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ÉCOLE DE ROME

Pour indiquer la filiation de l'école romaine, sortie de Florence, quoiqu'elle ait traversé l'Ombrie, je commencerai par le Pérugin , qui marque bien cette filiation , puisqu'il fut élève d'Andréa Verocchio avant d être choisi pour maître de Raphaël.

Pietro Vanucci, de Pérouse (1446-1524) : une Madone vue jusqu'aux genoux et se détachant sur un ciel serein ; la Vierge adorant V Enfant-Dieu , agenouillée entre saint Nicolas et saint Jean l'Évangéliste ; l'Apparition de la Vierge à saint Bernard : deux anges accompagnent la mère de Dieu, et deux bienheureux le saint qu'elle visite. Ces trois ouvrages admirables, d'une conservation parfaite, d'une grande dimension dans l'œuvre du Pérugin pour des peintures de chevalet, semblent l'extrême expression de sa manière si douce, si tendre, si sainte, si sûre d'émouvoir et de charmer. L'Apparition de la Vierge à saint Bernard est une page vraiment capitale, et Raphaël lui-même, dans le style simple et pieux, n'a rien fait de plus beau. C'est devant le Pérugin que l'on voit clairement tout ce que l'élève doit au maître, et qu'on reconnaît une fois de plus cette vérité bien claire et bien évidente dans les arts, que les plus grands génies ne sont que le résumé complet, supérieur, de leurs devanciers et de leurs contemporains. Mais, en faisant remarquer que la Vierge du Pérugin , dans ce tableau, ressemble beaucoup à celle de la Visitation, et plus encore à celle du Sposalizio, que Raphaël peignit à vingt-un ans, il faut ajouter que le maître survécut à l'é-

lève, et que, par un heureux retour, comme il arriva entre Bellini et Giorgion, l'élève put influer sur le maître.

Raphaël Sanzio, d'Urbin (1483-1520) : à Munich comme à Madrid, dix cadres portent ce nom célèbre et vénéré ; mais, entre les parts de ces deux villes, il n'y a d'autre point de comparaison que le nombre des œuvres. A Madrid, toutes sont authentiques, toutes importantes: là se trouvent la Vierge aux ruines , la Vierge à la perle , la Vierge au poisson, la Visitation, le Spasimo. A Munich, au contraire, sur les dix pages qu'on a signées du nom de Raphaël, beaucoup sont contestables, pas une de premier ordre. Et ce n'est point un reproche , encore moins une injure, qu'en disant cela j'adresse à la Pinacothèque. Dès longtemps les œuvres de Raphaël, classées dans des collections publiques, sont devenues biens de main-morte, et l'Angleterre elle-même , si riche , si fière , si prompte aux dépenses, n'a pu mettre qu'une petite sainte Catherine dans sa National-Gallery. Malheur aux derniers venus !

Celui des tableaux de Raphaël que les Bavarois semblent le plus orgueilleux de posséder, c'est une petite Sainte Famille, ou plutôt une Madone, rappelant dans l'arrangement du groupe la merveilleuse Vierge à la chaise du palais Pitti. On l'a payée, dit-on, 64 000 florins. Marie, assise et vue de profil, serre contre son seip TEnfant-Dieu, qu'adore le petit saint Jean, placé un peu en arrière. Cette ressemblance avec la Madonna délia Seggiola est moins un avantage, à mon avis, qu'un formidable danger. Pour ceux qui ont vu cet incomparable chef-d'œuvre, pour ceux qui ont versé, en l'admirant, des larmes d'attendrissemônt et d'enthousiasme , la Vierge de Munich est comme un portrait lointain des amis qu'on a perdus ; sa vue fait soupirer de regret. Si Andréa del Sarto — dont la merveilleuse copie du portrait de Léon X, envoyée par les Médicis ^ Naples, a si longtemps passé pour un original, — avait quelquefois imité le peintre d'Urbino , je dirais que cette Madone est d'Andréa' del Sarto imitant Raphaël. Dessin,

couleur, tout, sauf le style, rappelle plutôt le Florentin que le divin fondateur de l'école romaine.

