CHAPITRE LXII
Rétablissement de la piété et de la discipline.
Les Normands avaient ruiné grand nombre d'églises, et on laissait tomber les autres par la fausse opinion de la fin du monde, que Ton attendait précisément Tan mille de Notre-Seigneur. Quand on vit que le monde durait encore après cette année fatale, on recommença partout à bâtir des églises les plus magnifiques que Ton pût selon les temps, et toujours bien au-dessus des maisons, nonseulement des particuliers^ mais des plus grands seigneurs. On fît de grandes fondations, dont plusieurs n'étaient que des restitutions de dîmes et d'autres biens usurpés pendant les désordres. On chercha partout des reliques avec grand soin, et on employa pour les orner les joyaux les plus précieux, comme nous voyons encore dans les trésors des anciennes églises. On s'appliqua en même temps à rétablir le chant et la solennité des offices divins. Ce fut dans le xi* siècle que Guy, moine d'Arezzo en Toscane, inventa les notes et la méthode qui est le fondement de toute la musique moderne. Les princes pieux que j'ai marqués favorisaient tous ces biens, et par leurs libéralités, et par leurs exemples. Nous chantons encore des répons composés par le roi Robert, et il tenait à honneur de faire l'office de chantre publiquement dans l'église.
Je ne vois point de siècle où la psalmodie ait été plus en vigueur. On le voit par l'exemple des Chartreux et des autres ordres de ce temps-là. Les moines de Cluny rendirent fréquent l'office des morts ; et le petit office de la Vierge commença peu de temps après. Plusieurs avaient la dévotion de réciter le Psautier chaque jour. A proportion des offices, on multiplia aussi les messes et les autels. Les
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chapelles domestiques étaient sans nombre. Chaque seigneur voulait avoir la sienne daps Tenclos de son château, pour n'être pas privé des offices et de la messe quand la guerre ne lui permettait pas d^ sortir. La vanité s'y mêla. Ils trouvaient beau de nommer des chapelains, et dédaignaient les églises publiques, où ils se trouvaient confondus avec le peuple. Cependant il était impossible que cette multitude d'offices, célébrés en tant de lieux différents, eussent la même dignité que l'office d'un évêque assisté de tout son clergé, comme il se, pratiquait dans les siècles précédents. D'ailleurs on avait oublié les raisons de plusieurs cérémonies, que Ton ne laissait pas d'observer par tradition, et on avait perdu les idées de l'ancienne politesse. Aussi ne voyons-nous plus depuis ce temps que l'on ait eu les mêmes soins que Ton avait auparavant pour éloigner les églises de tous les bâtiments profanes , ou du bruit des lieux fréquentés. On eût crut trop perdre de place dans les villes. Nous ne voyons plus de portiers, ni d'autres moindres clercs dans les églises^ pour y procurer la propreté, l'ordre, la tranquillité. Ces fonctions ont été laissées à des bedeaux et à des valets laïques, où elles ont été tout à fait abandonnées ; en sorte que les assemblées ecclésiastiques sont devenues confuses et tumultueuses. Les seigneurs, puis les magistrats et les autres laïques les plus notables se sont placés dans le chœur, avec le clergé, et^ le respect étant une fois perdu^ toute la foule du peuple, et même des femmes, s'est avancée jusque dans le sanctuaire.
Mais il y avait dans le xi^" siècle des abus bien plus importants i corriger : la simonie et l'incontinence. L'ignorance et la pauvreté rendaient les clercs intéressés et insensibles aux maux de l'Eglise, étant tout occupés de leur subsistance. On vendait communément les bénéfices et jusqu'aux préiatures. Une grande partie des clercs vivait dans lé dérèglement, particuUèrement en Allemagne, où la religion avait toujours été plus faible. Ces clercs ignorants et grossiers ne regardaient leur ministère que comme un métier, et vivaient chacun en leur particulier, ne s'appliquant ni à Tétude, ni à Toraison, mais au ménage. Ainsi ils ne comprenaient point les raisons des lois ecclésiastiques, et les regardaient comme une tyrannie insupportable. Ce fut la cause de leur fureur contre le pape Grégoire VIL Saint Pierre Damien, soutenu de l'autorité de Léon IX et des autres papes de son temps, s'opposa vigoureusement à ces abus. Pour les mieux déraciner, ils établirent des chanoines
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réguliers qui montraient au clergé l'exemple de vivre en comtDaDefd*observerladisciplinecanonique;etc'étaitdece corps gue Ton tirait la plupart des prélats et des pasteurs.