‹ Les musées d'AllemagneChapitre 25 sur 62 · RELIURE EN ARGENT DORÉ · texte numérisé non relu

RELIURE EN ARGENT DORÉ

du Livre de prières, illustré par A. Siuibaldi. Florence, 14S5. (Bibliothèque de Munich.)

Dessin de M"' Herwesen.

de provoquer les études des archéologues et des savants, et la liste des publications les plus recommandables consacrées aux marbres d'Égine, liste donnée par le catalogue, montre que leur réunion suffirait dès maintenant à former une bibliothèque fort respectable. Le caractère esthétique des statues, la détermination des sujets qu'elles représentent, leur groupement dans les deux frontons, bien d'autres points encore ont été longuement et consciencieusement débattus. La question cependant semblait presque épuisée, quand, en 1872, M. H. Prachov et plus récemment encore (1878) M. K. Lange, après un examen plus minutieux, ont prouvé que les deux compositions, inspirées par les récits homériques, comprenaient chacune non pas onze statues, comme on l'avait d'abord pensé, mais bien quatorze figures réparties symétriquement de chaque côté de la déesse Athéna, qui occupe le centre des deux frontons. Sur celui de l'ouest, le combat d'Héraclès et de Télamon était représenté ; sur l'autre, Teucer et Ajax disputaient aux Troyens le corps de Patrocle, frappé à mort aux pieds d'Athéna. L'exécution offre des particularités assez intéressantes. Les personnages, malgré la violence de leur action et malgré les casques et les lourds boucliers qu'ils portent, ne posent que sur des bases très minces, avec des points d'appui restreints, et ces conditions ainsi que le travail même des statues — très nerveux et un peu sec dans sa précision — semblent mieux appropriés à la technique du bronze qu'à celle du marbre. De plus, ce travail a été inégalement poussé et le côté extérieur des figures, côté exposé aux regards, est plus finement achevé que la face tournée vers l'intérieur des frontons. L'aspect de ces sculptures d'ailleurs différait très sensiblement de celui qu'elles ont aujourd'hui et devait être, en réalité, plus animé, plus décoratif. Le métal s'y mêlait au marbre, et les armes de tous ces combattants (arcs, flèches, lances et épées) étaient faites de bronze. La peinture aussi concourait à l'ornementation de cet ensemble où Ton pourrait encore aujourd'hui relever quelques traces de coloration. Ces colorations, toutes conventionnelles du reste, se retrouvent dans les étoffes, les armes, dans les visages, à la prunelle des yeux et aux lèvres, et, au moment de la découverte, M. Wagner avait même observé des

BALANCE RENAISSANCE. (Musée National Bavarois.) — Dessin de M"0 Marie Weber.

touches de rouge posées pour simuler le sang qui coulait des blessures. Notons, en passant, que cet usage de peindre les statues se rencontre à l'origine de toutes les écoles de sculpture, aussi bien dans l'antiquité qu'au Moyen-Age et au temps même de la Renaissance, comme si la statuaire, encore peu fixée sur ses véritables voies, s'attachait surtout, au début, à produire l'illusion de la réalité elle-même. De légères différences qu'on peut observer dans le style des deux frontons autorisent à penser qu'ils ne sont pas tout à fait contemporains et que celui de Test est d'une époque un peu plus avancée, à moins cependant que cette différence ne résulte du soin plus grand apporté à l'exécution des sculptures de ce fronton qui, placé au-dessus de l'entrée principale du temple, était naturellement plus en vue. Les travaux en tout cas ont dû être commencés aussitôt après la guerre des Perses, c'est-à-dire vers l'année 480 avant Jésus-Christ.

Les statues d'Égine appartiennent donc à la période qui a précédé immédiatement l'avènement de Phidias et elles ont par conséquent précédé de très peu l'apogée de la statuaire grecque. Ces mouvements violents, ces figures animées nous prouvent que nous sommes déjà loin de la raideur et des conventions traditionnelles imposées à la statuaire primitive. La réaction est évidente et l'étude directe de la nature se manifeste profondément ici par la puissance de l'imitation et du réalisme. C'est la vie elle-même qui circule dans ces corps trapus et souples auxquels l'ardeur de la lutte communique une énergie singulière. Le choix des formes et la clairvoyance avec laquelle sont saisis les traits qui accusent le caractère annoncent de plus un art déjà dégagé des entraves de l'imitation littérale. Avec l'adresse de la main, on sent le travail de l'esprit qui réfléchit, qui compare et résume. Quelque trace de la période hiératique a cependant persisté; chez tous ces combattans la fixité et l'impersonnalité des têtes contrastent étrangement avec l'extrême variété des attitudes. Un sourire presque pareil plisse leurs lèvres minces et légèrement relevées ; les yeux vagues regardent avec placidité, et, malgré la chaleur de l'action, les barbes correctement frisées et les chevelures aux boucles symétriques encadrent des visages à peu près impassibles et d'une coupe presque uniforme.

LES MUSEES DE MUNICH

Si flagrant que soit ce contraste, il nous semble cependant que M. Vitet en a exagéré les ternies dans son étude consacrée aux marbres d'Eleusis, quand, en leur comparant les Éginètes, il nous

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