Je crois qu'il faut placer plus haut la Sainte Famille appelée de Dusseldorf, récemment gravée, où la Vierge, assise à terre, et sainte Elisabeth, agenouillée, entourent leurs deux jeunes fils, tandis que saint Joseph, debout en arrière et appuyé sur son bâton, couronne ce charmant groupe de sa tête vénérable. Quoique du premier style de Raphaël, et quoique un peu dégradée, cette Sainte Famille me paraît la plus importante et la plus excellente page de son divin auteur à la Pinacothèque.

Nous trouvons ensuite une petite Madone , aussi de la première manière, aussi frottée et dégradée, mais fine, charmante , et du plus tendre sentiment maternel. Elle répond pleinement à ce qu'on doit attendre du nom de Raphaël tracé dans un angle du tableau. Je doute qu'on puisse parler avec la même assurance d'un petit buste de Saint Michel cuirassé, d'une petite Résurrection, d'un petit Christ mort, étendu sur les genoux de Marie, qu'on a prudemment placé hors de la vue et à l'abri des critiques. Un Baptême du Christ , également en figurines, s'il n'est de Pérugin, appartient à l'enfance de Raphaël, lorsqu'il n'était encore que le copiste du maître. Restent deux portraits, qu'on croit ceux de Raphaël peint par lui-même. Tous deux sont en demi-figures ; dans l'un , il est vêtu de violet sur un fond uni et sombre ; dans l'autre, il est vêtu de noir sur un fond de jardin. Une note ajoutée à l'indication de ce dernier dans le livret avoue loyalement que Raphaël, ayant dû se peindre dans une glace, n'aurait pu que difficilement colorier avec une telle perfection sa propre main droite , et qu'il est permis de prendre ce portrait pour celui du duc d'Urbin. Mais, quant au premier, c'est tellement le portrait de Raphaël, qu'une autre note du livret paye ainsi son petit tribut d'éloges à l'auteur des Chambres du Vatican : « C'est sous cet artiste immortel que l'art a atteint en Italie son point culminant, et qui a

fêté dans les chefs-d'œuvre qu'il a laissés le triomphe de sa plus grande prospérité. » Malgré cette attestation d'un style un peu tudesque, je crois qu'on peut demander également devant ce portrait de Raphaël : « Est-ce lui ? est-ce de lui? » Pour répondre à ces questions, il suffit de se rappeler un, portrait authentique de Raphaël par lui-même, tel que ceux qu'il a placés dans diverses compositions des Chambres. A Munich, il a de courts favoris blonds, au lieu d'une naissante barbe noire ; et Ton ne trouve , dans le premier, ni ses traits doux et calmes , ni ses grands yeux noirs à Heur de tête, ni son large front où rayonne le génie. Vu presque des épaules et tournant la tête pour diriger son regard vers le spectateur, le Raphaël de Munich rappelle dans sa pose, et jusque dans ses traits, si j'ai bonne mémoire, le portrait célèbre, incomparable, de la galerie Sciarra, à Rome, qu'on appelle il suonatore di violino ; mais il n'en reproduit , par malheur, ni l'exécution prodigieuse, ni l'effet saisissant.

Domenico Beccafumi, appelé il Mecherino (1484-1549) : une très-belle Sainte Famille , où l'on voit la Vierge agenouillée devant le saint Enfant , qui joue avec un agneau. Cet ouvrage d'un condisciple de Raphaël, et qui rappelle ceux de sa jeunesse, est l'un des meilleurs qu'ait produits l'école du Pérugin.

Giulio Pippi, appelé Jules Romain (1492-1546) : Thésée abandonnant Ariane dans Vile de Naxos, belle composition en figurines, et un Saint Jean dans le désert, de grandeur naturelle. On pourrait faire entre ce saint Jean et celui de Raphaël , qui est à \&Tribuna de Florence, la même comparaison qu'entre les Saintes Familles des deux maîtres, qui sont côte à côte dans la salle des Capi a" opéra à Naples ! .Le saint Jean de Jules Romain est grand et robuste ; c'est un homme fait ; il a, pour entreprendre sa périlleuse mission de précurseur, la force physique. Le saint Jean

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