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leine, — belle pensée bien rendue, — et le Christ mort pleuré par un ange, sujet si souvent répété dans son œuvre qu'il est devenu quelque peu trivial. Ne cherchez donc, pour le trouver sûrement, rien de plus que Van Dyck peintre de portraits. Celui de l'infante Clara-Eugenia, fille de Philippe II d'Espagne, qu'il a tant de fois représentée à divers âges, tantôt gouvernante des Pays-Bas, tantôt abt besse des Glarisses ; celui d'un prince Thomas de Garignan, daté de 1634 et signé Antony Van Dyck, eques; enfin toute la famille de Charles I er d'Angleterre, cinq enfants réunis autour d'un gros chien, élèvent bien leur illustre auteur à la haute place que nul ne peut dépasser.

Dans l'école de Rubens, et comme une continuation du maître, on rencontre un assez grand nombre d'ouvrages méritant l'attention. Je citerai rapidement les principaux. De Jacques Jordaèns : Silène ivre, soutenu par un satyre et par un Faune que le caprice du peintre a fait nègre ; — une joyeuse réunion de table où Ton voit une seconde fois le proverbe hollandais : Comme ont chanté les vieux sifflent les jeunes; — de Théodore Van Thulden : un Triomphe de Galathée ; — d'Abraham Van Diepenbeck : un Mariage de sainte Catherine et une Clêlie fuyant Porsenna; — de Pierre Van Mol : Isaac bénissant Jacob ; — de Corneille de Vos : les portraits réunis d'un gentilhomme et de sa femme, approchant de Van Dyck; — d'Abraham Jansens : un Mèléagre et une Pomone y dont les entourages d'animaux et de fruits sont de François Sneyders. Collaborateur de Rubens dans une foule de tableaux , tantôt aidé, tantôt aidant, Sneyders, qu'on peut appeler le Rubens des animaux, est aussi inséparable du grand peintre d'Anvers que ses propres disciples. C'est donc ici qu'il faut citer et recommander deux de ses meilleures œuvres : une grande et magnifique Chasse au cerf, où Rubens a peint des figures de nymphes et de piqueurs ; — un Combat (Tours et de chiens, autre morceau capital, plein d'action, de mouve-

ment, d'effrayante vérité, où des êtres vivants semblent être en spectacle comme dans un cirque de l'antiquité.

La manière de Rembrandt lui est si propre, si personnelle, que Ton ne saurait confondre ses œuvres avec celles de nul autre maître. Il ne peut s'élever à son propos qu'une seule question : « Est-ce un original? est-ce une copie? » Mais on ne demande guère : « Est-ce un Rembrandt? » Nous pouvons donc accepter pour siens les huit tableaux qui portent son nom dans la galerie de Berlin. Toutefois, sauf un seul, ils n'ont pas une très-grande importance. A côté du portrait d'une jeune femme parée, se trouve son propre portrait répété deux fois, d'abord à vingt -huit ans (daté de 1634), puis dans un âge plus avancé. Cette double image serait bien précieuse, si Ton n'en trouvait de semblables dans toutes les collections de l'Europe, si Rembrandt ne se fût pris tant de fois pour modèle. Moïse condamnant le veau d'or (daté de 1659), et Jacob luttant avec l'ange sont deux grandes ébauches, j'allais dire deux grandes débauches, fort peu bibliques , on peut le croire, et dont les combinaisons de clair-obscur n'atteindraient tout leur effet, toute leur puissance, qu'en face d'une longue reculée qui leur manque dans les petits compartiments de la galerie. Au contraire, le Tobie aveugle et VAnge parlant à Joseph endormi, petits pendants signés et datés de 1645, sont de simples esquisses, mais très-fines et très-lumineuses. Le seul vrai tableau est celui qui représente le duc Adolphe de Gueldre menaçant son vieux père qu'il tient enfermé dans un cachot. Ce sujet convenait de tous points à Rembrandt, qui l'a peint en 1637, ayant trente et un ans ; riches costumes, tête de vieillard à une lucarne, mélange de jour et d'ombre, action vulgaire, ignoble, mais énergique, rien ne lui manquait pour réussir pleinement. Aussi ce tableau, dont la couleur est excellente, où la lumière joue merveilleusement, est-il fort célèbre, surtout a Berlin. Cependant, malgré ses qualités éminentes, il n'égale point à beaucoup près, je ne dirai pas

