CHAPITRE XLIV Fêtes y pèlerinages
Le grand jour de Pâques étant venu, et le temps du jeûne étant passé , les plus grands saints n^approuvaient pas seulement, mais ordonnaient que le corps fût soulagé. Quelque utile que soit le jeûne pour élever l'esprit à Dieu et faciliter Toraison^ à laquelle les jours de fête sont destinés , il était défendu de jeûner ni les dimanches , ni les fêtes, ni pendant les cinquante jours qu'il y a de Pâques à la Pentecôte. Il est vrai que les moines d'Egypte usaient de grandes précautions pour empêcher que ce petit relâchement ne leur fît perdre le fruit deTabstinence passée , maisenHn ils marquaient la distinction. Saint Pacôme, suivant Tordre de saint Palémon, son maître, prépara, le jour de Pâques, des herbes avec de Vhuile, au lieu de pain sec qu'ils avaient accoutumé de manger. Un saint prêtre inspiré de Dieu apporta à saint Benoît , le jour de Pâques , de quoi faire un meilleur repas qu*à l'ordinaire, et, pour marquer une autre sorte de réjouissance sensible, saint Antoine portait à Pâques et à la Pentecôte la tunique de feuilles de palmier qu'il avait héritée de saint Paul , premier ermite ; et saint Athanase se parait du manteau que saint Antoine lui avait laissé. C'était une coutume établie dès lors entre les Chrétiens de prendre aux jours de fête des habits précieux et de faire meilleure chère; d'où est venu le nom de festin, comme qui dirait un repas de fête.
On honorait à proportion la fêle des martyrs, et il y avait grand concours de peuple. Chacun célébraitavec son ôvêque
le dimanche et les fêtes communes à toutes les églises; mais on accourait de tous côtés aux tombeaux des saints pour célébrer leur mémoire, et souvent, plusieurs évêques s'y rencontraient. Un seul exemple peut faire juger du reste. Saint Paulin rapporte plus de vingt noms tant de villes que de provinces d'Italie dont les habitants venaient tous les ans en grandes troupes, avec leurs femmes et leurs enfants, à la fête de saint Félix, le 44 janvier, nonobstant la
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rigueur de la saison, et cela pour un seul confesseur dans la seule Tille de Noie. Qu'était-ce par toute la chrétienté? qu'était-ce k Rome, aux fêtes de saint Hippolyte, de saint Laurent, des apôtres saint Pierre et saint Paul ? On y venait même de fort loin et en tout temps ; ainsi ont commencé les pèlerinages. Dès le commencement du m* siècle, quand saint Alexandre fut fait é vêque de Jérusalem avec saint Narcisse, il était venu de Gappadoce visiter les saints lieux.
Et véritablement c'était un des meilleurs moyens d'aider la piété par les sens. La vue des reliques d'un saint, de son sépulcre^ de sa prison, de ses chaînes, des instruments de son martyre, faisait toute autre impression que d*en entendre parler de loin. Ajoutez les miracles qui s'y faisaient fréquemment, et qui attiraient même les infidèles^ par Tintérêt pressant de la vie et de la santé. Chacun sait qu'un des premiers effets de la liberté du Christianisme fut le soin que prit sainte Hélène d'honorer les saints lieux de Jérusalem et de toute la terre sainte. Les pèlerinages y furent depuis encore plus fréqiients qu'auparavant. Lorsqu'une croix de lumière parut en plein midi à Jérusalem sous l'empereur Constantin, il y avait une infinité de pèlerins de tous les pays du monde^ qui furent témoins de ce miracle. Saint Jérôme, témoin oculaire, assure qu'en tout temps ony voyait un grand concours de toutes nations, même des docteurs et des évêques. Ces voyages n'étaient pas difficiles, à cause de la grande étendue de l'empire romain, par la commodité de la situation tout autour de la Méditerranée, et par de grands chemins qu'on y avait dressés de tous côtés pour le passage des armées et des voitures publiques. Ce n'était pas une grande entreprise d'aller d'Ës« pagoe ou de Gaule en Egypte, en Palestine ou en Asie.
11 fallait honorer les martyrs aux lieux ou ils avaient souf« fert, avant que l'on eût introduit l'usage de diviser ou de transférer les reliques. Les Grecs les divisèrent plus tôt ; mais à Rome, le pape saint Grégoire témoigne que jusqu'à son temps, pour reliques des saints apôtres, on envoyait seulement des linges nommés brandea,qui avaient touché leurs sépulcres ; ou des clefe d'or qui renfermaient de la limaille des chaînes de saint Pierre. Chaque peuple était jaloux de conserver ces reliques, comme des gages de la protection des saints, et d'une bénédiction particulière de Dieu sur la ville et sur la province ; il leur en revint même ensuite des avantages temporels. Le concours des pèlerins enrichissait les villes, et le respect des saints qui y reposaient porta
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Iespriac6s à y accorder das droite d'a^ileot de^ exemptions de tributs, comme fit Coostantia ea faveur d'Hélénople ea Bithynie. Oa sait combien fut célèbre en Fràœe le pèlerinage de saint Martin de Tours, et quel respect les Goths témoigoërent pour TégUse Saiat- Pierre lorsqu'ils prirent Home.