‹ Les muscadinsChapitre 7 sur 26 · LES ML8CAU1NS I I · texte numérisé non relu

LES ML8CAU1NS I I

CCS pLM'soniiagos les uns aux autres. Marcello et Porliouët se regardèrent avec des yeux agrandis, émus, et les muscadins et les vaincs élégantes elles-mêmes sentirent leurcouir battre plus fort.

— Sa Majesté Louis XVll est mort au Temple, répondit derrière ses voiles, la vieille mar((uise de Kerven.

— Le 20 prairial an 111 — le 8 juin de l'an passé — à la tour du Temple, le dauphin a succombé, précisa Lafresnaie, qui regardait avec étonnement M'"'' de La Jarrie, debout, l'œil étincelanl, un sourire étonnant de lierté ridevant ses lèvres.

— Le dauphin de France est vivant ! répondit la comtesse avec un accent de i'ermeté et en soulignant sa phrase d'un geste résolu.

— Vivant?

— Vivant! s'écria Porhouët. Eh! oui, vivant! et c'est })Our lui (ju'il faut combattre.

— Combattre? Quelle brute! dirtnit tout bas les jeunes conspirateurs pour dames.

— Vivant ! c'est impossible, dit LalVesnaie.

— Sa Majesté est vivante, vous dis-je ! répéta la comtesse avec une sorte d'exaltation et comme (juelqu'un qui laisse éclater un secret t'IoulTant. Le fils du roi, le roi de France a (dé sauvé par des gentilshommes résolus, de ceux qui combattront avec nous à l'heure du danger. Des ('missaires soldés par nous, par M. le prince de Condé et par moi, se sont abouchés avec le cordonnier Simon; ils ont obtenu de cet homme la substitution d'un enfant muet au dauphin, qu'il était chargé de garder, et, tandis que cet enfant nouveau qu'on reléguait au fond des pièces obscures pour l'empccher d'être vu, mourait lentement d'une maladie de consomption, l'enfant royal — l'hi'ritier du tronc, messieurs — grandissait, caché lui aussi, à tous les yeux, dans un château des environs de Rennes, et, veillé par moi, soigné par moi, attendait comme nous le moment de la réparation de la revanche.

Ceux qui écoutaient la comtesse étaient agités de sentiments bien divers, mais très intenses et très profonds. Favrol doutait, Lafresnaie s'efforçait de comprendre, Marcelle croyait faire un rêve, et Porhouët n'essayait point d'analy-

ser son immense joie. Quant à Bois-David, il se contentait (le répéter aux muscadins assez inquiets :

— Eh bien ! messieurs, on va donc un peu mourir pour sou joi ?

M""" de La Jarrie jouissait de l'étonnement qu'elle venait de provoquer et regardait la vieille marquise de Kerven qui, debout maintenant, avait relevé son voile et tâchait de découvrir la vérité dans les yeux de la comtesse.

— Mais, demanda Lafresnaie, lorsqu'en février 1793, les délégués du comité de sûreté générale, chargés de visiter dans sa prison le lils de Louis XVI, ont examiné le prisonnier, comment n'ont-ils pas reconnu que l'enfant qu'on leur présentait n'était pas le dauphin?

— Demandez-leur, répondit M'"^ de La Jarrie, ce que leur a dit l'enfant.

— Il n'a point parlé, ht Lafresnaie, il n'a rien dit.

— L'un d'eux, Harmant, le pria de se lever, de marcher, de courir; l'enfant se IcA^a, marcha et courut. Harmant lui demanda de parler, l'enfant demeura muet.

— C'est étrange, en efTel, dit Lafresnaie, qui pourtant ne doutait pas que la comtesse ne mentît.

— Et cet enfant, continua M"'*^ de La Jarrie, mourut h' (S juin dernier. Les seuls témoins de sa mort ou plutôt ceux (jui le virent étendu mort sur son lit, étaient les officiers de garde au Temple, ceux de la garde montante et ceux de la garde descendante. Les quatre médecins chargés de l'autopsit', MM. Pelletnn, Demangin, Lassus et Jeanroy, reconnurent que le petit mort était bien l'enfant auquel ils avaient depuis plusieurs jonrs donné des soins — j'ai la copie de leur procès-verbal, messieurs — mais ils se bornèrent à déclarer qu'ils virent le corps d'un enfant âgé d'environ dix ans, « que les commissaires leur dirent être celui du défunt Louis Ca})et ».