la Ronde de nuit d'Amsterdam, mais YEcce Homo de Vienne ou la Danaé de Saint-Pétersbourg. L'école de Rembrandt est encore représentée par la plupart de ses élèves. Ferdinand Bol a une Bohémienne et quelques beaux portraits d'un faire très-divers, presque opposé ; — Van Eckout, un Mercure tuant Argm, et une vaste Présentation de Jésus au temple; — Van Vliet, un Enlèvement de Proserpine; — Govaert Flinck, une Agar renvoyée par Abraham et une Sainte Anne instruisant Marie, deux belles pages du plus vigoureux style, et plus dignes ici de Rembrandt, la dernière surtout, que la plupart des œuvres de Rembrandt lui-même, etc.

Quand on a cité de plus quelques bons portraits de Jean Lievensz et de Salomon Koning, autres excellents imitateurs de Rembrandt, de Gonzalès Coques, qui lui ressemble aussi par son maître David Rickaert, de Honthorst, qui a encore un grand tableau de nuit, son vrai genre, et surtout de Van der Helst, qui a peint deux belles jeunes filles vraiment douées de vie (n° 329 a), il faut arriver aux petits flamands. Innombrables partout, ils ne peuvent manquer d'être nombreux à Berlin ; moins toutefois (pour ne pas sortir de l'Allemagne) qu'à Munich, à Vienne et à Dresde. Au lieu de soixante Téniers, on en trouve quatre; au lieu de soixante -quatre Wouwermans, trois. Mais les Pays-Bas ont eu tant de peintres dans le xvii* siècle, et si féconds, et de tant de genres divers, que, fussent-ils tous réduits à la portion congrue, si la liste est un peu complète, ils forment aussitôt une véritable foule. Tâchons d'y découvrir les noms les plus célèbres et les œuvres les plus importantes ; et comme nous avons cessé de nous astreindre minutieusement à la chronologie, prenons d'abord les deux maîtres déjà nommés, Téniers et Wouwermans.

Parmi les quatre pages du premier, dont aucune n'est capitale, il faut distinguer, je crois, un Alchimiste à son laboratoire et une Tentation de saint Antoine, grande, belle, importante au milieu des cent autres qu'il a faites,

et où l'œuf-poulet n est point oublié. Des trois cadres de Wouwermans, le seul qui dépasse son mérite ordinaire, le seul qu'on puisse nommer excellent, c'est un Exercice de cavaliers devant une vieille forteresse, sur le bord d'un lac. Je n'ai pas besoin de dire que l'officier monte un cheval blanc. Continuons ensuite la revue générale en commençant par les peintres anecdotiques, qui sont, parmi les petits flamands, les peintres d'histoire; nous passerons après aux paysages, marines, animaux et fleurs. De Cor-

•Il

premiers : une Scène du Pastor Fido, de proportions colossales pour sa manière fine et léchée, puisque ce cadre n'a pas moins de quatre pieds carrés; puis une Madeleine et un Saint Laurent qui n'ont pas six pouces de hauteur. — De Yan der Meulen, que les sujets et les proportions de ses ouvrages élèvent maintes fois parmi les grands flamands : une Vue des environs de Versailles, où Louis XIV se promène à cheval. — De Gérard Terburg : deux de ces sujets presque sans nom possible, tant ils sont simples; un Officier assis, grondant sa fille, qui écoute debout ses remontrances, et une femme sur la porte de sa cour, faisant la chasse dans les cheveux de sa fille. Le premier sujet se nomme Y Instruction paternelle, ou plutôt la Robe de satin, et George Wille l'a gravé de main de maître ; mais tous deux, et peut-être plus encore le second, que Ton appelle le Rémouleur et sa famille, dans lequel Terburg semble avoir imité Metzu, sont excellents par la vérité naïve, par la belle couleur, par la transparence des teintes, par la finesse du travail. — De Gérard Dow, maître de la plupart des peintres qui le suivirent, chef et modèle de tous : une petite Madeleine, encore vêtue de velours et de fourrures, et une Cuisinière entrant, sa lumière à la main, sa cruche sous le bras, dans un garde-manger. Sans être des meilleures œuvres de Gérard Dow, ces deux fragments, qui indiquent la perfection de sa manière, soutiennent du moins avec honneur la célébrité de son nom. — De Fran-

