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R. de Piles, Conversations, page

3. Rubens avait eu trois enfants de son mariage avec Isabelle Brandt : une fille, Clara, née en 161 1, et deux fils : Albert (1614) dont l'archiduc avait été le parrain, et Nicolas, né en 1618.

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lecteur à ses gages. S'il avait un moment de loisir, il le consacrait aux lettres, « à l'histoire et aux poètes latins qu'il possédait parfaitement », à se récréer par la vue des dessins, des gravures et des objets d'art qu'il se faisait envoyer d'Italie, ce pour exciter sa veine et pour échauffer son génie », ou bien à quelque promenade à cheval autour de la ville. C'était là un de ses exercices favoris, et il avait toujours dans ses écuries « quelque cheval d'Espagne, des plus beaux et des plus propres à peindre ». Le soir appartenait aux amis; sobre pour lui-même, il aimait à les retenir à sa table et à converser avec eux. Mais, jaloux de se réserver les heures de la journée, il n'aimait point à les perdre en visites. S'il était ménager de son temps, ses élèves le trouvaient cependant toujours disposé à leur rendre service, à retoucher leurs ouvrages, à leur prodiguer ses conseils, et quand il avait une critique à leur adresser, il ne manquait pas d'y mêler quelque éloge, afin de ne jamais les décourager.

Tout ce bonheur, si complet, si légitimement acquis, allait s'écrouler subitement, en 1626, avec la perte d'Isabelle, « cette excellente compagne de sa vie ' ». Le coup fut rude et le peintre, ne pouvant tout d'abord en supporter l'amertume, voulut s'éloigner de cette demeure « où tout lui rappelait celle qu'il avait perdue et renouvelait sa douleur ». C'est alors qu'il entreprit ces voyages en Hollande, à Paris, en Espagne et en Angleterre, dans lesquels il s'acquitta successivement de diverses missions diplomatiques. Mais le travail, dès qu'il put y recourir, resta toujours sa meilleure consolation. Dégoûté des cours, malgré les honneurs dont on l'y comblait, il avait hâte de reprendre ses pinceaux dans les intervalles de loisir que lui laissaient ses occupations. Cependant il hésita longtemps à rentrer dans son foyer désert, et peut-être ces dispositions ne furent-elles pas non plus étrangères à la détermination prise par lui, en 1627, de céder au duc de Buckingham toutes ses collections.

Après plus de quatre années de cette vie nomade, avide de repos

1. Isabelle mourut probablement au mois de juin 1626, et non le 29 septembre, ainsi que l'ont dit et que le répètent encore certains auteurs. Dans une lettre adresse'e à Dupuy et date'e du i5 juillet de cette même anne'e, Rubens parle de la mort d'Isabelle comme récente, en exprimant tous ses regrets à son ami.

