BOSSE DE BOUCLIER EN OR
(Musée National Bavarois.) — Dessin de M"1-' Herwegen.
sont aujourd'hui tombés la plupart de ces édifices vantés autrefois avec un enthousiasme si complaisant.
Pour la sculpture aussi, cette production trop hâtive n'était guère compatible avec l'étude et le recueillement nécessaires à cet art. Quand le vieux roi disparut, il avait rempli non seulement sa capitale, mais les temples érigés dans le voisinage, des banales effigies de tout ce que l'Allemagne a pu compter d'illustrations. Ses successeurs ne devaient point hériter de son ardeur. Aujourd'hui l'activité de la
sculpture, concentrée à Berlin, semble à peu près éteinte à Munich et, sous la Halle des Maréchaux, piteuse imitation de la Loggia dei Lan\i, destinée à abriter les généraux célèbres, les statues de Tilly et de Wrède attendent en vain des compagnes et montent, depuis plus de trente ans, leur faction solitaire. Malgré ses grandes dimensions, le monument élevé au bout du pont de l'Isar en l'honneur de Maximilien ne fait pas beaucoup plus d'honneur à l'école de Munich. C'est une œuvre sans aucun caractère, très peu recommandable au point de vue du style et de l'aspect le plus malencontreux. Le bronze, d'un rose jaunâtre, ressemble à du zinc verni et se détache à peine sur un marbre d'un jaune fade. A la base, sont symétriquement rangées des figures allégoriques, rondes et molles, personnifiant, avec une insignifiance convenable, des symboles abstraits, tels que la Constitution bavaroise, ou V Union des confessions religieuses, sujets peu faits, il faut le reconnaître, pour échauffer l'imagination d'un artiste.
Plus encore que les architectes et les sculpteurs, les peintres avaient mené grand bruit à Munich. On ne s'en douterait plus guère aujourd'hui et le temps est loin où public et critiques se laissaient prendre à leurs ambitieux programmes. La pluie et les frimas ont eu également raison des caricatures colossales ou des grandes compositions philosophiques qui s'étalaient naguère sur les vastes murailles de l'Athènes du nord et, quant aux fresques placées à l'intérieur des édifices, le sort de la plupart d'entre elles est peut-être plus lamentable encore; elles attirent à peine le regard. La lourde ordonnance de ces laborieuses machines, l'accumulation des épisodes incohérents qu'elles renferment, font encore mieux ressortir maintenant la pauvreté absolue de leur exécution; elles ne subsistent plus que comme les témoignages d'un art dont les hautes visées accusent cruellement l'impuissance.
La fresque avait absorbé le meilleur de l'activité de l'école de Munich. Sans doute ses maîtres jugeaient indigne de leur génie de s'abaisser jusqu'à la peinture de chevalet, et peut être aussi un peu imprudent pour leur renommée de s'exposer à des comparaisons indiscrètes. Une visite faite à la Nouvelle-Pinacothèque ne justifie que trop le sentiment d'une pareille défiance. Jamais, assurément, nous n'avons, pour notre
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part, éprouvé semblable déception, et il nous paraît difficile qu'en aucun autre lieu du monde on puisse rencontrer un tel amas d'oeuvres médiocres ou détestables. Il y a là des kilomètres de mauvaise peinture, et Ton peut errer pendant longtemps dans ces vastes salles sans trouver où reposer le regard. A peine quatre ou cinq tableaux mériteraient-ils d'être distingués dans cette foule ; encore ne sont-ils pas tous l'œuvre d'artistes allemands. Telle est par exemple une charmante petite toile : la Lecture du Testament, de D. Wilkie, peinte vers 1824, et dont il a reproduit lui-même, à l'eau-forte, le principal groupe. Pour la finesse de l'observation, le jeu des physionomies et le choix heureux des détails, c'est là un de ses meilleurs ouvrages. Une salle entière est consacrée à Rottmann , un dessinateur exact et habile qui, dans ses nombreuses vues de la Grèce, a cru devoir recourir à des effets violents et aux fantasmagories de lumière les plus étranges, afin de mettre quelque variété clans cette réunion de paysages, de dimensions pareilles, dont un jour artificiel exagère encore les contrastes. Les plus simples de ces ouvrages sont les plus remarquables, et nous leur préférons même les aquarelles et les dessins que
LUSTRE GOTHIQUE EN FER FORGE. (Musée National Bavarois.) — Dessin de M"" Herwegen.
