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ÉCOLES FLAMANDES

Parmi les vieux maîtres de la rive gauche du Rhin qui commencent, au musée du Belvédère, la longue série des Flamands, on peut placer, même avant les Van Eyck, Gérard de Harlem, qui florissait vers 1400. Cette date du milieu de sa vie, de laquelle on ne sait ni le commencement ni la fin, et cette circonstance qu'ignorant l'invention des deux illustres peintres de Bruges, il employait encore les procédés byzantins, le placent naturellement avant eux, près de leur maître Lucas de Heere. Ses deux grandes compositions, — le Christ descendu de la croix et la triple histoire des Reliques de saint Jean-Baptiste, — diffèrent peu des peintures de Cologne attribuées à maître Wilhelm et à maître Stéphan. Mais les sujets sont déjà moins simples, l'arrangement plus compliqué, et le fond d'or a disparu.

Quand on rencontre sur un catalogue le nom d'Hubert Van Eyck, une pieuse curiosité porte aussitôt vers les rares monuments qu'a laissés le frère aîné, le vrai maître de Jean de Bruges. Une petite Sainte Catherine lui est attribuée au Belvédère; mais je crains que la juste envie de réunir les deux frères n'ait fait commettre une méprise. Hubert est mort en 1426, avant que l'invention à laquelle il achemina son frère cadet eût atteint sa perfection. Mélange incertain des procédés anciens et nouveaux, ses peintures se sont assombries et presque effacées avec le temps.

C'est du moins le caractère de celles que Ton trouve en Flandre. Comment reconnaître Tau teur de ï Adoration des Mages, de Bruges, et de la Vierge allaitant, d'Anvers, dans cette figure si fraîche et si bien conservée? Voici un autre motif de doute : près de la Sainte Catherine, donnée à Hubert, se trouve une ravissante petite Madone, conservée à Jean ; elles se ressemblent fort, et jusque dans la dimension, qui est également pour Tune et pour l'autre de sept pouces de haut sur quatre et demi de large. A quelle époque de leur vie les frères Van Eyck auraient-ils pu faire en commun ces deux pendants, ayant le même faire comme le même style? Je les crois tous deux du cadet. Ils sont aussi petits, aussi fins, aussi délicats que le célèbre dessin en grisaille du musée d'Anvers. Jean Van Eyck a de plus un portrait d'un vieillard nommé Jodocus Vyts , et celui d'un jeune homme dont le nom de famille, Leeuw, • est figuré par un petit lion. Ces deux portraits, parfaitement conservés, ressemblent à ceux qu a recueillis récemment la National-Gallery de Londres. On lui attribue encore un Christ descendu de la croix, pleuré par les saintes femmes et les disciples fidèles. Il est assurément très-fin, très-touchant, très-beau de tous points. Mais n'appartient-il pas à une époque postérieure à Van Eyck, mort en 1441 ? N'est-il pas de son élève Roger de Bruges, comme le petit Calvaire de Dresde, jugé digne de faire pendant à sa Vierge glorieuse ? Au reste , même en lui laissant cette page importante, le grand peintre de Bruges n'a rien à Vienne qui approche du Chanoine de Pala, resté dans sa ville natale, des Sept sacrements d'Anvers et des trois Adorations des Mages de Munich.

On donne à son élève Hugo Van der Goes deux pendants, formés des débris d'un triptyque, qui présentent la Vierge glorieuse entre les deux saints Jean. Ces panneaux passeraient aisément pour l'œuvre de Van Eyck lui-même, ou du moins de ses plus illustres imitateurs, ceux qu'on nomme Israël Van Mekenen et Roger de Bruges. Ils me

paraissent plus beaux que les œuvres de Van der Goes. Dans cette école de Bruges, immédiate à son chef, figure encore un très-beau triptyque de Cornélius Engelbrechtsen (1468^1533), où se voit une autre Vierge glorieuse entre le commettant et sa femme, qu'assistent saint Georges et sainte Catherine. On sait qu Engelbrechtsen est le lien qui unit Jean Van Eyck, dont il imita les procédés et la manière, à Lucas Dammesz, de Leyde, dont il fut l'instituteur. Lucas de Leyde n'a, dans le Belvédère, qu'un petit portrait de l'empereur Maximilien I èr ; encore ne me ferai-je pas garant de cet unique éçhantillon, craignant qu'on ait eu, cconme pour Hubert Van Eyck, un désir aveugle de porter son nom sur un catalogue. Quant à Jean Hemling, à qui Ton donne, dans la salle allemande, un tableau double qui réunit le Portement de croix et la /Èeisurrection , je ferai remarquer que ces panneaux sont peints k l'huile, et ne peuvent pas plus être l'œuvre de l'Hemling de Bruges que les tableaux de Munich qui lui sont attribués. Je renvoie sur ce point aux explications qui précèdent 1 .

Afin de nommer aussi Jean Gossaert, de Maubeuge, on le cite pour auteur dune Madone sous laquelle est écrit : « Mulieris semen ms serpentis caput contrivit. » Mais cette peinture n'est-elle pas trop dure et trop ciselée? Le pinceau de Maubeuge n'est pas moins doux que celui de Lucas de Leyde. Des formes trop grosses et trop épaisses n'indiquent pas de toute nécessité le premier de ces maîtres éminents. En général, les désignations des œuvres de la primitive école flamande sont bien incertaines , bien arbitraires, et je ne conseillerais à personne d'étudier au musée de Vienne cette importante partie de l'histoire de l'art moderne.

En continuant la série des maîtres flamands restés fidèles au style du Nord, nous trouvons quelques morceaux de

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