SALLE DES HÉROS
Cette salle, qui n'a pas un seul morceau de haute valeur, non plus que la suivante, renferme des ligures historiques, des portraits, statues ou bustes d'hommes célèbres de l'antiquité, autre que les Romains, réunis dans une salle particulière. Voici, je crois, les plus remarquables de ces portraits, qui n'ont reçu le plus souvent que des noms arbitraires et conventionnels :
Un hennés 1 , que Ton croit de Démosthènes, parce qu'il ressemble au petit buste en bronze d'Herculanum qui portait le nom du grand orateur athénien, et parce qu'une légère contraction de la lèvre inférieure et de la joue droite semble indiquer le bégaiement; — un Jason quittant la charrue, imitation de celui que nous avons au Louvre, et qu'on, a longtemps nommé Cincinnatus. Dans le Jason de la Glyptothèquè, le corps est en marbre penthélique, la tête
1. On nomme hermès, du grec epua, pierre, un buste court, une tête posée sur un bloc sans bras.
en marbre salin de Paros, et la cuisse gauche en marbre commun de cette île. La figure est donc composée de morceaux rapportés, et cependant elle forme un bel ensemble. Il y a, dans les statues antiques,* beaucoup d'exemples, plus ou moins heureux, de ces reconstitutions d'une figure entière avec des membres différents. Les têtes surtout, plus aisément rompues et séparées du tronc, sont fréquemment ajustées sur des corps étrangers. Ainsi, dans la même salle, on voit un Adonis, avec la chlamyde sur l'épaule gauche et le lièvre suspendu à l'arbre antique, auquel on a mis une tête de Commode jeune; — une petite statue d'Alexandre le Grand, que Winckelmann croit authentique. Elle ressemble beaucoup au petit cavalier de Naples, à la tête colossale du Capitole et à l'heimès du Louvre, qui portent également le nom d'Alexandre; seulement elle le représente dans la première jeunesse. T horwaldsen a restauré cette statue, qui est du beau style grec; — un hermès qu'on suppose d'Annibal parce qu'il ressemble au bronze de Naples, ainsi nommé par Yisconti. L'œil droit, placé plus bas que le gauche, est aussi plus petit et comme privé de la vue. Cornélius Nepos rapporte, en effet, qu'avant la bataille de Trasimènes, Annibal avait presque perdu l'usage de cet œil par un refroidissement. Sur cette figure irrégulière se lisent aussi la rudesse et la dureté ; mais, sans prétendre qu'Annibal ne fût ni avide ni cruel, on peut du moins faire observer que son buste est une œuvre des Romains, et qu'il pourrait ressembler à l'histoire même de Carthage, qne nous ne connaissons guère autrement que par les livres de ses implacables ennemis; — un hermès de Périclès, reconnaissais à son casque athénien. On le représentait toujours coiffé du casque pour cacher sa haute tête pointue, qui lui avait fait donner le sobriquet de Tête d'oignon; — une statue de Gladiateur victorieux, qu'on a nommé Mars au musée Napoléon, dont elle a fait partie, mais qu'il est facile de reconnaître pour un Pancratiaste à ses oreilles écrasées; — une statue couverte du manteau de phi-
losophe appelé tribonion, qu'on croit Zènon le stoïcien. A ses pieds est le scrinium ou boîte pour serrer les volumina; — un Socrate, ou peut-être un Silène sérieux; car si Ton s'en rapporte à toutes les têtes copiées sur la statue de bronze que les Athéniens firent ériger, par le sculpteur Lysippe, à la mémoire du Juste condamné, le maître de Platon ressemblait beaucoup au maître de Bacchus.