‹ Les mœurs des Israélites et des ChrétiensChapitre 75 sur 103 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

SenaoQs,

La lecture était suivie du sermon. Le préht expliquait ou TEvangile^ ou quelque autre partie de l'Bdriture, dont il prenait souvent un livre pout l'expliquer de suite, ou bien il choisissait les sujets les plus inoportants. Nous avons des exemples d*eipllcations suivies dans la pluplartdes Homélies de saint Jean Chrysostome^ et dans les traités de saint Augustin sur saint Jean. Nous voyons des sujets choisis dans saint Affibroise, qui traite d'abord l'ouvrage des si* jour? à l'imitation de saint Basile , puis l'histoire de Noé, d' Abrahann, et autres saints de l'Ancien Testament les plusillustres; ce qui toutefois revient encore k Tordre des saintes Ecri-* tures. Et par ces sermons dés Pères on voit que l'ordre des lectures de l'Ecrittire était tel h peu près qu il est encore à présent dans le cours de l'anhée ecclésiastique : aussi étaitelle disposée dès lors comme elle est, pour honorer, par lai suite des diverses solennités , les divers mystères de la via de Jésus-Christ. La plupart dôces traités et des commentaires des Pères sur rÉcriture ne sont que des $ermons< qu'ils ont rédigés ensuite, Ou quel'on écrivait pendant qu'ils les prononçaient par cet art des notés dont j ai parlé.

Ces saints prédicateurs n'étaient pas des discoureurs oLsirs^ comme les sophiste^ qui disputaient dans les écoles profanes, par Une mauvaise émulation de se contredire, et de rafAner les uns sur les autres, ou qui écrivaient dans leur cabinet pour montrer leur érudition et leur bel esprit; c'étaient des pasteurs très-occupés d'une infinité d'affaires dechî^rité, entreautres deraccommodementdesdifférends, qui ne laissaient pas de prêcher très-souvent pour s'acquitter de la fonction qu'ils regardaient cofuhie la plus essentielle à leur ministère : car dans ce^ premiers siècles tous les évoques prêchaient, et il n'y avait guère qu'eui qui prêchassent. On commença en Orient à faire quelquefois prêcher dès prêtres d'Un talent extraordinaire, comme Origène. Nous voyons en Occident saint Féliï prêcher h Noie, n'étant que prêtre, dès le temps des persécutions ; mais ces exemples étaient si rares, que plusieurs ont regardé saint Jean Chrysostome et saint Augustin comme les premiers prêtres à qui leurs évêques aient confié ce ministère. Toutefois saint Jérôme blâme la coutume de quelques églises où le prêtre, ne parlait point en présence de l'évêque.

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Nos prédicateurs trouvent la plupart des sermons des Pères bien éloignés de Tidée. 4e prédication qu^ils ne sont formée. Ils sont simples, sans art qui paraisse, sans divi-* sions, sans raisonnements subtils, sans érudition curieuse, quelques*uns sans mouvements, la plupart fort courts. Il est vrai, ces saints évêques ne prétendaieot point être orateurs, ni faire des harangues ; ils prétendaient parler familièrement, comme des pères à leurs enfants^ et des maîtres à leurs disciples. G*est pour cela que leurs discours se nommaient homélies en grec, et en latin sermops, c*est-à-dire entretiens familiers. Ils cherchaient à instruire en expliquant TEcrilure, non par la critique et par les recherches curieuses, comme les grammairiens expliquaient Homère ou Virgile dans les écoles, mais par la tradition des Pères, pour la confirmation de la foi et la correction des mœurs. Ils cherchaient à émouvoir non pas tant par la véhémence des figures et TefTort de la déclamation, que par la grandeur des vérités qu'ils prêchaient, par l'autorité de leur charge, leur sainteté personnelle, leur charité. Souvent ils parlaient sur-le-champ, comme il paraît par saint Augustin, qui traitait quelquefois un autre sujet que celui qu'il s'était proposé : mais il ne manquait pas de copistes pour recueillir leurs sermons par Fart des notes.

Ils proportionnaient leur style à la portée de leurs auditeurs. Les sermons de saint Augustin sont les plus simples de ses ouvrages ; le style en est bien plus coupé et plus facile que celui de ses lettres, parce qu'il prêchait dans une petite ville à des mariniers, des laboureurs, des marchands.

Mais on voit dans ses traités de controverse, particulièrement dans les livres contre Julien, qu'il n'avait pas oublié la rhétorique, après Tavoir enseignée si longtemps. Au contraire, saint Cyprien , saint Ambroise , saint Léon , qui prêchaient dans les grandes villes^ parlaient avec plus de pompe et avec plus d'ornements; mais leurs styles sont différents, suivant leur génie particulier et le goût de leurs siècles; car il ne faut pas attribuer aux sujets de piété les défauts que les humanistes modernes reprochent aux Pères, comme de ne parler pas latin assez purement, d'employer quelques preuves faibles et quelques ornements trop recherchés, des jeux de paroles, des rimes. C'était le défaut de leur siècle : s'ils fussent venus du temps de Gicéron ou de Térence, ils eussent parlé comme eux.

