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POIRES A POUDRE

(Musée National Bavarois.) — Dessin de Mlie Marie Weber.

papillons, des insectes, des passereaux, se mêlent autour des marges aux fleurs les plus fraîches. Les compositions ainsi encadrées sont également d'une variété extrême, inspirées tantôt par la fête du jour, tantôt par les diverses occupations que ramènent successivement les saisons de l'année; tantôt même, ces compositions font place à de purs

1. Ces deux poires à poudre datent de la Renaissance. Celle de gauche est en corne de cerf, celle de droite en ivoire.

caprices où s'égaie l'imagination du miniaturiste. C'est ainsi que, par une de ces substitutions malicieuses auxquelles de tout temps l'art s'est complu, il attribue aux animaux des rôles et des sentiments humains et nous peint, par exemple, des ménages de singes où les mères élèvent leurs petits dans des maillots, les bercent et leur donnent la bouillie. Quelques-unes des compositions sacrées sont de vrais chefsd'œuvre de poésie et d'expression, notamment une petite Vierge tenant le Christ étendu mort sur ses genoux. (Page 199 du Livre d'Heures.) Toutes, d'ailleurs, témoignent d'une rare souplesse et fournissent les plus piquantes révélations sur les mœurs, les costumes et les monuments de cette époque. Mais, quel que soit le talent du peintre, nous ne saurions en aucune façon reconnaître ici la manière de Memling. Entre autres détails caractéristiques qui nous semblent contredire cette attribution, nous ferons observer que les personnages de ces miniatures sont tous trapus et ramassés, tandis que les figures, chez Memling, sont minces et élancées.

Un manuscrit peut-être plus remarquable encore est celui de Jean Fouquet (n° 38) : le Cas des nobles hommes, de Boccace, exécuté pour le duc de Berry, et dans lequel des épisodes empruntés tour à tour à l'antiquité sacrée ou profane déroulent sous les yeux du lecteur la longue suite des malheurs causés par l'amour depuis l'origine du monde, à commencer par Adam, « Œdipus, Priam, roi de Troie, Ménélaùs, Samson, etc. », tous ces personnages étant, bien entendu, accommodés à la mode du xvc siècle. La dédicace représentant le lit de justice tenu en 1458, à Bourges, par Charles VII, entouré des principaux dignitaires de sa cour, est étonnante de finesse, et les cent trente portraits qui y sont figurés ont, dans leurs dimensions exiguës, un caractère d'individualité qui atteste leur parfaite ressemblance.

Citons encore le Livre de Prières magnifiquement relié en argent doré, et qui fut exécuté en 1485 pour le duc Albert de Bavière par un artiste de Pérouse, élève du Pérugin et nommé Sinibaldi. Dans les scènes reproduites par ses miniatures, les colorations sont d'une franchise parfois un peu crue, et le paysage joue un rôle important. Des encadrements variés entourent les compositions, et nous y retrouvons

MARTEAU EN ARGENT REPOUSSÉ ET DORÉ. Travail italien du xvie siècle. (Musée National Bavarois.) — Dessin de M11» Herwegen.

ces guirlandes de fleurs ou de fruits que Ghiberti a introduites dans l'ornementation des portes du Baptistère et qu'à l'exemple des sculpteurs, les peintres, Squarcione et Mantegna, notamment, devaient aussi placer clans leurs tableaux.

Enfin, le Livre de Prières, imprimé sur parchemin par Jean Schoensperger, d'Augsbourg, pour l'empereur Maximilien, porte sur ses marges des dessins à la plume faits en 1 5 1 5 par Albert Durer. On y retrouve ses meilleures qualités de dessinateur unies à cette prodigieuse facilité de talent et à cette curiosité d'esprit qui — avec des différences très réelles — manifestent cependant entre son génie et celui de Léonard de Vinci des analogies non moins évidentes1.

Deux autres collections de Munich sont particulièrement intéressantes pour l'histoire de fart dans l'antiquité. La première, placée au rez-de-chaussée de la Nouvelle-Pinacothèque, est connue sous le nom d'Antiquariitm et son origine remonte au duc Albert V, vers 1570. Elle comprend aujourd'hui environ quatre mille petits objets, principalement des bronzes et des terres cuites d'Egypte, de Grèce et d'Italie2, parmi lesquels le plus curieux est certainement une couronne d'or trouvée en 1 S 1 3 à Armento. Cette couronne servait peut-être de parure funèbre ou, plus probablement encore, faisait partie du trésor d'un temple, ainsi que semble l'indiquer une inscription votive gravée sur le socle d'une des petites figures ailées qu'on voit, à la partie supérieure, encadrées dans des feuillages de chêne auxquels sont mêlés des liserons, des roses et des anémones en or rehaussé d'émail. Les tiges menues qui supportent ces fleurs donnent une grande légèreté d'aspect à ce précieux bijou.

