ÉCOLES ALLEMANDES
L'on trouve au Belvédère un genre de curiosités précieuses qui manque à la Pinacothèque. Ce sont des échantillons de l'antique école de Bohême, vraiment primitive en Allemagne, puisqu'elle précède même celle du Rhin , et que ses vieux maîtres sont antérieurs d'au moins un quart de siècle à maître Wilhelm de Cologne. Son origine remonte aux premières années du règne de l'empereur Charles IV, qui était Bohême et qui fut élevé en France , à la cour de l'autre Charles IV, dit le Bel. Dans l'année 1348, ce monarque éclairé, mais trop pieux, auteur de la fameuse Bulle d'or qui régla le droit politique de l'Aile-
magne jusqu'à! année 1806, réunit en confrérie les peintres de son royaume de Bohême et leur donna des statuts, des privilèges. C'était douze ans seulement après la mort de Giotto : nouvelle preuve que l'art allemand primitif fut contemporain de l'art italien, et que l'Allemagne n'eut d'autres maîtres que ceux qui le furent aussi de l'Italie, les Byzantins. En tête de la liste des membres formant cette confrérie , dont l'acte constitutif existe encore *, se trouve le nom de Théodoric, de Prague, qui a laissé d'assez nombreux ouvrages dans l'une des églises de sa ville natale, celle de Sainte-Croix, et dans le vieux château de Karlstein. Le Belvédère a hérité des bustes de saint Augustin et de saint Ambroisc, qui faisaient partie d'une assez longue série de bienheureux dont l'église Sainte-Croix était ornée. Il est presque inutile de dire que ces deux bustes, de grandeur naturelle et tournés en profil, sont des peintures entièrement byzantines ; on croirait trouver à Prague le ' Florentin Cimabuë. Elles sont exécutées sur un fond d'or relevé par des ornements en relief, comme une boiserie. Auprès de ces précieuses reliques du vieil art allemand se trouvent deux autres ouvrages des deux plus célèbres contemporains de Théodoric, Thomas de Mutina et Nicolas Wurmser. Le nom du premier, qui est celui de Modène en latin, pourrait faire croire qu'il était Italien, au moins d'origine ; mais les Bohèmes le tiennent pour compatriote, et ils ont encore effectivement des familles du même nom. Son tableau, qui fut anciennement un triptyque avec ses volets, représente une Madone au centre, et, sur les côtés, saint Venceslas et saint Palmatius , portant tous deux un drapeau à la main. Ces figures en buste se détachent sèchement sur le fond d'or, lune à la suite de l'autre, et sans apparence de perspective. Quant à Nicolas Wurmser, placé par les biographes à la même époque que les deux maîtres précédents, il paraîtrait, à ses œuvres, les avoir