

Les Chrétiens suivaient encore les martyrs dans les places publiques où on les tourmentait^ et dans les autres lieux où on les menait pour les exécuter à mort. Ces exécutions se faisaient d'ordinaire hors des villes, et la plupart des martyrs, après avoir surmonté les tourments ou par miracle, ou par leurs forces naturelles, ont fini par avoir la tête coupée. Les fidèles accouraient en foule pour les admirer, et se fortifier par leur exemple. Ils observaient leurs dernières paroles, qui d'ordinaire étaient des prières, coamie celle de saint Polycarpe rapportée dans l'épître de l'Eglise de Smyrne; comme l'hymne sur la Trinité, que le uiarlyr Athénogène chanta avec joie étant près d'entrer dans le feu, et qu'il laissa par écrit à ses disciples. Souvent aussi les assistants encourageaient les marlyrs. Origène exposa plusieurs fois sa ^ie dans de telles occasions, et il y a plusieurs exemples de martyrs qui souffraient effectivement pour avoir

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eihorté les autres, comme ceux dont il est parlé dans une ëpttre de saint Denis d'Alexandrie, et dans Tépltre fameuse des Eglises de Vienne et de Lyon, après le martyre de saint Pothin et de sainte Blandine (an de J.-G. 177).

Les fidèles ne craignaient point de s'approcher des martyrs tandis qu'on les tourmentait, pour recueillir avec des linges et des éponges le sang qui coulait de leurs plaies, et le conserver dans des fioles qu'ils mettaient dans les sépulcres. On fit mourir sept femmes qui avalent ainsi ramassé les gouttes du sang de saint Biaise ; et quand saint Cyprien eut la tête tranchée, les fidèles avaient étendu des linges autour de lui pour recevoir son sang. Us n'étaient pas moins empressés d'emporter les corps des martyrs, ou d'en recueillir les restes; car souvent il ne demeurait que des os ou des cendres, comme quand ils avaient été brûlés ou dévorés par lesbétes; et de là est venu le nom de reliques. Ils n'épargnaient point la dépense pour les racheter des mains des bourreaux et les ensevelir honorablement ; souvent même il leur en coûtait la vie. Il y en a qui ont souffert le martyre pour avoir empêché qu'on ne les insultât après leur mort, pour les avoir cherchés, pour les avoir ensevelis : il y en eut de jetés dans les cloaques d'où ils avaient tiré les corps des saints. On fit mourir saint Théodore l'Hôtelier pour avoir retiré les corps de sept vierges d'un étang où on les avait noyées. Les disciples de saint Ignace reportèrent ses reliques de Rome jusqu'à Antioche.

Ce soin des reliques était cause de l'acharnement des païens à disperser les corps des martyrs après leur mort, outre qu'ils croyaient dimmuer par là l'espérance de la résurrection. «Vous vous flattez, disaient-ils, que vos corps demeureront jusqu'au jour que vous croyez les reprendre, et vous espérez qu'ils seront embaumés et conservés dans des étoffes précieuses par les femmes que vous avez infatuées de vos rêveries. Nous y donnerons bon ordre. » lis les faisaient donc manger aux bêtes; ils les mêlaient avec les corps des gladiateurs ou d'autres criminels ; ils les jetaient dans l'eau attachés à de grosses pierres; ils les brûlaient et jetaient les cendres au vent ; mais, malgré toutes leurs précautions, la plupart des reliques étaient conservées soit par le zèle ardent des fidèles, soit par les miracles que Dieu faisait souvent en ces occasions. On honorait les tombeaux des martyrs sitôt qu'ils y reposaient. Plusieurs ont souffert le martyre pour avoir été pris veillant et priant aux sépulcres des martyrs^ ou en célébrant leurs fêtes ; ce que l'on

faisait tous les qqs^ cpmine TertuUiea et saint Cyprien le témoignent ; et pour cet effet on marq[uait soigneuisemeot le jour de leur mort.

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