‹ Les musées d'AllemagneChapitre 39 sur 47 · Ou « Suscepit laetus · texte numérisé non relu

Ou « Suscepit laetus

Temploi de leur commune découverte, par la perfection des procédés et du travail, que lui attribuer toute l'œuvre, ce n'est certes pas en amoindrir le mérite et la valeur. Ces douze fragments de la même composition ne. sont ni de style pareil ni de proportions égales. Dans les uns, tels que les groupes des célestes musiciens, où le peintre semble avoir voulu distinguer deux sexes, faisant des anges -hommes et des anges-femmes, les figures sont presque de grandeur naturelle. Dans les autres sujets, plus compliqués, les personnages, plus nombreux, ne sont que des figurines d'un pied de haut. Il y a, si je ne m'abuse, entre ces deux genres de composition une aussi grande distance dans le mérite que dans la forme, mais en sens inverse des proportions. Je mets les plus petites plus haut que les plus hautes. En donnant à ses figures toute la taille humaine, VanEyck semble singulièrement gêné. Il s'embarrasse dans le dessin, qui devient un peu roide et guindé ; il s'embarrasse dans la couleur, qui devient sèche, dure, minutieuse, et, pour donner de l'expression aux visages, il fait grimacer la bouche et les yeux. Mais, dans les figurines, comme il retrouve, avec ses habitudes, sa facilité si nnïve et son aplomb si savant ! quelle vérité ! quel naturel ! quel éclat ! quelle puissance ! quelle solidité ! Il y a quatre des panneaux , les Juges,\esC hampions, les Anachorètes et les Pèlerin*, qui ne sont surpassés par aucun des chefs-d'œuvre de Bruges ou d'Anvers, par aucun des ouvrages que les Flandres ont gardés de leur grand peintre primitif.

En face de ce livre en vingt-quatre chapitres se trouve une page isolée, mais importante aussi : c'est une Tête de Christ, cette tête traditionnelle, venue de Byzance, et toute semblable à celles qn'on voit encore aujourd'hui sur les bannières des églises de la communion grecque. Elle est entourée dune auréole d'or en croix, et l'on voit aussi briller 6ur le fond vert, au-dessus l'A et l'û (alpha et oméga) des Grecs, au-dessous 17 et l'FÇinitium et finis) des Latins. Cette tête du Christ est une reproduction de celle que Van

Eyck a laissée a Bruges , et leur comparaison me semble curieuse sous plus d'un rapport. L'une, celle de Bruges, porte cette inscription : Jo. de Eyck inventer, anno 1420, 30 january. On lit sur l'autre, celle de Berlin: Johes de Eyck me fecit et appleviit anno 1438, 31 january. Cela veut dire, si je ne m'abuse, que la Tête du Christ de Bruges est un des premiers essais, le premier peut-être, de la • peinture à l'huile, des procédés dont les Van Eyck furent inventeurs ; tandis que celle de Berlin , postérieure de dix-huit années, est une œuvre faite dans le temps où son auteur avait acquis la maturité de son talent et le plein usage de ses procédés. L'une, en effet, a les contours secs avec la couleur rougeâtre et monotone ; l'autre, au contraire, montre la manière de Van Eyck arrivée au dernier degré de sa perfection. Sous le point de vue de l'histoire, la Tête de Bruges est plus précieuse ; sous le point de vue de l'art, celle de Berlin.

L'école des Van Eyck est complétée par quelques ouvrages de leurs élèves, tels que Hugo Van der Goes, le plus connu d'entre eux, le plus rapproché de ses maîtres; Gérard Van der Meere, dont la manière ressemble tellement à celle de son condisciple Van der Goes, qu'on peut la dire identique ; Pierre Ghristophsen, auteur d'un précieux portrait de jeune fille en haut bonnet noir ; enfin Rogier Van der Weyden. Celui-ci, non moins curieux et non moins excellent que le Hemling de Munich, a laissé au Musée de Berlin, outre deux triptyques dont les panneaux du centre représentent la Nativité dans la crèche et le Baptême du Christ, une grande Descente de Croix semblable à celle de Paris, qui fut d'abord attribuée à Lucas de Leyde et qu'on attribue maintenant à Quintin Metzys, le maréchal d'Anvers. Dans cette série des peintres de Bruges, se trouve encore l'auteur de deux volets de triptyque , à droite le Prophète Élie servi dans le désert par un ange, à gauche la Pdque des Juifs. Ces deux fragments sont attribués à Hans Memling, c'est-à-dire au peintre appelé Hem-

ling à Bruges, et Memelinck à Anvers. La galerie de Berlin a pris par moitié ces deux orthographes pour en former une troisième. Ici Ton est tombé, je crois, dans la même méprise qu'à Munich ; on a également confondu un élève de Van Eyck, peintre à l'huile, avec le soldat blessé de l'hôpital Saint-Jean , peintre à la détrempe ; et sans rentrer dans la longue dissertation dont les tableaux de la Pinacothèque m'ont fourni le sujet 1 , je me bornerai à redire qu'il faut distinguer, sous ce nom commun d'Hemling ou de Memelinck, deux artistes fort différents. L'auteur des volets de Berlin n'est pas le maître de Bruges et d'Anvers; celui qui a peint à la détrempe la Chasse de sainte Ursule, le Mariage de sainte Catherine, l'Adoration des rois, la Vierge couronnée ; mais le maître de Munich, celui qui a peint à l'huile la Manne dans le désert, Abraham devant Melchisedeeh, les Sept joies et les sept douleurs de Marie. A Berlin comme à Munich, cet Hemling, sorti de l'atelier de Jean Van Eyck, est assurément le premier de ses disciples et la seconde gloire de l'école. Il a tous les mérites éclatants du maître, depuis sa noble simplicité de style jusqu'à son admirable couleur empourprée, et cette Pâque des Juifs, par exemple, ou cet Élie avec le ravissant paysage qui termine la perspective, doivent assurément compter parmi les perles inestimables de la galerie.

Après l'école de Bruges, d'où sont sortis en commun, aussi bien que de l'école de Cologne, les deux arts allemand et flamand, nous allons, comme en suivant une voie qui se bifurque, marcher d'abord jusqu'au bout dans la carrière que s'est ouverte l'Allemagne ; puis nous reviendrons sur nos pas pour parcourir celle des Flandres dans toute sa longueur.

On a vu, dans les précédentes analyses, qu'après les éc(h les vraiment primitives de Prague et de Cologne , il s'était formé presque simultanément, sur la rive droite du Rhin,

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