‹ Les mœurs des Israélites et des ChrétiensChapitre 70 sur 103 · CHAPITRE XXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXV

Forme des églises.

Aussitôt que Constantin eut fait cesser la persécution, on fit partout, au rapport d'Eusèbe, des dédicaces d'églises et des assemblées d'évéques; les Chrétiens se réunissaient partout; ils étaient plus assidus à la psalmodie et à la célébration des mystères ; toutes les cérémonies de la religion s'observaient avec plus de solennité. C'est donc ici 1^ l^^^ de parler de tout le culte extérieur. Commençons par la description des églises, suivant ce qui nous en reste, et dans les livres et dans les bâtiments les plus anciens. Mais observons d'abord que dès lors il n'était pas permis de s'assembler dans une église pour faire les divins offices avant qu'elle fût dédiée avec les cérémonies ordinaires, ni de célébrer les mystères ailleurs que dans l'église avec des vases sacrés. L'un et l'autre paraît clairemeal par les calomnies forméefs contre saint Athanase.

L'église était séparée, autant qu'il se pouvait, de tous les

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bâtiments profanes, éloignée du bruit et environnée de tous côtés de cours, de jardins, ou de bâtiments dépendants de l'église même, qui tous étaient renfermés dans une enceinte de murailles. D*abord on trouvait un portail ou premier vestibule, par où Ton entrait dans un péristyle, c^est-à-dire nne cour carrée, environnée de galeries couvertes, soutenues de colonnes^ comme sont les cloîtres^ des monastères. Sous ces galeries se tenaient les pauvres, à qui Ton permettait de demander à la porte de Téglise ; et au milieu de la cour était une ou plusieurs fontaines pour se laver les mains et le visage avant la prière ; les bénitiers leur ont succédé. Au fond était un double vestibule, où Ton entrait par trois portes dabs la salle ou basilique, qui était le corps de Téglise. Je dis qu'il était double, parce qu'il y en avait un en dehors, et un autre en dedans, que les Grecs appelaient narihex. Près de la basilique, en dehors, étaient au moins deux bâtiments; le baptistère à l'entrée, au fond la sacristie ou le trésor, nommé aussi secretarium ou diaconicum; et quelquefois il était double. Souvent le long de l'église il y avait des chambres ou cellules pour la commodité de ceux qui voulaient méditer et prier en particulier: nous les appellerions des chapelles.

La basilique était partagée en trois, suivant sa largeur, par deux rangs de colonnes qui soutenaient la galerie des deux côtés, et dont le milieu était la nef, comme nous voyons à toutes les anciennes églises. Vers le fond, à l'orient, était l'autel, derrière lequel était le presbytère ou sanctuaire; c'est ce qu'on nomma depuis le chevet de V église. Son plan était un demi-cercle qui enfermait l'église par derrière ; le dessus, une voûte en forme de niche, qui le couvrait: on le nommait en latin concha, c*est-â-dire coquille, et Tarcade que faisait l'ouverture s'appelait en grec absis. Peut-être les Chrétiens avaient-ils d'abord voulu imiter la séance du Sanhédrin des Juifs, où les juges étaient ainsi en demi-cerle, le président au milieu-, Tévêque tenait la même place dans le presbytère. 11 était au milieu avec les prêtres à ses côtés, et sa chaire, nommée trône en grec, était plus élevée que leurs sièges. Tous les sièges ensemble s'appelaient en grec synthronos^ en latin consessus, quelquefois aussi on le nommait tribunal, et en grec bêma, parce qu'il ressemblait aux tribunaux des juges séculiers dans les basiliques. L'évêque était comme le magistrat, et les prêtres ses conseillers. Ce tribunal était élevé, et Tévêque en descendait pour s'approcher de l'autel, t'autel était renfermé

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par devant d'une balustrade à jour, hors de laquelle était encore un autre retranchement dans la nef, pour placer les chantres, que Ton nomma depuis pat cette raison chœur j en greo chorus, ou châncel, du mot latih cancellù Ces chantres n'étalent que de simples clerCd destiués à cette fonction. A l'entrée du chœuf était Tambon, c'est-à-dire une tribune élevée où Ton montait des deut côtés, servant aui lectures publiques, nommé depuis pupitre, lutrin ou jubé. Si Fambon était Unique, il était au milieu : mais quelquefois on en faisait deux, pour ne point cacner Tautel. A la droite de Tévôque et h la gauche du peuple était le pupitre de TEvangile, et de Taulre côté celui de J'Epitre ;» quelquefois il y en avait un troisième pour les prophéties.

L'autel était une table de marbre ou de porphyre, quelquefois d'argent massif, ou même d'or, enrichie de pierreries ; car on croyait ne pouvoir employer dé matière assez précieuse pour porter le Saint des saints, et les cérémonies de la consécration des autels marquent encore assez ce respect ; mais quelquefois il n'était aue de bois. Il était soutenu par quatre pieds ou petites colonne^, riches à proportion, et on le plaçait, autant qu'il était possible^ sur la sépulture de quelque martyrs ; car, comme on avait accoutumé de s'assembler à leurs tombeaux, on y bâtit des églises ; et dô \k est venue enfin la règle de ne point consacrer d'autel sans y mettre de reliques. C'étaient ces sépulcres des martyrs que l'on appelait méfhoires ou confessions. Elles étaient sous terre et 1 oh y descendait par devant l'autel. Il demeurait nu hors le temps du sacrifice, ou seulement couvert d'un tapis : et rien n'était posé immédiatement dessus. Depuis on l'environna de quatre colonnes aux quatre coins, soutenant une espèce de tabernacle qui couvrait tout l'autel et que Ton nommait ciboire, à cause de sa flgui*e, qui était comme une coupe renversée ; car les anciens avaient des coupes qu'ils ftommaiënt ciboria, du nom d'un certain fruit d'Egypte,

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