CHAPITRE XXXVII
Différence des églises et des temples païens.
Cependant les gentils reprochaient aux Chrétiens de n'a« voir ni temples, ni autels, ni images connues, ni sacrifices, ni fêtes ; et les Chrétiens ne s'en défendaient qu'en disant que ni les temples, ni les autels matériels, ni les sacrifices sanglants n'étaien^t dignes de la majesté de Dieu ; qu'ils n'avaient point d'autres images que son Fils, et les âmes pieuses, qui, par l'imitation de ce Fils, se rendaient semblables au Père ; qu'ils lui ofTraient en tous temps et en tous Ueux des sacrifices de louanges sur les autels de leurs cœurs^ allumés du feu de la charité; enfin que les vrais chrétiens étaient toujours en fête, parle détachement des choses temporelles, le repos de la bonne conscience, et la joie de l'espérance du ciel. Voilà comme ils se défendaient des reproches des païens. Ils ne disaient point : Nous avons des temples et des autels comme vous, quoique d'une autre figure.
En efiet, ces mots donnaient aux païens des idées toutes différentes des nôtres. Un autel était un foyer de pierres dressé dans une place devant un temple ou devant une idole, mais toujours à découvert, destiné à y faire brûler la chair des victimes, et à y verser du vin, du lait, du miel, et
d*autrd8^ sortes de Ubatioos. Un temple était un bâtiment d*UDe forme roode'ôa oblongue^ où Ton observait certaine proportion et certains oroemepts, suivant la différence des divinités, comme l*on peut voir dans Vitruve(l), Les temples étaient petits pour la plupart, sans fenêtres, oa peu éclairés ; aussi ne contenaient-ils que les idoles et les présents qu*on leur faisait. Le peuple n'y entrait point, il demeurait dehors autour de Tautel.
Nos églises ressemblaient bien plus à des écoles publiques, ou à ces salles destinées k traiter lés affaires, que les anciens nommaient basiliques^ et dont Vitruve fait des descripKoDS. On voyait dans nos églises un tribunal élevé, avec ta chaire de celui qui présidait à l^as^ semblée; un pupitre pour le lecteur, des bancs pour les auditeurs, des livres et des armoires, des lanoipes et des chandeliers, une table dont les païens ne savaient pas bien Tusage ; seulement on savait qu^il y avait quelque repas que les Chrétiens prenaient ensemble. Ceux-ci donnaient aux lieui de leurs assemblées les noms d'église, de basilique, d*oratoire, de martyre, de titre, de dôme, ou de maison de Dieu et dii Seigneur' Ils se servaient rarement du nom de temple, et jamais, que je Sache, de ceux de delubrum ou fanum, qui étaient usités chez les Romains. Les noms particuliers des églises vinrent souvent de leurs fondateurs, comme à Rome le titre du Pasteur, la basilique de Libère ou de Sixte qui est Sainte-Marie -Majeure, ou de Tancien nom de la maison, comme la basilique de Latfan. Dans la suite on se servit même des temples bâtis par les païens quand ils se trouvèrent propres ^ux usages de la religion. Ainsi dans Rome on a converti en église le Panthéon, la Minerve, la Fortune^ Virile, et quelques autres. Les églises n'étaient pas seulement grandes et belles, elles étaient gardées avec soin, et tenues tpujours fort propres. Saint Jérôme loue le prêtre Népotied du soin qu'il avait que l'autel de son église fût net, les murailles point enfumées, le pavé frotté, la sacristie propre, les vases luisants ; que le portier fût assidûment h la porte. G*était à quoi servaient les ba^s officiers, quelque nom qu'on leur donnât, portiers, mansionnaires, chambriers, sacristain» ; et ces officiers étaient toujours en grand nombre dans les grandes églises. On voit encore par la formule de Tordinatiou quelle était la charge des portiers. Ils donnaient le si- Ci) Célèbre architecte romain un peu avant Jésus-Christ.
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gnal de la prière aat heures réglées ; et, par conséquent, c'était à eux de sonner les cloches, lorsque Tusage en fut reçu, c'est-à-dire vers le vu* siècle. G*était à eux & ouvrir l'église à ces heures, et h en garder les portes, pour n*y laisser entrer ni les infidèles ni les excooiniuniés. Ils en devaient avoir les clefs en tout temps, et prendre garde que rien ne s'y perdît. On voit dans les Dialogues de saint Grégoire que les mansionnaires avaient soin des lampes* C'étaient ces officiers qui ornaient l'église aux jours solennels, .$oit avec des tapisseries de soie ou d'autres étoffe^ prééièuses, soit avec des feuillages et des fleurs. En un mot, ils faisaient tout ce qui était nécessaire pour tenir le lieu saint en état dimprimer du respect et de la piété. Toutes ces fonctions paraissaient si grandes, que Ton ne permettait pas à des laïques de les faire : et Ton aima mieux établir exprès de nouveaux ordres de clercs pour soulager les diacres.