CHAPITRE LU
Comparaison de la Yie monastique avec celle ded premiers Chrétiens.
La vie monastique est une preuve sensible de la providence de Dieu^ et du soin qu*ii a eu de conserver dans son Eglise jusqu'à la fin des siècles non-seulement la pureté de la doctrine ^ mais encore la pratique des vertus ; car si Ton veut repasser ce que j*ai dit de la vie chrétienne dans la seconde partie de cet écrit, et le comparer avec la règle de saint Benoît et avec l'usage présent des monastères bien réglés^ on verra qu'il y a peu de différence.
Tai dit que les Giirétiens comptaient la religion pour le capital , et y faisaient céder tout le temporel; c'est ce que font les moines qui se sont séparés du monde pour vaquer librement à Tunique nécessaire , et à qui par cette raison on a donné lenom de Religieux, commun du commencement à tous les bons Chrétiens; on nommait auâsi personnes dévotes les moines, les ascètes et les vierges, pour dire qu'ils étaient entièrement dévoués à Dieu.
Les Chrétiens priaient souvent en commun et en par^ ticuUer» approchent le plus qu'ils pouvaient de l'oraison continuelle. La psalmodie n'est nulle part mieux réglée ni plus exactanent observée que dans les monastères, où elle est encore telle que saint Benoit Ta ordonnée, il y a plus de dou2e cents ans. Les moines, n'ayant rien qui les détournât de ce devoir, y ont été plus exacts que les clercs mêmes ; et on croit que ce sont eux qui ont achevé de former l'office tel qu'il se fait depuis longtemps : aussi les Grecs rapportent-ils leurs typiques ou rubriques aux usages des monastères les plus fameux* Ce sont les moines qui ont introduit les offices de primes et de compiles, qui du commencement n'étaient que des prières domestiques pour commencer et finir saintement la journée dans chaque famille chrétienne ou dans chaque monastère. Cassien témoigne que l'établissement en était nouveau de son temps. En tout ceci il faut regarder les chanoines comme des moines : aussi dans l'origine ils étaient tous réguliers. Les Chrétiens communiaient souvent t ainsi faisaient les moines pour la plupart. Les disciples de saint Apollon, au rapport de Rufio, communiaient tous les jours. Les moines conservèrent longtemps l'ancienne coutume d'avoir TEucharistie chez eux, pour se communier eux-mêmes quand ils n'avaient point de prêtres. ' C'était peut-être faute de cette précaution
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qtie qoelques-uns demearaient jusqu'à deux ans sans communier.
Les Chrétiens s'appliquaient à la lecture de l'Ecriture sainte ; aussi est-elle recommandée dans la règle de Saint- Benoit, particulièrement en carême, et tous les dimanches, au lieu du Uavail des mains, qui occupait une grande partie des autres jours, et dont il reste encore des traces, quoiqu'il faille ayouer que c'est celle des pratiques monastiques qui s'est le moins conservée.
Le silence était nécessaire , comme j'ai dit,- pour éviter les péchés de paroles^ si fréquents parmi les hommes, et toutefois si fort condamnés dans l'Ecriture, comme les médisances, les mauvais rapports, les railleries , les bouffonneries, les discours impertinents et inutiles; et on remarque que les monastères les mieux réglés sont ceux oix le silence est le plus rigoureusement observé. Les noms de pères ou de frères^ suivant l'ftge ou la dignité, étaient au commencement communs eiitre les Chrétiens. Us étaient soumis à leurs prélats et à ceux qui avaient autorité sur eux ; tis étaient unis entre eux vils exerçaient charitablement l'hos-* pitalité envers leurs frères, et l'aumône envers tous les pauvres. Tout cela se voit encore dans les monastères.