SALLE DES SCULPTURES COLORIÉES
La sculpture, parvenue à l'état d'art, a de beaucoup précédé la peinture, et Winckelman dit avec raison que les deux plus parfaites statues que Ton connût dans l'antiquité, le Jupiter de Phidias et la Junon de Polyclète, existaient avant que Ton plaçât le jour et les ombres sur un tableau grec. Sauf les informes essais des temps primitifs où l'on barbouillait des blocs d'argile avec le suc de quelques plantes colorantes, ce n'est qu'à l'époque voisine de la décadence, dans l'art grec et dans l'art romain, et par une malheureuse imitation des pratiques égyptiennes, que l'on imagina d'aider ou de compléter la statuaire par la peinture. Encore était-ce moins l'application de véritables couleurs, que le mélange des matières ou simplement la dorure, qui s'employait pour embellir, pour enrichir l'ouvrage du ciseau.
La plus petite salle de la Glyptothèque contient quelques échantillons de cette déviation de l'art, devenus assez rares aujourd'hui pour qu'on les nomme des curiosités, et que . j'appellerais des préciosités, si le mot existait dans notre langue. On y trouve, par exemple, une tête d'athlète en bronze, du plus beau travail, dont les yeux, creux aujourd'hui, étaient jadis en pierres ou en métaux précieux, et dont les lèvres sont encore fortement dorées ; — un buste de Satyre, également en bronze, également beau quoiqu'il ait souffert de la rouille, et qui offre les mêmes particularités ; — une statue en marbre noir et blanc, qui semble marcher avec rapidité, et qu'on a restaurée pour en faire une Cêrès cherchant Proserpine; — un buste de Romain en basalte noir avec la draperie en albâtre ; — une tête colossale de Marc Aurèle, en peperino, dont la partie supérieure seule est antique, et qui rappelle la statue dorée du
Capitole, etc. Je ne parle point dune petite mosaïque romaine en carreaux mélangés. Ce n'est rien à coté des mosaïques de Pompéi.