NOS RIRES
Ijilliision que là le bonheur simple habite, Que la tendresse est cahne, et la maison petite. Et qu'on ignore encor tous les mauvais hissons. Mais nous, nous cependant, lorsque ainsi nous laissons, Gourmandes de gaîtés après de trop longs jeûnes, Rire un peu, malgré nous, nos lèvres... qui sont jeunes, Toujours nous évitons avec les plus grands soins De laisser se croiser nos yeux... qui le sont moins. Et, riant, nous n'osons nous regarder en face. De peur qu'en un sanglot le rire ne se casse.
LES DEUX GAVALTERS
Parce quf j'ai voulu tourner beaucoup de clefs.
Parce que j'ai voulu pousser beaucoup de portes,
J'ai vu pendre à des clous mes rêves étranglés,
J'ai vu du sang caillé dans des cheveux bouclés,
J'ai vu d'affreux yeux blancs, — j'ai vu les Femmes Morte
Et depuis que je vis ces mortes, et depuis Que. pales, je les vis dans leurs robes à queue, Le vieux Seigneur des Spleens, le Sire des Ennuis Plonge en mon cœur un couteau long comme mes nuits, A la manière du sinistre Barbe-Bleue.
LES DEUX CAVALIERS. ibl
En vain, pour surveiller les chemins d'alcnlour,
— Ilélas, quelle arrivée allendre, ou quel retour;* — J'ai lail monter mon Ame au sommet de la tour.
Je sens entrer en moi. lentement, cette lame Que la cruelle main excelle à retenir.
Et je crie : c Ame, ma sœur Ame, Ne vois-tu rien venir.»* »
Et l'Ame me répond : (( Je ne vois rien que l'herbe,
L'herbe vulgaire, et courte, et vile, qui verdoie.
- — Quoi! rien de clair, de grand, de chantant, de superbe;^
— Rien que la platitude immense, qui poudroie!
— Quoi ! vers ta blanche tour, en hâte, ne s'éploie,
Par le ciel de soie, Aucun oiseau bleu?
— Non ! sur le sol boueux, aussi loin que je voie,
Il ne vient qu'une oie Claudicante un peu. »
— (( Je sens qu'on m'entre cette lame ! Ne vois- tu rien venir, sœur Ame? »
Elle répond :
(c Je ne vois rien Passer le pont ! »
iGa LES MUSAUDISES.
Elle répond :
(( Je ne vois rien, Sur l'or céleste.
Que le moulin Du discours vain Dont le seul geste Répond au mien. »
— « Ne vois-tu rien venir? — Non rien, Sur la grand'route, que le chien,
Je ne vois rien, sur la grand'route, Que le chien poussiéreux du Doute, Que le caniche fantômal
Que Faust écoule, Que l'éternel et le banal
Barbet du mal. »
Et je crie : « Ame, ma sœur Ame, Ne vois-tu rien venir? — Non, rien.
Sinon, toujours, le même infâme Troupeau de jours pareils, qui vient ! »
— (( Ma sœur Ame, regarde bien!
Ne vois-tu rien venir? — Non, rien!
LES DEUX CAVALIERS, l63
Sur la plaine où, du regard, j'erre, Rien que la slupide bergère; vVucune princesse étrangère; Ni messager, ni messagère; Et si, quelquefois, mensongère.
Une blancheur va s'élevant, C'est un nuage de poussière Qui ne précède que du vent! »
— « Je sens qu'on m'entre celte lamel Ne vois-tu rien venir, s<rur Ame?
Ma sœur Ame, regarde bien! »
Et ma sœur Vme ne voit rien!
Mais, un jour, il faudra que ma sœur Ame voie Arriver du lointain, sur l'herbe qui verdoie.
Les deux cavaliers, Qui, phis vite au signal du mouchoir qui s'agite. Fendent l'air en piquant des deux, et qui, plus vite,
Sautent les hallicrs.
Alors, nous n'aurons plus, mon \nio, qu'à nous taire! Et, laissant leurs chevaux dans la cour solitaire. Alors le noir dragon et le blanc mouscpictaire
l64 LES MU SARI) 1 s ES.
Moiiteronl par l'étroit escalier, mouteronl
Si vite par l'étroit petit escalier rond,
Qu'étant aux pieds du monstre, encore, les mains jointes.
Je lui verrai soudain jaillir du sein deux pointes,
Car, entres par derrière en ouvrant les rideaux.
Tous deux l'auront ensemble estoqué dans le dos !
Qui sera le dragon et cpil le mousquetaire!*
Seront-ils des solda tsclu ciel ou de la terre.
Les deux bons assassins qui, brusques, entreront
Dans la chambre où l'Ennui me tue, et le tueront?
Mon Ame. ces soldats, mes frères et les vôtres,
Seront-ils le Malheur et l'Auiour... ou deux autres!'
Deux autres!''... Mais lesquels!»'... Lorsqu'on entend un pas,
Ce sont toujours ceux-là qui viennent, n'est-ce pas.i'
Sous quel nom viennent-ils!' Sous quel masque.'' On l'ignore.
Mais je suis sûr qu'un jom". dans l'escalier sonore.
Signal de mon salut, ma sœur, nous entendrons
Le tintement précipité des éperons.