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CHAPITRE XXXIV

Prinees Ghrétiois.

Me voici k h troisième partie de ce traité, oii je àoïs représenter les iriœurs des Chrétiens depuis que TEglise fut en paii et en liberté. On soupirait depuis trois cents ans après cette paii, comme un état où las fidèles serviraient Dieu sans aucun obstacle ; mais Teipérience ne fit que trop voir que la persécMtion était plus avantageuse. Cependant les ipêmes ^lœurs que j*ai décrites subsistèrent encore longtemps. Ainsi il ne reste ici qu'à remarquer les différences que capsa d'abord Je libre exercice de la religion.

Premièrement ce fut un miracle tout nouveau de voir des princea chrétiens. Dans les siècles précédents on ne pouvait croire que les grands se soumissent à la sévérité de la discipline de TEglise. On no sa figurait pas comment Thumilité et la mortincation pouvaient subsister avec un pouvoir absolu et des richesses immenses. C'était sans doute ce qui faisait dire à Tertullien que les Césars se seraient déj4 convertis, s'ils avaient pu être tout ensemble Césars et Chrétiens; et Origène en, parle à peu près de même. Dieu fit encore ce miracle à la face de l'univers, et c'est le changement le plus considérable des temps dont je parle ici, puisque c*est la cause de la liberté de l'Eglise.

On vit d'abord, à la conversion de Constantin ( an 3121), le nom de Jésus-Christ et la croix sur les enseignes des troupes romaines. On vit ce qui avait été jusque-là riastrument du supplice le plus infâme servir d'ornement aux couronnes. L'empereur eut un oratoire dans son palais 9 où il s'enfermait seul tous les joui^ pour lire TEcriture sainte, et faire des prières réglées h certaines heures, particulièrement les dimanches, dont il faisait observer le repos^ même aux païens. A Tarmée, il faisait porter uue tente eu forme d'église, pour y chanter le^ divins oflic^s, et administrer le sacrement aux fidèles. Des nrètres et des diacres suivaient, et même des évéques, quel empeleur regardait coinme les gardes de son âme. 11 fit Constan-

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tinople toute chrétienne. La yeille de Pâques y était cé« lébrée par une illumination niagniftque; non-seulement dans les églises, mais dehors et par toute la ville, on alla* luait des flambeaux^ ou plutôt des colonnes de oire, oui changeaient cette sainte nuit en un beau jour. Dans les. places de cette grande ville on voyait des fontaines ornée» des images du bon Pasteur, ou de Daniel entre les lions. Elle n^avait ni idoles, ni temples des faux dieux. Qui ne sait la magoificence dont usa Constantin envers les Pères du concile de Nicée, et les honneurs qu'il leur rendit ? Il leur fournit des voitures pour les amener des parties les plus reculées de ce grand empire. Il les défraya pendant tout le temps du concile^ et les renvoya chargés de présents. Il brûla les mémoires qui lui aviiient été donnés contre les évéques. Il baisa les cicatrices des confesseurs qui portaient encore les marques des persécutions. Il entra sans gardes, d'un air modeste et respectueux, dans la séance du concile et ne s'y assit qu'après que les évéques lui eurent fait signe. Il leur fit enfin un grand festin dans son palais, et se mit à table avec eux. On vit alors Jésus-Gbrist régner sensibleipent même sur les rois.

Le grand Théodose (an de Jésus-Christ 380 et suivants) honora plus la religion par la pratique des vertus chré* tiennes. Il priait beaucoup, il avait recours à Dieu dans ses plus grandes affaires, et lui rapportait tout le bon succès de ses armes. Il se laissa emporter ^ la colère contre les habitants de Thessalonique : le péché fut grand, mais la pénitence fut proportioBBée, et il n'estima aucun évéque à l'égal de saint Âmbroise, p$rce qu'il n*en tro^vait aucun qui le flattât moins. L'impératrice, son épouse, est aussi louée de sa piété et de sa charité pour les pauvres. Cet esprit se conserva dans leur famille ; mais il éclata princi* paiement en sainte Pukhérie^ leur petite-fille, qui se consacra ^ Dieu, dès T&ge de quipze ans, avec ses deux sœurs, paf le vcéu de virgmité, et qui^ sans quitter le palais, y mena une vie si retirée, si occupée, si pieuse, que lesi &uteu|[s du temps comparent ce palais à un monastère, c'est* à- dire h ce qu'ils connaisseut ae plus saipt.

Ce fut dans eetfe école de vertu qu^eOe fit élever le jeune enipereur Théodose son frère. Il pratiquait tes mêmes exercices : il se levait de grand tnatin pour chanter avec ses sœurs les louanges de Di^u : il priait beaucoup, il fréquentait les églises et y faisait dé grands présents ; il jeûnait souvent, prmcipalemept les mercredis et les vendredis. Il

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avait une bibliothèque de livres ecclésiastiques; il savait par cœur FEcriture sainte, et s'en entretenait avec les évêques comme s'il eût été de leur état ; il leur portait un grand respect, et honorait tous les Chrétiens vertueux. Il fit transférer avec grande pompe les reliques de plusieurs saints; il fonda plusieurs hôpitaux et plusieurs monastères.

Sa sœuF ne l'exerça pas seulement aux pratiques de religion, elle lui fit apprendre avec grand soin tout ce qui lui convenait comme empereur. Des maîtres excellents lui enseignaient les sciences, d'autres lui montraient les exercices des chevaux et des armes; on Taccoutumait à souffrir le chaud et le froid, la faim et la soif. Sa sœur l'instruisait elle-même de toutes sortes de bienséances dans les habits^ les gestes et les démarches : elle l'accoutumait h retenir les éclats de la joie, à se rendre aimable ou à se faire craindre selon Toccasion, à écouter patiemment. Il devint maître de sa colère, doux, humain, et tendre à la compassion.

Tel fut Théodose le jeune, né dans la pourpre, en Orient, * dans un siècle très-corrorapu. L'empereur Marcien, qui lui succéda,après de grands services et beaucoup d'expérience, fit paraître la même piété et le même zèle pouf la religion, avec encore plus de force et de capacité : il ne faut point d'autres preuves de sa vertu que le choix de sainte Pulchérie, qui l'épousa pour le faire régner avec elle.

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