CHAPITRE XXXrX
L'ordre de la liturgie.
On offrait le sacrifice tous les dimanches, et encore deux fois la semaine, c'esl-à-dire le mercredi et le vendredi; aux fêtes des martyrs, aux jours de jeûne, ou plus souvent, suivant la coutume de chaque Eglise. On disait aussi des
messes votives pour les dévotions publiques ou particulières. Quelquefois on disait plusieurs messes en un jour, comme quand l'office de quelque saint concourait avec une autre fête, ou pour des funérailles. C'était toujours Tévêque ou le même prêtre qui les célébrait toutes, comme nous observons encore à Noël. On dit que le pape Léon III célébrait ainsi quelquefois sept messes, et même jifsqu'à neuf. Les dimanches et les fêtes on disait la messe après tierce ; les jours de jeûue plus tard, selon que Ton devait manger après none ou après vêpres. L'heure venue, le peuple s'assemblait en la principale église, pour de là se rendre avec Tévêque et tout le clergé au lieu où la station était indiquée, car l'évêque visitait ainsi toutes les églises tour à tour, et de cette marche pour y aller en corps et en ordre sont venues les processions.
Tandis que l'on entrait et que chacun s'arrangeait, le chœur chantait un psaume avec son antienne,^ qui le nom d'in^ro77est demeuré. Les diacres et ceux qui étaient institués pour les aider, c'est-à-dire les sous-diacres et les px)rtiers, marquaient à chacun la place à mesure qu'il entrait, pour éviter la confusion. Etant rangés, ils priaient quelque temps en silence, puis l'évêque saluait le peuple et concluait la prière, prononçant tout haut Toraison, qui delà s'appelle collecte, comme recueillant les vœux de tous les fidèles.
L'évêque s'asseyait alors dans son trône , qui, étant au fond de la basilique, était le point de vue où se terminaient les regards de toute l'assemblée. Aussi chaque pasteur était rimage visible de Dieu, et, comme dit saint Paul, il était le modèle de son troupeau, ainsi que Jésus-Christ était le sien. Les prêtres l'environnaient, étant assis des deux côtés, à droite et à gauche dans le demi - cercle de Tabside; les diacres étaient debout. Ainsi l'église ressemblait assez à l'image du paradis que saint Jean rapporte dans l'Apocalypse.
L'évêque dans son trône, un livre à la main, comme on peint les Pères, tenait la place de cette figure humaine sous laquelle Dieu paraissait. Les prêtres étaient ce sénat auguste marqué par les vingt-quatre vieillards. L'évêque, dit saint Ignace , présidait à la place de Dieu , les prêtres , à la place du sénat des apôtres; les diacres et les autres officiers étaient les anges, toujours prêts à servir et à exécuter les ordres de Dieu. Devant le trône de l'évêque étaient sept chandeliers, et l'autel où Ton offrait des parfums, symbole des prières, et où Ton devait offrir ensuite TAgoeau sans tache ^ quoique sous une forme empruntée. Sous ce
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même autel étaient les corps des martyrs, comme sous celui que Vit saint Jean étaient les Ames h qui il fat dit de reposer un peu de temps. Enfin les troupes des fidèles, dont tout le reste de la basilique était plein, représentaient assez bien la multitude innombrable des bienheureui, qui , revêtus de robes blanches et des palmes à la main , chantaient à haute voi^ les louanges de Dieu. Telle était la face des assemblées ecclésiastiques.
Après que chacun avait pris sa place, le lecteur montait sur rambon, et faisait quelque lecture de l'Ancien Testament, puis du NouTéau, c'est-à-dire des Actes et desEpîtres des apôtres ; car la lecture de l'Evangile était réservée à un prêtre ou à un diacre. Pour rendre ces lectures plus agréables^ et donner le loisir au peuple de les méditer et au lecteur de se reposer, on les entremêlait de psaumes et d'antiennes, et du chant d'alleluia, que Ton mettait dès lors avant TEvangile. Les lectures se faisaient en langue vulgaire , c'est-è-dire en la langue que parlaient les honnêtes gens de chaque pays; car, quoique là langue punique fût encore en usage parmi le petit peuple d'Afrique du temps de saint Augustin, on ne voit point que TËglise s'en servft. Mais dans la Thébalde il fallait que Von fît les lectures en égyptien f puisque saint Antoine, ^ui n'entendait point d'autre langue, fut converti pour avoir ouï l'Evangile. Dans la haute Syrie la plupart des évêqueS n'entendaient point le grec, et ne savaient que le syriaque^ comme il paraît par les conciles où ils avaient besoin d interprétés.
Du moins, si les nations étaient mêlées, il y avait dés interprètes dans les églises pour expliquer les lectures. Le martyr saint pfocope faisait a Scylhopdlis de Palestine cette fonction, avec celle de lecteur et d'exorciste; ce qu'illisait en grec, il l'expliquait en syriaque, qui était la langue vulgaire dû pays. Quelquefois on lisait en deux langues, coma^e dans l'Eglise romaine , ou après avoir lu les leçons en latin, on les lisait aussi en grec, à cause de la multitude des Orientaux qui s'y trouvaient. La plupart des églises orientales en usent encore de même; et après avoir lu l'Evangile en syriaque, par exemple, ou en cophte, qui est l'ancieiine langue , on le Ijit en arabe , qui est la langue vulgaire.
Dans lé tnonastère de saint Théodose en Palestine, il y avait trois églises où l'on faisait l'office en diverses langues; ou y commençait même la messe, mais on se réunissait dans l'église des Grecs après la lecture de l'Evangile.
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