‹ Les musées d'AllemagneChapitre 23 sur 62 · BUIRE ET FLACON RENAISSANCE · texte numérisé non relu

BUIRE ET FLACON RENAISSANCE

(Musée National Bavarois.) — Dessin de M"e Marie Weher.

neur et à l'exemple d'un peuple », et, plutôt que d'en encombrer un musée destiné à l'instruction artistique de la nation, il eût assurément mieux valu les laisser aux palais d'où on les a tirées. Aussi chez le

i. C'est dans le livre si utile de M. L. Dussieux (les Artistes français à l'Etranger, 3° édition, J. Lecoffre) qu'on peut le mieux voir la part qui revient à nos artistes dans les seuls ouvrages de quelque valeur qui aient été produits en Allemagne à cette époque.

2. La buire, à gauche, est en noix de coco, montée en acier, de travail allemand. Le flacon, à droite, taillé en coquille, a appartenu à Diane de Poitiers.

8o LES MUSÉES D'ALLEMAGNE

visiteur l'écœurement succède-t-il bientôt à la curiosité et, pressant le pas, il renonce à découvrir au milieu de ce ramassis d'objets insignifiants quelque œuvre qui mérite d'être distinguée. Pour éviter pareils mécomptes et rendre plus attachante la fréquentation du Musée National les administrateurs n'auraient pas à chercher bien loin dans leurs souvenirs, et l'exemple de l'Exposition rétrospective, organisée à Munich même en 1876, leur montrerait à la fois l'avantage d'un classement méthodique, le niveau qu'il leur faut désormais viser dans leurs collections et les lacunes que par des choix intelligents ils doivent s'efforcer de combler.

Dans un autre ordre de recherches, la Bibliothèque royale de Munich présente également des ressources d'étude fort précieuses. Cette Bibliothèque, qui, après notre Bibliothèque nationale, est la plus riche de l'Europe, contient en effet des manuscrits aussi intéressants par le mérite de leur exécution qu'à cause des lumières qu'ils apportent à l'histoire de l'art. Parmi les plus curieux nous signalerons le Codex aureits (n° 55) daté de 870, et qui, provenant de l'abbaye de Saint-Denis, a été donné en 888 par l'empereur Arnoul au couvent de Saint- Emeran, à Ratisbonne. Sa reliure, formée de plaques d'or dans lesquelles sont enchâssées des pierres précieuses, est un travail remarquable de l'orfèvrerie de ce temps. Un évangéliaire du commencement du xie siècle, dont les émaux, d'un dessin barbare, représentent les évangélistes portant sur des corps humains les têtes des animaux qui les symbolisent, mérite aussi l'attention. D'autres manuscrits de la même époque sont recouverts de plaques d'ivoire sculptées avec une finesse extrême, et sur lesquelles nous retrouvons les charmantes figures de ces petits anges voltigeant à travers le ciel que nous avons déjà rencontrés dans les peintures primitives de l'école de Cologne. Les encadrements de ces ivoires, avec leurs palmettes et leurs rinceaux d'un goût exquis, procèdent d'une ornementation à la fois élégante et sobre, qui dérive directement de l'art antique. Les artistes grecs, habiles à ces sortes de travaux, avaient continué les traditions de ce style, auquel les sculpteurs italiens devaient aussi plus tard emprunter les encadrements de leurs bas-reliefs et quelques-uns des motifs de

LES MUSEES DE MUNICH

décoration qu'ils introduisirent dans les édifices élevés au début de la Renaissance.

En suivant le cours du temps, nous arrivons au célèbre Livre d'Heures (n° 41) attribué à Memling. Ici, c'est la nature qui a fourni les éléments de l'ornementation, et les plus gracieux animaux, des

Page 1