CHAPITRE XXXVIU Lés Gho66» sensiblâf servant à la rali^on
En effets quoique la relieion chrétienne soit tout inté* rieure et toute spirituelle, les Chrétiens sont des hommes qui ressentent comme les autres les impressions des sens et de l'imagination. On peut même dire que la plupart agissent et vivent principalement par là ; car combien peu y en a-t-il gui s^appliquent aux opérations purement intellectuelles ! et ceux-là mêmes, combien en sont-ils détournés I II faut donc aider la piété par des choses sensibles. Si nous étions des anges» nous pourrions prier également en tous lieux* au milieu d'un marché ou d'une rue passante, dans un corps de garde^ dans des endroits pleins de bruit et d'agitation « Pourquoi fuyons-nous tous^les liaux.oii nous nous tr4)avoQ& dissipés et incommodés, sinon pour aider la faiblesse de nos sens et de notre imagination ? Ce n'est pas Dieu qui a besoin de temples et d'oratoires, c'est nous. Il est également présent en tous lieux, et toujours prêt à nous écouter; mais' nous ne sommes pas toujours en état de lui parler. Il est ' donc inutile de consacrer des lieux particuliers à son service, si on ne les met en état de nous inspirer de la piété.
Supposons, par exemple, ce que nous ne voyons que trop par la négligence des derniers temps; supposons, dis-je, une église mat située, qu'on y entende le bruit d'une grande rue, ou d'une place publique, et si sale, que l'on ne sacb'^
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où se placer ni où se uieltre à genoux; supposons encore qu'elle soit pleine d'un grand peuple, en sorte que ceux qui veulent prier soient continuellement poussés et foulés aux pieds par les passants et continuellement interrompus par les enfants et mendiants de toutes sortes; ajoutez que les yeux ne soient frappés que d'objets désagréables, de murailles enfumées, de tableaux poudreux et placés à contre-jour, de statues mal faites ou mutilées, et d'autres mauvais ornements ; ajoutons enfin^ pour assembler tout ce qui choque les sens, de mauvais encens et des voix discordantes, qui chantent une méchante musique ; il serait plus facile de prier avec attention en pleine campagne ou dans une maison déserte, que dans une telle église. Au contraire, si Ton en trouve une bien bâtie, propre, tranquille, où le peuple soit arrangé, où un clergé bien réglé fasse Toffice avec grande modestie, on sera porté à entendre cet office avec attention, et à prier du cœur en même temps que de la langue.
Les saints évéques des premiers siècles avaient observé tout cela. Ces saints étaient des Grecs et des Romains, souvent grands philosophes, et toujours bien instruits de toutes sortes de bienséances. Ils savaient que Tordre, la grandeur et la netteté des objets extérieurs excitentnatureliement des pensées nobles, pures et bien réglées, et que les affections suivent les pensées ; mais qu'il est difficile que l'âme s'applique aux bonnes choses tandis que le corps souffre, que l'imagination est blessée. Ils croyaient la piété assez importante pour l'aider en toutes manières. Ils voulaient donc que l'oifice public, particulièrement le saint sacrifice, fût célébré avec toute la majesté possible, et que le peuple y assistât avec toutes sortes de cofnmodités; qu'il aimât les lieux d'oraison, et y gardât un profond respect. Toutefois ils savaient bien en bannir le faste séculier, le luxe eîTéminé, et tout ce qui peut amollir les cœurs et frapper dangereusement les sens; ils ne voulaient point le flatter, mais s'en aider. Tout ceci s'entendra mieux en décrivant la liturgie tout entière.