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SAINTE FAMILLE

Musée de Coloe-ne

L'Art,

Imp. A. Sa-lmon.

et riche expansion. Le groupe est bien composé et la vivacité, la splendeur du coloris sont extrêmes. Le rouge du corsage de la Vierge et le bleu de sa jupe s'accordent merveilleusement avec les carnations dont ils relèvent l'éclatante fraîcheur. Cette Sainte Famille, à ce qu'on croit, a fait partie de l'ancienne collection d'un riche banquier originaire de Cologne, Eberhard Jabach, le célèbre amateur auquel notre Louvre doit un grand nombre de ses chefs-d'œuvre les plus précieux '.

Quatre études de Van Dyck d'après un nègre du plus beau noir, réunies sur une même toile et enlevées avec la verve et la facilité élégante qui lui appartiennent, accompagnent un autre tableau beaucoup plus important de l'élève de Rubens. C'est un grand Portrait de Jabach , dont le peintre fut l'ami. Le fameux financier, assis auprès d'une vigne, dont le feuillage commence à jaunir, est vu de face, revêtu d'un costume noir à crevés blancs. Son air est décidé, mais avec ses gros traits et ses lèvres épaisses, son visage paraît assez vulgaire. Van Dyck, on y pouvait compter, s'est rattrapé, sur les mains de son modèle, du manque de distinction de sa figure, et ces mains sont d'une élégance accomplie. L'artiste, d'ailleurs, ne les a pas flattées et, dans un autre portrait de Jabach peint vers la même époque par Ph. de Champaigne et placé tout à côté, nous pouvons, à la similitude des deux images, constater que leur ressemblance est fidèle. Mais, si remarquable que soit l'œuvre de Van Dyck, elle n'est cependant pour lui que de qualité moyenne. Au contraire, à force de correction et de sincérité, Champaigne, cette fois, s'est surpassé. Ajoutons, pour épuiser

1. Outre l'hôtel qu'il possédait à Paris, rue Saint-Merri, et dans lequel il avait entassé des merveilles de toute sorte (entre autres les acquisitions faites par lui à la vente des collections de Charles I"), Jabach s'était fait construire à Cologne, sur les dessins de l'architecte français, Jacques Bruand, une maison qui existe encore (Sternengasse, n* 10), et où Marie de Médicis mourut le 3 juillet 1642. Cette maison contenait aussi un grand nombre d'œuvres d'art qui n'avaient pas été comprises dans la cession à laquelle Jabach dut se résoudre vers 1670, par suite du mauvais état de ses affaires. Parmi les œuvres qu'il put ainsi conserver se trouvaient probablement les deux portraits, peints par Van Dyck et par Ph. de Champaigne, dont nous parlons plus loin, et certainement aussi le grand tableau de Le Brun, qui représente le financier entouré de sa famille. Ce tableau, aujourd'hui au musée de Berlin, se voyait encore dans la maison de la Sternengasse à la fin du siècle dernier. Jabach avait servi d'intermédiaire pour plusieurs commandes faites à divers artistes, et lui-même avait acheté le Crucifiement de Rubens pour l'église Saint-Pierre. Le catalogue des peintures et celui des dessins du Louvre contiennent d'intéressants détails sur la vente des collections de Jabach à Louis XIV, vente opérée par l'entremise de Colbert.

5o LES MUSÉES D'ALLEMAGNE

cette iconographie de Jabach, que, malgré l'affirmation du catalogue, nous ne retrouvons aucunement ses traits dans une tête de Rigaud (n° 90g) qui passe pour le représenter. Il est difficile, il est vrai, de reconnaître un type sous le débordement de graisse qui a envahi et déformé ce visage de vieillard ; mais cet embonpoint même est en contradiction avec l'apparence qu'offre Jabach dans le grand portrait de Berlin où Le Brun nous le montre également dans un âge assez avancé, et plutôt amaigri qu'engraissé.

Le Prométhée de Jordaens est un grand et solide gaillard, au teint sanguin, à la forte encolure, qui, renversé dans une attitude violente, braille à pleine bouche et se démène comme un diable pendant qu'un aigle lui dévore les entrailles. Avec un tel peintre, il ne faut pas être trop exigeant en fait de noblesse et de correction mythologiques. Ce sont là les moindres de ses soucis, et, à défaut du vautour traditionnel, cet aigle, que sans doute il avait sous la main, a dû inspirer l'idée du tableau. Probablement même, c'est l'ami Sneyders qui, avec son talent habituel, a peint l'oiseau dont les ailes largement déployées traversent toute la toile. Quant au Prométhée, quelque portefaix d'Anvers en a fourni le modèle et Jordaens, en le copiant, s'est bien gardé d'atténuer sa vulgarité. Mais le peintre a mieux à nous offrir au musée de Cologne et les deux grands portraits qui proviennent de la collection de M. Gauchez peuvent compter parmi les meilleurs de son œuvre. Ils ont tout à fait bon air, ces deux vieux époux, robustes encore et de belle prestance, dans un costume noir, à la fois simple et élégant. La femme, une Flamande au teint fleuri, au regard bienveillant, parée de ses plus beaux bijoux, — des boucles d'oreilles, des bracelets et un collier de perles, — sourit de sa bouche aimable et vermeille, tandis que son mari ne se fait pas faute d'égayer le temps de sa pose avec un joli vin clair versé dans une coupe de cristal placée à portée de sa main. Le brave homme est déjà bien coloré et le rideau rouge sur lequel se détache sa face rubiconde ajoute encore des reflets de pourpre au vermillon assez inquiétant de ses joues. Avec ce cou trop court et ce tempérament d'apoplectique, il serait temps pour lui de s'observer davantage. Jordaens avait trouvé

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