— Louis Capet ! dit Porhouët avec fureur.

— Quant à l'acte de décès, j'ai encore obtenu d'en avoir la copie. Il n'a été dressé que le 12 juin, quatre jours après la mort de l'enfant qui succomba au Temple. Le commissaire de la section ne l'a point signi' ; il n'y 'à au bas de cette pièce que les noms de deux inconnus, et l'enfant qui repose

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à cette heure au eimetière Sainte-Marguerite est un inconnu lui-même, dont nul ne saura jamais le nom, mais qui mérite une place an ciel ponr avoir aidé, par sa mort, an salut du fils de nos rois !

— Il y a des miracles eu ce monde, dit de sa voix gravita marquise de Kerven.

— Et me croirez-vous, conclut M'"'' de La Jarrie, lorsque cet enfant vivant, cet enfant sauvé de ses bourreaux, rendu à sa jtatrie, à ses serviteuj-s, à nous, à la France, lorsque cet enfant, vous le verrez, vous le toucherez, vous vous inclinerez devant lui?

— Cet enfant, on est-il? demanda Porhouet.

— Il est à Paris?

— Il est ici, répondit M'"^' de La Jarrie. L'étonnement des hôtes de la marquise devint de la stupéfaction.

— Messieurs, fit fièrement la comtesse, ce n'est pas la première fois que les comtes de La Jarrie donnent l'hospitalité à leur roi.

Elle franchit au milieu diin profond silence ce grand salon, devenu silencieux et où l'on eût entendu battre les cœurs dans les poitrines; elle ouvrit une porte au fond; et, d'un ton de commandement et à la fois de respect :

— Qu'on nous présente à Sa Majesté, dit-elle à quelqu'un d'invisible.

Aussitôt, comme si les portes eussent été machinées comme le décor d'un théâtre, elles s'ouvrirent à deux battants sur un petit salon brillant, tendu de satin bleu, et, an milieu duquel, sur un fauteuil élevé d'une marche et placé sous un dais semé de fleurs de lis, un enfant se tenait, pâle, immobile, les yeux fixes, ses deux mains blanches appuyées sur les bras du fauteuil, et plus semblable dans sa contemplation muette à quelque figure de cire qu'à une créature vivante.

' Les hôtes de M'"'' de La Jarrie poussèrent une clameur oii dominait instinctivement le respect, et Pierre Porhouël, avec une gravité de croyant, mit un genou en terre comni^ devant son Dieu. Marcelle sentait son cœur palpiter vivement dans sa poitrine; Lafresnaie commeuçait à doutei-; et Favrol, ne perdant pas de vue le regard maintenant embrasé

(!«' la comtesse, se disait que cette femme était sublime ou (le perversité ou de dévouement.

Tous regardaient, muets, immobiles, cloués à leur place, depuis Bois-David jusqu'à Ponvalin, jusqu'à l'Espagnol Marchena, le maralisle converti, et une seule voix s'éleva dans ce grand silence, celle de la vieille marquise, pour dire d'un ton lent comme un glas :

— Vive le roi !

L'enfant s'était levé. C'était un enfant maigre, d'aspect soutfrant, vraiment beau, avec ses traits réguliers, son nez fin, sa bouche sérieuse, ses yeux rêveurs, son teint pâle; mais une fièvre visible brûlait dans ses prunelles et devait user le sang de ses veines. Son front intelligent, blanc et bien dessiné, et que semblaient caresser les lumières des bougies, paraissait accablé déjà de soucis et d'inquiétudes, et pourtant cet enfant n'avait pas onze ans et encore paraissait-il moins âgé. Il était vêtu de deuil, tout en noir des pieds à la tête, avec une collerette blanche et un grand cordon bleu tranchant seuls sur cet uniforme sombre de petit orphelin. Une poésie étrange, un charme puissant, ce je ne sais quoi d'attirant que donne la douleur morale se dégageait déjà de ce petit être grave et pâle.