L'autre de ces collections, celle des vases antiques 3, possède plus de deux mille objets provenant surtout de fouilles effectuées en Italie.

1. D'autres feuilles ayant fait partie de l'exemplaire primitif de ce Livre d'heures ont e'té découvertes à la bibliothèque de Besançon par M. Castan, et une étude complète sur le Livre de Prières de Maximilien I°r, due à M. Edouard Chmelarz, a paru dans le Jahrbuch der Kunsthistorischen Sammlungen des Kaiserhauses. 3° volume, pages 88 et suiv. Vienne, i885.

2. La dernière e'dition du catalogue a paru en 1878 : Fùhrer durch das K. Antiquarium, par W. Christ et J. Lauth.

3. Il a paru deux éditions du catalogue des vases antiques, toutes deux rédigées par le savant Otto Jahn. La première, qui est la plus complète et qui contient onze planches, a été publiée en i85q; la seconde, en 1875.

LES MUSEES DE MUNICH

Il convient d'y mentionner une riche série de vases à figures rouges représentant des scènes dionysiaques ; d'autres encore sur lesquels sont peints Alcée et Sapho (n° 753), ou Apollon, Artémis et Hermès (n° 745), figures d'un très beau style, et une scène de l'Hadès (n° 34g) avec de nombreux personnages. Mais le plus célèbre de ces vases est la fameuse Pyxis Dodxvell (n° 211), trouvée à Mertèse et représentant la Chasse du Sanglier de Calydon. C'est un des types les plus anciens

COUPE RENAISSANCE EN TOPAZE ENFUMEE MONTEE EN ARGENT. (Musée National Bavarois.) — Dessin de Mlle Marie Weber.

que l'on connaisse de vases corinthiens à inscriptions. Les noms de tous les personnages y sont indiqués en caractères archaïques d'une époque antérieure au milieu du ve siècle avant Jésus-Christ. Enfin une grande mosaïque placée dans une des salles et trouvée en Romagne est un travail de style romain particulièrement intéressant, parce qu'on y voit figurer la Terre, les Saisons, le Soleil et le Zodiaque.

A ces diverses collections qui, à Munich, suffisent à occuper bien

des journées, il faut encore joindre celle des porcelaines et des peintures sur verre, celle de la Fonderie royale, celle du Musée des moulages, ouvert en 1877 et créé en vue de l'enseignement archéologique de l'Université; enfin, le Cabinet des médailles, très anciennement formé et riche surtout en monnaies de l'Asie Mineure et de la Grèce. Une École des Arts industriels, fondée en 1868, et d'autres établissements spéciaux complètent cet ensemble imposant de ressources que la capitale de la Bavière offre à l'étude des arts et montrent l'intérêt qu'on y attache et les sacrifices intelligents que, malgré des revenus budgétaires assez restreints, on sait y faire en vue de la culture intellectuelle et de l'éducation du goût. Il nous reste à parler des deux plus importantes de ces collections qui réclament de nous un plus long examen.

BRACELET EN BRONZE; PERIODE C EL TO - G E RM A N I QU E . (Musée National Bavarois.) — Dessin de M"e Herwegen.

LA GLYPTOTHEQUE

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insi que son nom l'indique, de façon un peu pédante, la Glyptothèque est le musée de sculpture de Munich. L'idée de sa création remonte aux premières années de ce siècle, et le moment était alors favorable pour acquérir des œuvres d'art. Par suite des modifications que la politique ou la guerre avaient apportées dans leur fortune, un grand nombre de familles princières se trouvaient dans une-situation assez gênée, et il leur fallait se résoudre à vendre tout ou partie des collections qu'elles possédaient. Vers cette époque aussi, des fouilles pratiquées sur divers points de l'Italie ou de la Grèce avaient amené des découvertes importantes de monuments ou de statues. Les voyages du prince Louis de Bavière et les goûts qu'il manifesta de bonne heure pour les arts lui permirent donc de profiter des facilités d'achat qui s'offrirent à lui. Successivement, il put se rendre acquéreur de la collection Bevilacqua et d'une grande partie de la collection Albani qui, à la suite de la Révolution française, avait été transportée de Rome à Paris. Mais l'acquisition des statues trouvées à Égine fut de beaucoup la plus précieuse. Dès 1816, la réunion de toutes les œuvres ainsi recueillies était déjà assez nombreuse pour exiger la construction d'un édifice spécial, le premier en date de tous ceux que l'architecte de Klenze devait élever à Munich.

