‹ Les mœurs des Israélites et des ChrétiensChapitre 87 sur 103 · CHAPITRE LI · texte numérisé non relu

CHAPITRE LI

Hôpitaux.

Une partie considérable des biens de FEglise fut appliquée à fonder et à entretenir les hôpitaux ; car ce fut alors qu'ils commencèrent. La politique des Grecs et des Romains allait bien à bannir la fainéantise et les mendiants valides, mais on ne voit point d'ordre public pour prendre soin des misérables qui ne pouvaient rendre aucun service. On croyait qu'il valait mieux qu'ils mourussent que de vivre inutiles et souffrants; s'il leur restait un peu de courage.

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ils se toaient bientôt eux-mêmes. Les Chrétiens, ayant principalement en vue le salut des âmes, n*en négligeaient aucune, et les hommes les plus abandonnés étaient ceux qu'ils ' jugeaient les plus dignes de leurs soins. Us nourrissaient non-seulement leurs pauvres, mais ceux des païens mêmes.

Julien l'Apostat le témoigne avec confusion, lorsqu'il commande à Arsace, pontife de Galatie, d'établir à leur imitation des hôpitaux et des contributions pour les pauvres. Il attribue Taccroissement du Christianisme principalement h trois causes, à l'hospitalité, aux soins des sépultures, et à la gravité des mœurs.

Les Chrétiens assistaient les pauvres en deux manières : Tune en leur distribuant simplement des aumônes, et les laissant loger où ils pouvaient. Il y avait en chaque quartier de Rome un lieu nommé Diaconie, qui était comme un bureau de ces aumônes. Un diacre y résidait, et recevait pour cet usage une certaine somme dont il rendait compte^ L'autre manière d'assister les pauvres, et la plus, avantageuse pour eux, était de les loger et de les nourrir en commun. C'est pourquoi, sitôt que l'Eglise fut libre, on bâtit diverses maisons de charité que nous appellerions toutes hôpitaux; mais on les distinguait en grec par différents noms^ suivant les différentes sortes de pauvres.

La maison où l'on nourrissait les petits enfants à la mamelle, exposés ou autres, s'appelaient Brephotrophium; celle des orphelins Orphanotrophium : Nosocomium était l'hôpital des malades; Xenodochium, le logement des étrangers et des passants, que l'on appelle proprement en français hôpital ou maison d*hospitalité. Gerontocomium était la retraite des vieilles gens; Ptochotrophium était général pour toutes sortes de pauvres. Il y avait de ces maisons de charité dès devait qu'on leur eût donné ces noms^ et on en établit bientôt dans toutes les grandes villes; c'était d'ordinaire un prêtre qui en avait Tintendance, comme à Alexandrie saint Isidore, sous le patriarche Théophile ; à Constantinople saint Zotique, et ensuite saint Samson. Il y avait des particuliers qui entretenaient des hôpitaux à leurs dépens, comme saint Pammachius à Porto, et saint Gallican à Ostie. Ce dernier avait été patrice et consul; et c'é^ tait une merveille qui attirait des spectateurs de toutes parts, de voir un homme de ce rang, qui avait eu les ornements du triomphe et l'amitié de l'empereur Constantin , de le voir, dis-je, laver les pieds des pauvres, les servir à table, et donner aux malades toutes sortes de soulagements.

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Les saints évêques n'épargnaient rien pour ces scrrtes de dépenses : ils aTaient encore grand soin delà sépulture des 'pauvres et du rachat des captifs qui avaient été pris par les barbares, comme il arrivait souvent dans la43hute deTempire roknain. Ils vendaient jusqu'aux vaisseaux sacrés pour ces deux dernières aumônes, tant elles étaient privilégiées. Saint Eiupère, évêque de Toulouse (l'exemple est fameux) se réduisit par là à une telle pauvreté, qu'il portait le corps de Notre-Seigneur dans un panier, et le sang dans un calice de verre; et saint Paulin, évêque de Noie, après avoir tout vendu, se rendit lui-même esclave pour racheter le fils d'une veuve. Ainsi les grands trésors des églises , l'or et l'argent dont elles étaient ornées , n'y étaient que corome en dépôt en attendant une occasion de les employer utilement, comme une calamité publique, une mortalité, une famine. Tout cédait à l'entretien des temples vivants du Saint-Esprit. On rachetait aussi des esclaves servant dans Fempire, principalement s'ils étaient Chrétiens, et 'que leurs maîtres fussent des païens ou des Juifs.

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