Deux grands laquais, vêtus de deuil comme lui, se tenaient des deux côtés de ce fauteuil, qui ressemblait à un trône et sur lequel il était assis.

L'enfaut regardait devant lui sans étonnement de se trouver face à face avec tant de gens, sans aucune joie à la vue de ces parures, sans orgueil devant le murmure de respect et le cri qui l'avaient salué, mais avec une expression de faligue, au contraire, de lassitude, de tristesse et d'ennui.

— Fils de roi ou fils de hasard, songeait Lafresnaie, cet enfant a déjà sur le visage la pâleur que donne la puissance, et au front le cercle douloureux qu'y imprime le poids d'une couronne !

La comtesse Régine s'était approchée de l'enfant, et après l'avoir salué :

— Monseigneur, dit-elle en lui montrant ses hôtes, tous ceux qui sont ici sq trouvent assemblés pour défendre une seule et même cause : la cause du droit, la vôtre, monseia:ncur.

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Un })àle sourire inoiita (loiicenioiii aux h'vros de rerifanl, qui iucliua dahord la lète avant de répondre; puis, en mèuie temps qu'un éclair passait dans ses yeux, il laissait tomber, d'une voix douce, musicale, pleine de ce charme qu'ont souvent les malades, ces paroles qui semhlaient avoir élé apprises et ([u'il prononçait cependant avec nue fermeté iuatl end ne :

— Je vous remercie, nu'ssieurs, de votre dévouenuMit. Je iw suis qu'un enfant, mais le malheur m'a, permis (h';jà de savoir bien des choses, j.e souvenir de mou père; ne me ([uitle pas; comme le roi, je veux appartenir tout entier à vous, messieni's, ses amis, ses fidèles, et à la Fi'anc<' 1

On eût dit que dans ce salon de la rue de (jj'en(.dle, une voix d'ontre-tombe sortait, qui, venant des profondeurs du cimetière de la Madeleine, dictait à ces gens assemblés hi volonté dernière de Louis XVI, l'ordre de se rallier autour du danphin. Nul, sauf peut-être Favrol et Lafresnaie, n'essayait de pénétrer le mystère de l'existence de cet enfant; tous, selon leur tem])érament propre et leur nature, étaient absolument convaincus que cet enfant, sauvé par miracle, avait dans ses veines le sang- des rois. Bois-David, lui-même, rendu sceptique, au moins en apparence, par s(ni geni*e de vie et les hasards de son existence, se laissait prendre à tout ce qu'avait de séduisant et d'entraînant cette histoire fantastique du dauphin ai'raché à ses geôliers et rendu à ses serviteurs.

L'histoire, qui se joue des impossibilités et réalise l'improbable, fournissait alors, à chaque instant, des motifs d'un étonnement plus profond encore que celui qui eût pu s'emparer de Bois-David. Une sorte d'instinct chevahn'csque, (jui pousssait le chevalier au dévouement, lui répétait d'ailleurs tout bas que cet enfant était bien réellement le captif du Temple, le lils du roi, Louis XVll lui-même.

Si Bois- David était ainsi séduit, quel sentiment devait animer Pierre Porhouët et 'Marcelle de Kermadio ? Le vieux chouan murmurait tout bas une action de grâces, et Favrol ne pouvait s'empêcher d'admirer l'expression d'inelTalde joie qui rendait si l'ayonnant et si beau, à cette hein'e, le visage de Marcelle.

lis ŒUVRES COMPLÈTES DE JULES CLARETIE

Favrol s'inquiétait beaucoup plus d'ailleurs de pioTnener ses regards sur la jeune fille que s'occuper de lidenlilé de l'enfant. Que la comtesse Régine mentît ou dît la vérité, il était utile pour Favrol que cet enfant fût le iils d'un roi, el le comte était prêt, à ce titre, à s'incliner devant lui.