çois Miéris, celui des élèves de Gérard Dow qui s'est avancé le plus près du maître : son propre portrait, en habit noir et collet blanc. — De Gabriel Metzu : une Famille hollandaise à sept personnages , et une Femme malade, qu'on peut ranger toutes deux parmi ses œuvres les plus considérables et les plus belles. — De Gaspard Netscher : une Vieille cuisinière plumant une grive, tout à fait dans le goût de ses modèles, Gérard Terburg et Gérard Dow, dont il s'est écarté quelquefois en peignant des sujets de plus grandes dimensions, et , comme Metzu, d'un pinceau moins minutieux, plus énergique. — De Godefroi Sckalken : un Jeune pêcheur à la ligne sur le bord de l'eau, petit cadre où Ton est tout surpris de trouver, avec la signature de l'auteur, la simple lumière du jour. — D'Adrien Ostade, qui couronne avec Téniers la série des peintres comiques : une Vieille femme sous un berceau de vigne ; on la croit la mère des Ostade. — De Jean Steen : un Jardin de cabaret, où sont réunis des buveurs de tout âge : grande et excellente scène de comédie burlesque , si vraie, si naïve, que la nature y est, comme on dit , prise sur le fait. — De Philippe Van Dyck : deux pendants, où l'on voit, par des embrasures de croisées , une Dame donnant à son fils des leçons de dessin, et une Jeune fille cueillant des renoncules pour sa petite sœur. Us sont peints dans un genre délicat, minutieux, qui semble vouloir réunir les manières de Gérard Dow et d'Adrien Van der Werff.

Cela nous rappelle qu'Adrien Van der Werff, flamand s'il en fût, par le style et par la naissance, se trouve confondu au milieu des peintres français. Il faut le tirer de cette compagnie étrangère où il est égaré et le rendre à ses compatriotes, avec d'autant plus de raison que, seul parmi eux, il a jusqu'à huit ouvrages, et quelques-uns fort importants. Tel est, en premier lieu, une Sainte Famille d'assez grandes proportions, datée de' 1709; tels sont encore une Bénédiction de Jacob par Isaac , une Madeleine au désert, un Sacrifice à Priape, etc. Van der Werff est

partout le même ; il est donc inutile de répéter ici ce que nous avons dit ailleurs sur sa manière soignée, fine, élégante, mais froide et glacée, et sur son style, qui semble toujours trop petit poux des sujets trop relevés, trop ambitieux.

Au milieu des paysagistes du Nord, — ou plutôt de tous les paysagistes, si Claude est absent, — c'est à Jacques Ruysdaël qu'est la première place. Il l'occupe dans la galerie de Berlin, sans y avoir pourtant une page capitale. Mais une grande Marine (n° 353), sujet rare en son œuvre, où la mer est sombre et agitée comme dans notre Tempête du Louvre ; puis un charmant Ruisseau coulant au pied d'une colline (n° 357); puis enfin une magnifique Cascade roulant devant une chaumière (n° 355), suffisent pour l'élever au-dessus de tous ses rivaux. Ce dernier ouvrage, si j'ai bien lu, porte la date de 1653; Ruysdaël, qu'on dit né en 1 637 au plus tôt, n'aurait eu que seize ans lorsqu'il le peignit. C'est dans ce fait, dans cette précocité singulière que se trouverait le secret de l'extrême fécondité d'un artiste mort à quarante-quatre ans 1 . Hobbéma, son condisciple , son continuateur, son émule, soutient honorablement le parallèle dans une Forêt de chênes éclairée d'un coup de soleil. Viennent ensuite Nicolas Berghem, avec sa chaude lumière, ses rochers bruns, et sa nature plus italienne que flamande ; Jean Both, autre charmant portraitiste de l'Italie ; le naïf Waterloo, l'énergique Pynacker, l'universel Karel-Dujardin, Everdingen, Asselyn, Moucheron, Huysmans, etc. Us y sont tous, mais, sauf Berghem, bien faiblement représentés; et l'on cherche en vain parmi eux leur commun maître, Jean Wynants, ainsi que son excellent disciple Adrien Van de Velde, et le grand Albert Cuyp : trois autres lacunes à signaler dans la galerie, trois autres absences à regretter, auxquelles il faut en ajouter une quatrième, plus regrettable encore, celle de Paul Potter. Guillaume Van de Velde manque aussi aux peintres de marine,

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