le peintre a faits d'après nature, parce qu'ils permettent de mieux apprécier ses qualités. Un autre artiste, Piloty, tient ici avec honneur la place que Delaroche et Gallait ont occupée en France et en Belgique. Sa Mort de Wallenstein est, comme son Galilée de Cologne, une oeuvre un peu théâtrale ; mais Piloty est représenté à la Nouvelle- Pinacothèque par une composition plus récente et plus importante : le Triomphe de Germanicus. Malgré le déploiement excessif de la mise en scène et le luxe des détails archéologiques qui s'y étalent un peu trop complaisamment, cette grande toile fait honneur à la peinture allemande et dénote une entente de l'effet et une habileté d'exécution peu communes. Jusque dans cette image de la défaite, on retrouve d'ailleurs la glorification de la Germanie , et l'attitude altière des vaincus en face de la pompe insolente des triomphateurs semble déjà faire pressentir les revanches prochaines. De pareils ouvrages, sans être des chefs-d'œuvre, tranchent sur l'insignifiance complète de la plupart des peintures admises dans cette triste collection.
On a quelque scrupule de rester sur de semblables impressions. Malheureusement les expositions publiques ou privées qui abondent à Munich ne font que confirmer la fâcheuse opinion que, sauf quelques rares exceptions, il faut garder de la peinture locale. En face même de la Glyptothèque, un grand bâtiment est consacré à une exhibition permanente d'oeuvres modernes. Ces œuvres dénotent un certain progrès dans l'exécution, mais on n'imaginerait guère la puérilité et la vulgarité complètes des sujets qui défrayent aujourd'hui encore la plupart des artistes allemands. Après les hères allures et les grands airs qu'affectait la génération précédente, la chute paraît soudaine et les aspirations sont ici vraiment par trop modestes. On est confondu de retrouver intacte la collection de ces antiques plaisanteries qui ont depuis longtemps perdu toute fraîcheur : la Confession embarrassante, les Touristes surpris par une averse, YEscalade ou ï Innocence en danger, les Bons Petits Enfants, le Berceau sous la garde du chien fidèle, V Arrivée de la tante et la Visite du curé à contre-temps ; il en faut passer et non des meilleures. Aucune de ces vénérables facéties ne manque à l'appel, et notez que les plus grosses intentions y sont
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soulignées et commentées avec une abondance de précautions humiliante pour l'intelligence du spectateur. Le tout est entremêlé de modèles d'atelier travestis en Romaines, en Égyptiennes ou en Madeleines, de panoramas géographiques, d'orages qui n'ont rien de terrible, et de paysages où le rose, le violet et l'indigo dominent avec une audacieuse crudité.
Nous ne craindrons pas de l'avouer, à toutes ces peintures médiocres ou prétentieuses, nous préférons une des rares productions locales qui ont un caractère marqué d'originalité ; nous voulons parler de ces feuilles d'images publiées à Munich (Munchener Bilderbogen), les unes destinées à servir à l'instruction, les autres purement plaisantes, mais pleines d'une verve et d'un comique de bon aloi. Il y a là, au point de vue de l'enseignement ou de la simple récréation, un élément de publicité à bon marché dont on n'a guère jusqu'ici tiré parti en France, où notre imagerie populaire est restée d'une grossièreté ou d'une platitude également regrettables.
BRACELET EN OR, PERIODE MEROVINGIENNE. (Musée National Bavarois.) — Dessin de M"'-' Herwegen.