Les Pères grecs sont moins différents des anciens auteurs. La langue n'avait pas tant changé en Orient, et l'étude des

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bonnes lettres s*y trouvait mieux conservée. Les ouvrages de ces Pères sont la plupart également solides et agréables. Saint Grégoire de Nazianze est sublime^» et son style travaillé. Saint Jean Chrysostome me parait le modèle achevé d*un prédicateur. Il commence d'ordinaire par expliquer l'Ecriture verset à verset, à mesure que le lecteur la lisait, s' attachant toujours au sens le plus littéral et le plus utile pour les mœurs. II finit par une exhortation morale, qui souvent n'a pas grand rapport à Tinstruction qui précède, mais qui est toujours proportionnée aux besoins les plus pressants des auditeurs, suivant la connaissance qu'en avait ce pasteur si sage et si vigilant. On voit même qu'il attaquait les vices l'un après l'autre, qu'il ne cessait point d'en combattre un qu'il ne l'eût exterminé ou notablement affaibli.

Comme ces saints ne régardaient ni la renommée ni aucun intérêt temporel, leur unique but étant de convertir, ils ne cr.oyaient avoir rien fait s'ils ne voyaient quelque changement, très-sensible. Ainsi saint Augustin entreprit d'abolir la coutume de faire aux fêtes des martyrs des repas publics, qui dégénéraient en débauches ; et, quelque invétérée que fût cette coutume, il l'abolit en montrant au peuple les textes formels de l'Ecriture , qui condamne les excès de bouche, et les exhortant avec larmes pendant deux jours de suite, jusqu'à ce qu'il les eût persuadés. Aussi la grande éloquence, comme il dit lui-même, a'est pas celle qui excite des acclamations, mais celle qui impose silence et tire des larmes. Il n'était point à craindre qu'en une même église on enseignât des doctrines différentes , puisqu'il n'y avait point d'autre prédicateur ni d'autre docteur que l'évêque , ou un prêtre qu'il avait choisi, et qui ne parlait que par son ordre, et d'ordinaire en sa présence.

Pendant le sermon l'église était ouverte à tout le monde, même aux infidèles; d'où vient que les Pères y gardaient exactement le secret des mystères, pour n'en point parler ou seulement par des énigmes. De là vient aussi qu'il y a souvent dans leurs sermons des discours adressés aux païens pour les attirer à la foi. Durant les lectures et les instructions, le peuple était assis par ordre, les hommes d'un côté, les femmes de l'autre, et, pour être plus séparées, elles montaient aux galeries hautes, s'il y en avait. Les personnes âgées étaient au premier rang. Les pères elles mères tenaient devant eux les petits enfants : car on les menait à l'église, pourvu qu'ils fussent baptisés. Les jeunes gens demeuraient debout quand les places étaient- remplies. Il y avait des

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diacres cotitihuellement ftppliqaés à faire observer cçt ordre, h prendre garde que chacun fftt atteqtif, et à ne laisser personne sofntoeiHer, rire, parler k rfinreille, da faire quelque signe à tfl autre , en un mot', & procurer partout le silence et la modestie. En Afrique, le peuple écoutait debdùt toutes les instructions, 9u rapport de saint Augustin, qui toutefois approuve davantage la coutume dég églises au delà de la mer^ et où les auditeurs étaient assis.

Le sermon fini, les diacres faisaient sortir tous ceux qui ne devaient pas assister au sacrifice, premièrement les auditeurs et les infidèles ; ensuite on priait pour les catécfaumènes, et on les faisait sortir ; puis on priait pour les énerguniënes ou possédés du démoo^ et on les congédiait. On faisait de même aux compétents, ensuite diwx pénitents. Les fidèles, restant seuls et sans mélange, faisaient des prières pour toute l'Eglise, pour les ordres du clergé et du

{leuple , pour toutes sortes de personnes affligées , pour eurs ennemis et pour leurs persécuteurs. Le diacre faisait la même fonction que le crieur public aut assemblées profanes, avertissant pour qui il fallait prier, et révoque prononçait Toraison en la forme qui nous est restée au vendredi saint. Aux autres messes, nous suppléons ces prières par celles du prônè. Alors Tévêque saluait le peuple de nouveau, et le diacre disait à haute voix : Quelqu'un a-t-il quelque chose contre son prochain ? Quelqu'un est-il ici avec dissimulatiofi ? Embrassez-vôus les uns les autres. Puis ils se donnaient le baiser de pail.

Toutefois Tusage de TËglise romaine, que nous gardons encore, était de ne donner la paix qu'après la consécratioa des mystères, avant la communion.

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