La Glyptothèque est un monument de style ionique, avec un portique à huit colonnes. Elle comprend treize salles disposées autour d'une cour intérieure et dans lesquelles les sculptures sont groupées suivant l'ordre chronologique. Chacune de ces salles — quelques-unes

sont peu remplies ou même entièrement vides — a reçu une décoration appropriée au style des objets qu'elle renferme. Un catalogue excellent, dû à l'un des archéologues les plus distingués de l'Allemagne, M. H. Brunn ', fournit les renseignements les plus détaillés sur la provenance, la date de l'acquisition et la bibliographie spéciale de chacune des œuvres exposées. A la description de cette œuvre est jointe une appréciation sommaire de sa valeur esthétique, et, s'il y a lieu, l'indication des ouvrages analogues qui se trouvent dans d'autres collections. Ce travail, méthodiquement fait et tenu au courant des découvertes récentes, est fort utile à consulter, et nous avons eu plus d'une fois l'occasion d'y recourir dans la courte étude que nous donnerons ici des monuments les plus remarquables de ce musée.

Dans la salle des Incunables, nous trouvons un morceau capital découvert dans des fouilles pratiquées près de Pérouse en 1812. Nous voulons parler de ces bas-reliefs en bronze (nos 32 à 38) destinés probablement à recouvrir les caissons d'un char de forme quadrangulaire et dont les uns — sans doute ceux qui composaient le revêtement extérieur — sont presque en ronde bosse, tandis que, dans les autres, les saillies sont beaucoup moins accusées et l'exécution plus grossière. Le travail est fait au repoussé, mais les détails les plus fins ont été repris soigneusement en ciselure. L'une de ces plaques représente une Chasse au sanglier. Dans une scène voisine, une femme, représentée avec des nageoires, offre une grande analogie avec les hommes-poissons des frises d'Assos que nous possédons au Louvre. Enfin, sur une autre plaque, on voit une Gorgone accroupie qui étreint entre ses mains la gorge d'un lion.

La décoration de ces plaques prête aux rapprochements les plus intéressants. En effet, tandis que l'exécution des ornements et des animaux symboliques manifeste une influence asiatique très prononcée, les figures au contraire ont bien le caractère de l'art étrusque et rappellent aussi, par leur style, celui des plus anciennes sculptures grecques. Sommes-nous en présence d'un travail original de Fart

1. Beschreibung der Glyptothek Kœnig Ludnng's I \u Mûnchen, par H. Brunn; 40 édition, 1879. Il existe une édition française de ce catalogue.

go LES MUSÉES D'ALLEMAGNE

étrusque et le choix de ces divers sujets aussi bien que leur exécution répondent-ils à des inspirations et à des traditions locales ? Ou bien ne faut-il voir là qu'une simple imitation? C'est ce que dans l'état actuel des connaissances il serait, croyons-nous, téméraire de décider.

Une statue de marbre trouvée non loin de Corinthe, dans un état parfait de conservation, V Apollon de Ténéa (n° 41) est un spécimen de la sculpture des anciennes écoles doriennes, mais qui accuse déjà un progrès marqué sur d'autres représentations également archaïques de ce dieu, telles que V Apollon d'Orchomène, celui de Théra et les deux statues du Louvre qui proviennent du sanctuaire d'Actium. Comme clans ces deux dernières, les bras, au lieu d'être entièrement collés au corps, s'en détachent et laissent apercevoir les contours du torse. Celui-ci, bien que traité encore avec cette régularité symétrique qu'on observait alors dans le modelé, témoigne cependant d'une étude plus attentive de la nature et d'une souplesse d'exécution dont l'art des Éginètes nous montre dans la salle voisine une expression plus vivante encore et plus accomplie.

On sait toute l'importance que présente au point de vue de l'histoire de l'art la collection de ces statues d'Egine qui forment la principale richesse de la Glyptothèque. Ce n'est pas ici le lieu de raconter en détail l'histoire de leur découverte. Il nous suffira de rappeler qu'un groupe d'archéologues, MM. Foster, de Hallerstein et Linck, et un architecte anglais, M. Cockerell, établis en 181 1 à Égine pour y étudier le temple d'Athéna, trouvèrent un jour, en remuant les pierres amassées devant une des façades de ce temple, un fragment de sculpture qui sortait de terre. Des fouilles pratiquées par eux à une trèsfaible profondeur amenèrent l'exhumation de quinze statues, de deux figures de moindres dimensions et d'un grand nombre de débris. Le tout fut recueilli et transporté à Rome où, grâce à l'entremise du consul M. Wagner, le prince Louis de Bavière s'en rendit acquéreur pourune somme de i5o,ooo francs. Très généreusement, plus tard, le jeune prince en abandonna la propriété à l'État, après que les statues eurent été restaurées par Thorwaldsen, ou du moins sous sa direction.

Une découverte à tous égards aussi considérable ne pouvait manquer

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