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et de travail, Rubens s'était décidé à se remarier. La grâce et la jeunesse d'Hélène Fourment, — elle avait seize ans à peine, — en séduisant ce veuf de cinquante-trois ans, lui avaient sans cloute fait oublier la disproportion trop réelle de leurs âges. Les nombreux portraits qu'il nous a laissés de celle qui, le 26 décembre i63o, était devenue sa femme, la variété et la richesse des accoutrements sous lesquels il nous la montre et les confidences parfois assez indiscrètes qu'il nous a laissées de sa beauté prouvent à quel point le maître était et resta jusqu'à la fin de sa vie épris de sa nouvelle compagne. Dans une œuvre exquise que possède le musée de Munich, Rubens a voulu perpétuer le souvenir des premiers moments de son union. Il s'est représenté lui-même au milieu du joli jardin attenant à sa demeure, coiffé d'un chapeau à larges bords et vêtu d'un pourpoint noir rayé de gris. A voir sa tête intelligente et fine, sa physionomie avenante, sa moustache fièrement retroussée et la distinction de sa tournure, on le prendrait pour un jeune homme, n'étaient quelques fils d'argent qui se mêlent à sa barbe blonde. Son bras est passé sous celui d'Hélène qui, dans toute la fleur de ses seize ans, protégée par un ample chapeau de paille, apparaît adorable d'ingénuité et de fraîcheur. Ses cheveux, coupés court sur le front, à la façon d'un jeune garçon, flottent en boucles blondes autour de son visage. Un corsage noir laisse à découvert sa chemisette ; sa jupe jaune pâle est retroussée sutun dessous gris. Elle tient à la main un éventail de plumes, et son collier de perles fait encore ressortir l'éclat de son teint. Ainsi parée, elle se retourne à demi vers un jeune garçon entièrement vêtu de rouge et dans lequel il est facile de reconnaître Nicolas, le dernier enfant d'Isabelle. Les deux époux se dirigent vers un portique sous lequel, à côté des statues et des bustes qui le décorent, on entrevoit une table dressée, et par terre un grand bassin où rafraîchissent quelques bouteilles. Cette construction d'un style bâtard, mélange bizarre de réminiscences italiennes et de goût flamand, c'est le pavillon de travail que le peintre s'est élevé à côté de sa demeure et qu'il a plus d'une fois reproduit clans ses peintures '. Sous ce portique, à l'air tiède d'une

1. Notamment dans le tableau de la galerie de Me'dicis : Henri IV confiant à la reine le gouver-

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journée de printemps, sans doute vers le mois de mai i63i, la petite famille va prendre place. Le ciel bleu, les eaux jaillissantes, les lilas fleuris et les tulipes aux couleurs éclatantes, enfin tous les animaux familiers qui les entourent égayeront les regards des nouveaux époux ; la nature entière semble leur faire fête et s'associer à leur joie '.

Le musée de Munich ne possède pas moins de quatre portraits d'Hélène Fourment, dans lesquels Rubens a varié à son gré les dispositions et les costumes, prenant ainsi plaisir à multiplier les images de cette gracieuse créature. Hélène y est représentée d'abord comme une enfant, un peu trapue, vermeille, étincelante de fraîcheur ; à côté, c'est une jeune femme élégante, vêtue d'une robe de brocart blanc brodé d'or, d'un luxe et d'un goût délicieux ; plus loin nous la retrouvons déjà plus épanouie, mais dans un costume plus sévère, et une dernière fois enfin, tenant dans ses bras un petit enfant, pâlie et visiblement fatiguée par les épreuves répétées de la maternité2.

Avec ces portraits, d'autres encore à la Pinacothèque méritent d'être comptés parmi les meilleurs ouvrages du maître et démentent éloquemment l'injuste appréciation égarée au milieu des pages remarquables que Fromentin lui a consacrées. Les réserves qu'il a cru devoir faire à propos du talent de Rubens comme portraitiste, assurément il n'aurait pas songé à les maintenir en présence de ces admirables portraits de Munich et plus que personne, nous le croyons, il eût été sensible à de si puissantes expressions de son génie. Nous avons déjà parlé du grand tableau où l'artiste a réuni le comte et la comtesse d'Arundel, mais avec moins d'efforts, le portrait de Ferdinand d'Espagne, celui d'un jeune homme coiffé d'une barrette noire et surtout celui du docteur Van Thulden sont des merveilles de vie et d'intime ressemblance. Peut-être cependant, ce portrait d'un vieux savant dont

nement du royaume (n° 442), où ce pavillon, qui a été conservé jusqu'à nos jours, occupe tout le fond de la composition.

1. Dans un autre tableau un peu postérieur Rubens s'est encore représenté avec Hélène, au milieu de leur jardin, guidant tous deux les premiers pas d'un petit enfant maintenu par une lisière. M. L. Gauchez a fait récemment l'éloge de cette peinture dans un intéressant article, consacré aux collections de Blenheim-Palace. (L'Art, 90 année, tome II, page 211.)

2. En dix ans Hélène eut cinq enfants : deux fils et trois filles dont la dernière devait naître huit mois après la mort de son père.

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