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CHAPITRE XLII

Sacrifices.

L'évêque, étant à Tautel, recevait des mains des diacres les oblations qu*ils avaient reçues du peuple. Toutefois en quelques églises Tévêque allait lui-même recevoir les offrandes des personnes les plus honorables, comme à Rome des sénateurs et de leurs femmes; car tous les Chrétiens , grands et petits, les magistrats, les prioces même , assistaient ensemble à Toffice. On ne mettait sur Tautel que le pain et le vin qui devaient être la matière du sacrifice. Les autres espèces de vivres, le luminaire, l'argent et tout ce que les fidèles offraient pour les besoins de Téglise ^ les diacres le recevaient et le gardaient dans les lieux destinés à ces usages. Il est vrai que Ton mettait sur Tautel des fruits nouveauiy pour les bénir à la fin du sacrifice.

On n'employait à TEucharistie que le pain offert par les fidèles et bénit par Tévêque. Chacun faisait de sa main les dons qu'il ofl'rait. Saint Grégoire de Nazianze le dit expressément, parlant de l'empereur Valons. On voulait que tous les fidèles offrissent, au moins tous ceux qui devaient communier, et on trouvait mauvais que les riches voulussent communier de ce qu'avaient ofTert les pauvres. L'évêque luimême donnait son offrande ; et il y avait à Rome pour cet effet un sous-diacre oblationnaire. Les pains étaient donc en si grand nombre que l'autel en était comblé, comme disent quelques oraisons ; et le corporal était une grande nappe, que deux diacres étendaient sur l'autel , pour recevoir les offrandes. C'était le soin de l'archidiacre de couvrir l'autel de tous ces pains, en les arrangeant proprement, ce que l'on appelait dresser l'autel : il y mettait aussi dans le calice le vin destiné pour être consacré. Afin d'être plus assuré qu'il fût pur, on le versait dans le calice par une couloire\d'argent, je veux dire un vaisseau percé comme un crible.

Le pasteur ayant offert le pain et lé vin , offrait aussi l'encens, qui représentait les oraisons des fidèles, coihmeil est marqué dans l'Apocalypse, où Ton voit un ange occupé à offrir à Dieu ces parfums spirituels. On encensait, comme l'on fait encore, l'autel, les dons, le clergé et le peuple; mais on se servait de véritables parfums, d'oli-

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ban 9 et d*autres aromates les plus précieux que Ton connût alors; et cela avec une telle magnificence, que TEglise romaine avait des terres en Syrie et en d'autres provinces d*Orient, destinées seulement à lui fournir des parfunas. Pendant Toffertoire on chautaît un psaume, dont il n*est resté qu'un verset qui en était l'antienne.

Depuis Toffrande les portes étaient fermées et gardées avec grand soin par Jes diacres ou des portiers qui y demeuraient^ et ne les ouvraient plus, même aux fidèles, î usqu'après la communion ; d'autres diacres se promenaient doucement par l'église, pour prendre garde que personne ne fît le moindre bruit ou le moindre signe. Il y en avait un qui observait en particulier les enfants, dont la place était près le tribunal de l'évèque : et pour les plus petits , on avertissait les mères de les prendre entre leurs bras. Ainsi tout le peuple attentif et en silence écoutait avec un profond respect les prières de la préface et de raclion que nous appelons le canon, car le prélat le disait tout haut, et le peuple répondait Amen, comme aux autres oraisons. Ces prières étaient beaucoup plus longues qu'elles ne le sont aujourd'hui, comme on le voit encore dans les liturgies orientales. L'Eglise romaine n'en a retenu que l'essentiel. Autrefois on y faisait un abrégé de toute l'histoire delà religion, en remerciant Dieu de la création, de la réparation du monde après le déluge, delà vocation d'Abraham, des grâces qu'il a faites au peuple d'Israël, et enfin de l'incarnation de son Fils et de la rédemption du genre humain.

Après la consécration, l'évèque prenait la communion , puis la donnait aux prêtres, puis aux diacres et aux clercs, ensuite aux ascètes et aux moines, aux diaconesses, aux Yierges et aux autres religieuses, aux enfants, et enfin k tout le peuple. Pour abréger cette action, qui était toujours fort longue, plusieurs prêtres en même temps distribuaient le corps de Notre-Seigneur, et plusieurs diacres donnaient le calice ; et, pour éviter la confusion, les prêtres et les diacres allaient porter la communion par les rangs, comme ils avaient été recevoir Tofirande ; en sorte que chacun demeurait en sa place. On donnait aux petits enfants les particules qui restaient de l'Eucharistie; et on donnait à ceux qui ne communiaient pas les restes du pain otTert , et non consacré : de là est venu le pain bénit. Pendant la communion on chantait un psaume dont il n'est resté que l'antienne. Dès le iv« siècle, la communion n'était plus si fréquentée qu'auparavant. Saint Ghrysostome se plaint que

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plusieurs assistaient aux saints mystères sans communier^ et que plusieurs ne communiaient qu'à Toccasion des fêtes. Il marque quUI y en avait qui ne communiaient qu'une ou deux fois l'année.

De tout ce que j'ai dit il résulte C[ue la liturgie était longue : aussi les Chrétiens ne croyaient j^^is avoir autre chose à faire les dimanches qu'à servir Dieu. Saint Grégoire^ pour montrer jusqu'oti allaient ses infirmités, dit qu'à peine pouvait-il se teqjr debout trois heures à Téglise pour Tofflce : toutefois le canon de la messe était dès lor^ tel qu'il est, et les sermons que nous avons de ce saint docteur sont courts.

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