CHAPITRE XXXI
Sépultures.
Pour mieux témoigner la foi de la résurrection, ils avaient grand soin des sépultutes, et y faisaient grande dépense à proportion de leur mablëre de vivre; Ils ne brûlaient pas les corps^ comme les Grecs et les Romains ; ils h'approuvàient pasnon plus la curiosité superstitieuse des Egyptiens, qui lés gardaient embaumés et exposés à la vue sur des lits dans leurs maisons. Saint Antoine combattit dette coutume, qui durait encore de son temps. (An de J.-C. 350.)
Lés Chrétiens enterraient lès corps Cotniiie les Juifs. Après les avoir lavés, ils lé^ embaumaient, et y employaient plus dé parfums, dit Tertuilieil, que les païens à leufs sacrifices. Ils les enveloppaient de linge très-flii ou d*étoffes de soie; quelquefois ils les revêtaient d'habits précieux. Ils les laissaient exposés trois jours, ayant grand soin de les gardei: cependant, et de veiller auprès éii prière. Ensuite ils les portaient au tombeau, accompàgoant le corps avec quantité de ciefges et dô flëmbeauf. et en chantant des psaumes et des hymfies pout iôUer JDieu et marqué^ l'espérance de la té^utrectiod. On priiàlt àu^si poUr eui, on offrait le Sacrifice, et Toii dôntiàit aux pauvres le féStlh que l'on nommait agapes, et d'autres aumônes. On
en renouvelait la mémoire au bout de Tan, et Ton conti- Duait d'année en année, outre la commémoration que Ton en faisait tous les jours au saint sacrifice.
L'église avait des officiers destinés pour les enterrements, que 1 on nommait fossoyeurs ou travailleurs ^ et qui se trouvent quelquefois compris entre le clergé. On enterrait souvent avec les corps diverses choses, pour honorer les défunts et en conserver la mémoire, comme les marques de leur dignité, les instruments de leur martyre, des fioles ou des éponges pleines de leur sang, les actes de leur martyre, leur épitaphe ou du moins leur nom , des médailles , des feuilles de laurier ou de quelque autre arbre toujours vert, des croix, TEvangile. On observait de poser le corps sur le dos, le visage tourné vers Torient. Les païens, pour garder les cendres des morts, bâtissaient des sépulcres magnifiques le loQg des grands chemins, et partout ailleurs dans la campagne ; les Chrétiens, au contraire, cachaient les corps, les enterrant simplement, ou les rangeant dans des caves, comme étaient auprès de Rome les tombes ou catacombes.
C'étaient des lieux souterrains taillés dans le tuf, ou pratiqués dans les veines de sable, dont les Chrétiens avaient fait leurs cimetières. On y descend par des escaliers, et on trouve de longues rues^ qui des deux côtés ont deux ou trois rangs de niches profondes où les corps étaient posés, car on les en a tirés pour la plupart. De distance en distance sont des chambres spacieuses, voûtées et bâties avec la môme solidité, et percées de plusieurs niches semblables à celles des rues. La plupart de ces chambres sont peintes de diverses histoires de l'Ancien et du Nouveau Testament, comme les églises Tétaient^ et en quelques-uns de ces cimetières il y a des églises souterraines. En plusieurs on a trouvé des cofiTres de marbre ornés de figures de relief qui représentent les mêmes histoires que les peintures : c'étaient des sépulcres pour les personnes les plus considérables. Chacun de ces cimetières est comme un grand faubourg sous terre, et quelques-uns ont deux ou trois étages eu profondeur. Aussi les Chrétiens y trouvaient des retraites assez sûres, dans le temps des persécutions, pour garder les reUques des martyrs, pour s'assembler et célébrer les saints offices. Ces anciens cimetières étaient demeurés la plupart inconnus depuis longtemps , les entrées en ayant été comblées, et n'ont été découverts que depuis la fin du siècle passé. Ces lieux sont nommés quelquefois Conciles des martyrs, parce que leurs corps y étaient assemblés,
DES CH&ÉTisns. 185
ou Arènes^ à cause du terraiD sablonueux. En Afrique on nommait aussi les cimetières des Aires.
On a toujours eu grande dévotion de se faire enterrer auprès des martyrs , et c*est ce qui a enfin attiré tant de sépulcres dans les églises, quoique Ton ait longtemps gardé la coutume de n'enterrer que hors des villes. La vénération des reliques et la croyance distincte de la résurrection ont effacé parmi les Chrétiens Fhorreur que les anciens, même les Israélites, avaient des corps morts et des sépultures.