LEIPZIG
dernière victoire, le grand Gustave-Adolphe dénouait enGn ce long et terrible drame de la guerre de Trente ans. C'est là aussi, à Leipzig, non loin d'Iéna, après Lutzen, Bautzen et Dresde , qu'ayant enfin soulevé contre lui tous les peuples de l'Europe et jusqu'à ses derniers alliés, Napoléon subit , à la fin d'une gigantesque bataille de trois jours, la défaite qui forme le second acte de la trilogie de sa chute, entre les steppes de la Russie et les plaines du Brabant; Tune des trois défaites qui devaient, à Sainle- Hélène, présenter sans cesse à la pensée du conquérant abattu ces trois mots non moins effrayants , quoique tracés en caractères de sang et non de feu, que le Marié, Thécel, Phares du festin de Balthazar : Moscou, Leipzig, Waterloo. Mais laissons ces grands souvenirs, ces grands enseignements de l'histoire, pour revenir bien vite au musée future de la ville qui vit livrer la bataille des nations.
Autour du Napoléon à Fontainebleau sont groupés plusieurs ouvrages plus ou moins importants de Léopold Robert, Calame, Marilhat , Papety, Biard, Gudin, Troyon, Horace Vernet , etc. Les plus dignes d'attention , il me semble, sont : un Orage en Suisse, par M. Calame, des Vues de l'Orient, par M. Marilhat, une Attaque d'ours blancs, par M. Biard, et un Moïse sauvé des eaux où Papety, enlevé trop jeune à l'art qu'il eût honoré, a fait un très-heureux emploi des types et des formes que nous révèle la statuaire égyptienne. Dans l'école allemande, sauf un grand Paysage héroïque, où l'on voit des centauresses combattre des lions, par M. Albert Zimmermann, et une très-belle vue de l'église dei Frari , à Venise , en aquarelle, par M. Cari Werner, il ne se trouve vraiment que des œuvres à peine secondaires, et qu'il est fort inutile d'indiquer. Elles sont par malheur une preuve de l'opinion que nous avons émise sur les tristes destinées de la nouvelle école allemande, et nous sommes, une fois de plus, profondément affligé d'avoir eu raison.
Il nous reste à souhaiter, pour l'avenir du musée de
Leipzig , que la peinture et la statuaire soient aimées et appréciées dans cette ville avec autant d'ardeur, de passion et de succès que l'autre art qui fait l'honneur principal de l'Allemagne , la musique ; et qu'en s'étendant peu k peu, en se complétant comme il doit l'être, ce petit musée en formation parvienne à la juste célébrité des concerts du Geivand-Haus. Alors, il n'aurait plus à porter envie à ses devanciers, les autres musées de l'Europe, dont il est aujourd'hui le plus jeune, car nous annonçons en quelque sorte sa venue , et nous le saluons de nos vœux avant sa naissance.