— Monseigneur, continua M""^^de La Jarrie en s'adressanL toujours à cet enfant en deuil, l'heure de la réparation est proche, le trône qu'on vous a ravi vous sera rendu. Nous le jurons tous. N'est-ce pas, dit-elle en se tournant vers ceux (jui l'écoutaient, n'est-ce pas que nous jurons de vaincre ou de mourir pour le roi?

Les mains étendues, les yeux tournés sur celui qu'ils regardaient comme l'enfant royal, les assistants répétèrent d'une seule voix les paroles de la comtesse Régine. Ponvalin et quelques merveilleuses trouvaient seuls que le jeu devenait trop sérieux.

L'enfant se leva après avoir reçu ce serment, et, étendant à son tour sa petite main blanche, exsangue et maigre :

— Je jure, moi aussi, dit-il, d'être digne de mon père et de mes aïeux!

Il y avait dans cette scène, admirablement préparée, une solennité si grande que les acteurs eux-mêmes en étaient émus.

La comtesse, nerveuse, surexcitée, ne put retenir un flot de larmes, qu'elle montra aux assistants comme pour les prendre à témoin de sa sincérité et de sa joie. Mais déjà, et encore une fois, personne ne doutait plus.

— Messieurs, dit la comtesse, il ne faut point fatiguer monseigneur le dauphin — l'enfant essayait d'arrêter dans sa gorge une petite toux déchirante. — Maintenant nous savons que si le Directoire est renversé, nous avons un roi pour le remplacer. Agissons! Monseigneur ira prendre un peu de repos, et nous, nous attendrons, en nous tenant prêts, que M. le comte de Favrol donne le signal de l'action.

— Et ce sera bientôt, dit froidement Favrol.

L'enfant, droit, presque automatique, tendit tour à tour, à tous ceux qui l'approchèrent, sa petite main brûlante de lièvre, que les hôtes de M""' de La Jarrie baisèrent avec une effusion respectueuse.

LES iMLSCAUl.NS 1 11)

iMais le polil daiipliiu paraissait oiiniiyé, las, soudranl. 11 lendait sa main à tout ce inonde, sans qu'un muscle de son visage pâli ne bougeât. On eût dit une slatue de cire.

Une seule fois, il se piil à sourire tristement, lorsque Pierre Porhouël s'avanra vers lui, le i-egardant avec de grands yeux pleins d'amour. Etait-ce le regard de cet liomme ou le costume qu'il portait? L'enfant sourit et laissa plus longtemps sa main sous les baisers du fermier.

Puis, lentement, suivi de deux valets portant des llauibeaux, il disparut par une petite porte tendue de bleu et dont la draperie neurdelyscc retomba derrière lui lorsiiu'il fut sorti.

L'enfant parti, il sembla que la nuit s'était faite soudain dans le salon de la comtesse de La Jarrie, où cette appai'ition avait brusquement apporté comme un Ilot de lumière.

LA K U E D E (i R E > ELLE

Laurent Lafresnaie, en quittant la rue de Grenelle, ne s'aperçut pas qu'il fût un moment suivi par un homme au visage à demi caché dans un manteau. Le secrétaire général de la police s'enfonçait d'un pas rapide dans les rues ; celui qui le suivait s'arrèia au carrefour de la Croix-Rouge — alors carrefour du Bo)met-Rouge — et revint sur ses pas, comme pour examiner de nouveau l'aspect du logis d'oii Lafresnaie était sorti.

L'homme au manteau se promena un moment autour du pâté de maisons formé par les rues du Bac, de Grenelle, de Saint-Dominique et des Uosiers, et, passant et repassant devant l'hôtel de Brissac et sur les derrières de cet hôtel de

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l.uyiies, qui avait Ole aulrefois l'hôtel de Chevreuso, et que la duchesse de Ghevreuse avait fait bâtir sur les dessins de l.emuet, il cherchait à découvrir le secret de la demeure (h)nl l^afresiiaie avait franchi le seuil, ^lais les fenêtres de la petite maison donnant sur la rue de Grenelle étaient closes; rieu ne pouvait faire deviner que, derrière ces volets l'ermés, s'agitât ({uoi que ce fût de mystérienx. L'homme uiuruïura donc comme en lui-même ces mots :

— Je ne pourrai tout savoir que demain.

