‹ Les mœurs des Israélites et des ChrétiensChapitre 9 sur 103 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

Les biens des IsraéliteB.

Ghaquêf hrâdlite atâit donc son champ à cultiver, et le même qui avait été donné en partage à ses ancêtres du temps de Jostté ( 1600 ans avant J.-C. }. Il ne pouvait changer de place, ni se ruiner, ni s'enrichir excessivement : la loi du Jubilé y avait pourvu, révoquant tous les cinquante ans foutes les aliénations, et défendant d'exigex les dettes, Dûn-seulement cette quarante-neuvième année^ mais toutes les anùées sabbatiques (i); car, comme on ne recueillait rien des terres en ces années , il était juste d'avoir au moifls une surséance. Or cette aifflculté de se faire payer rendait lés emprunts plus difficiles^ et par conséquent diminuait les occasions de s'appauvrir, ce qui était le but de lei loi. D'ailleurs Fimpossibilité de faire des acquisitions durables retranchait l'ambition et Finquiétude ; chacuû se bornait au partage de ses ancêtres, et s^^fTectionnait â le faire vtiofir, sachant que jamais Une sortirait de sa famille. Cet attachement était même un devoir de rdigion, étant fondé sur la loi de Dieu, et de la venait la généreuse résistance de Naboth^ lorsque le roi Achab lui voulait persuader de vendre Théritage de ses pères. Ainsi ta loi dit qu'ils n'étaient que les usufruitiers de leurs terres^ ou plutôt les fermiers de Dieu, qui en était le véritable propriétaire. Elles n'étaient chargées d'aucune autre redevëtûce que des^ dîmes et des prémices qu'il avait ordonnées, et Samuel compte les impositions sur les blés el sur lés vignes entre les entref|»rises des rois dont il menaçfa le peuple. Tous les Israélites étaient donc à peu près égaui en biens comme en noblesse, et si ta multiplication d'une famille obligeait d'y partager les terres en plus de portions, il fallait y suppléer par l'industrie et par le travail, cultivant les terres avec plus de soin, el nourrissant plus de bestiaflx dans les déserts et les communs.

Ainsi c'étaient les besliani et les autres mettbles qui faisaient principalement Tinégalité des biens. Ils nourrissaient les meùiféS espèces d'animaux que les patriarches, et toujours beaucoup plus de femelles que de mâles. Ils n'avaient pas de chevaux, aussi ne sont-ils pas de grand usage dans les montagnes i leurs rois en firent venir

(1) Chaque septième année.

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d'Egypte quand ils voulurent 8*en servir. Les ftnes étaient la monture ordinaire^ même des riches. Pour donner une grande idée de Jaîr^ Tun des juges qui gouvernèrent le peuple, TEcriture dit qu'il avait trente fils montés sur trente ânes, et chefs de trente villes. Il est dit d'Abdon, un autre des juges, qu'il avait quarante fils et trente petitsfils, montés sur soixante-dix ftnes ; et dans le cantique de Débora, les chefs d'Israël sont décrits montés sur des Ânes polis et luisants.

Il ne parait pas qu'ils eussent grande quantité d'esclaves : aussi n'en avaient-ils pas besoin, étant si laborieux et en si grand noipbre dans un si petit pays. Ils aimaient mieux faire travailler leurs enfants^ quil fallait toujours nourrir, et ils en étaient mieux servis. Les Romains se trouvèrent fort mal à la fin de la multitude infinie d*esclaves de toutes nations, que le luxe et la mollesse attirèrent chez eux : ce fut une des principales causes de la ruine de l'empire.

L'argent comptant ne devait pas être fort commun chez les Israélites : il n'est pas de grand usage dans un pays où l'on ne pouvait guère aliéner d'immeubles, ni con~ tracter de dettes, et où il y avait peu de trafic. L'usure était défendue entre les Israélites, et permise entre les étrangers; mais il n'était pas facile, suivant la loi, d'avoir commerce avec ceux du dehors : ainsi leurs biens , comme j'ai dit, consistaient principalement en terres et en bestiaux.

Aussi Dieu ne leur promet que ces sortes de biens, les plus naturels et les plus solides. Il ne leur parle ni d'or^ ni d'argent, ni de pierreries, ni de meubles précieux, encore moins des autres richesses plus dépendantes de l'artifice et de l'industrie des hommes : mais il dit qu'il enverra les pluies en leur saison, que la terre produira des grains en abondance, que les arbres seront chargés de fruits, que la moisson, la vendamige, les semailles se suivront sans interruption. Il leur promet une nourriture suffisante, un sommeil tranquille, la sûreté, la paix, et même la victoire sur leurs ennemis. Il ajoute que son regard favorable les fera croître et multiplier : et ailleurs, que sa bénédiction rendra leurs familles nombreuses, qu'il bénira leurs troupeaux, leurs bergeries, leurs greniers, leurs celliers et les ouvrages de leurs mains. Voilà les biens temporels que Dieu permet aux hommes d'attendre de lui.

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