Puis il s'éloigua défiuilivemeut, s(* dirigeant vers les qiuiis, par la rue ci-devant Saint-Guillanme.

Cet houime, qui avait ainsi guetté, comuie le limiei' sa proie, la sortie du secrétaire général, était le capitaine Audré Lafresnaie ; il teiuiit la parole donnée à son père et se disposait à se dresser, s'il le fallait, entre M. Lafresnaie et le but du conspirateur. Le jeune homme rentra non chez son pèi'e, mais à l'état-major de la Place, avec un peu de lièvre, et il passa une partie de la nuit à poursuivre des rêves, où la préoccupation que lui donnait la conduite de son père était en quelque sorte doublée par un certain trouble (|ue lui causaient le souvenir de celte jeune fille entrevue et riniage de Marcelle, vers lesquels sa pensée se reportait invinciblement.

André n'était point de service le lendemain et il ne revêtit point l'uniforme. Après avoir quelque temps étudié, il prit son déjeuner dans sa chambre, s'habilla et sortit. Il était environ midi. André se dirigea tout droit vers ce coin de Paris qu'il n'avait fait qu'entrevoir la nuit précédcmte, arriva à la rue de Grenelle et essaya encore une fois de deviner, d'après l'aspect du logis, quels étaient les hôtes que ]\I. Lafresmiie était venu visiter la nuit précédente.

En plein jour, comme eu pleine nuil, la demeure ne laissait point pénétrer son secret ; la porte était close, les fenêtres fei'uiées. Ce petit pavillon aux toits d'ardoises n'avait aucune allure tragique ou seulement douteuse.

Comme André en était là, regardant avec attention la petite porte par laquelle, la veille, était sorti son père, il entendit derrièi-e lui un pas furtif et une voix qui lui disait sur un Ion doleni :

— ('.ito\ en capitaine...

Il se n'iounui el apeivul un pelil liomnu' do noir vèln (jii'il reconnut à demi.

— Citoyen capitaine, lui dit celni-ci, je suis bien aise, aii 1 que je suis aise do vous rencontrer!

— Vous avez à me parler? demanda André du ton dont (ui s'adresse à un importun.

— .lai une grâce à vous demander et des excuses à vous l'aire, citoyen capitaine... Je nu' suis rendu coupable vis-àvis de vous dune... — comment dirai-je? — d'une imprudence, d'une maladresse... Vous ne me reconnaissez peulèlre pas, citoyen capitaine! Vous m'avez cependant vu hier à l'hôbd préfectoral... chez M. le secrétaire... pardon... chez le citoyen secrétaire général, voln^ j>ère. Je suis IMcoulet... Jean-Baptiste Picoulet, inspecteur... et j'ai commis um; bévue. .

— Mon, bon, monsieur Picoulet; c(da n'est rien, lit Andi'é.

— Cela n'est rien, citoyen capitaine? Comme vous y allez! C'est impardonnable, tout simplement! C'est même inconcevable. Picoulet l'n défaut! Concevez donc, Picoulet se tronn)ant grossièrement; Picoulet s'abusant au point de prendre pour un agent du royalisme, qui? — le tils môme de son supérieur, un héros d'Italie, vous, citoyen capitaine, vous-même ! H y a de quoi verser des larmes de sang !

— Ne versez rien, monsieur Picoulet, et calmez-vous...

— Le temps seul me calmera, capitaine... quand on a iine prunelle de lynx, une prunelle qui découvrirait une aiguille dans une boite de foin et un émigré dans un rassemblement de cinq cents personnes, c'est un peu dur, songez donc, de se tromper à ce point-là ! Je le disais encore ce matin à bonne amie : « Je suis un homme déshonoré à mes pro[)res yeux ! » Tenez, citoyen capitaine, je ne m'excuserai moi-même (jue si vous m'assurez que vous m'avez sincèrement pardonné ma mépi'ise.

— Moi? dit André.

— Vous, capitaine.

— Allez donc en paix, monsieur Picoulet; tout est oublié !

— Tout! Et M. le secrétaire général ne m'en voudra point? Et je n'aurai pas à craindre que cette mince ani-

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