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Peter Neefs et Peter de Hooghe aux peintres d'intérieur ; mais Backuysen a une grande Tempête, un Port d& mer, une Mer agitée; Emmanuel de Witte deux vastes Intérieurs y très-lumineux , et le poète de la nuit, Arendt Van der Neer, outre un grand Incendie de ville, un simple et charmant Clair de lune, sur une calme campagne de Hollande. Après Sneyders, cité plus haut, Charles Ruthart est le seul peintre d'animaux vivants. Sa Chasse au cerf, son Combat d'ours et de chiens, justement les mêmes sujets que ceux traités par Sneyders, mais à la proportion du pouce au pied, méritent bien tous les éloges que nous avons donnés précédemment à sa manière simple, vraie, énergique. Quelques fragments de Weenix et de Fyt montrent toute la perfection qu'on peut mettre à retracer la nature morte; et d'autres fragments choisis de Van Huysum, de Rachel Ruysch, de David de Heem, à peindre les fleurs et les fruits. Dans un entourage en guirlande, œuvre de ce dernier, ou peut-être de son fils, Jean-Davidz de Heem, M. Begas a peint sur le médaillon une petite Madone, fort jolie sans doute, mais où Ton sent trop les caractères d'un autre siècle, d'une autre école, et qui fait disparate au milieu de ces fleurs vieilles de deux cents ans. Il valait mieux laisser le vide.

C'est à ce genre des de Heem, des Rachel Ruysoh et des Van Huysum, qu'il faut rattacher un tableau singulier d'un maître peu connu tant ses œuvres sont rares, Otho Marseus 1 Van Schriech (1613-1673), qui les a tous précédés de quelques années. On y voit ramper deux serpents au milieu de plantes vénéneuses que surmontent des lierres grimpants, et quelques papillons, voltigeant sur ces plantes, égayent la scène de leurs nuances diaprées. Otho

1. C'est ainsi du moins que le catalogue du Gemdlde Samtnlung écrit le nom de ce peintre, que nous appelons en France Marcellis. Mais je possède un fort bel ouvrage de sa main, où sa signature, bizarrement contournée, peut se lire ainsi : Otto Masseus . avec la date 1660.

Marseus a rendu cet ouvrage excellent par une touche à la fois délicate et puissante, par un sentiment à la fois poétique et naturel.

Nous avons fini la revue des peintres du Nord, et nous arrivons aux écoles d'Italie. Mais je crois convenable, en commençant ce second chapitre, de faire d'abord le triage de quelques tableaux espagnols et français qui se trouvent dispersés dans les salles des peintres du Midi. Gomme ils . ne sont ni en grand nombre, ni de premier ordre, l'intermède ne sera pas très-long.

Je ne crois pas qu'il y ait, dans la galerie de Berlin, plus d'une demi-douzaine de çadres portant des noms de maîtres espagnols. Le principal est sans contredit un saint Antoine de Padoue psfr Murillo, provenant du cabinet que s'était fait en Espagne le général Mathieu Fabvier. Sans approcher, ni par les proportions, ni par l'excellence, de la grande Extase de saint Antoine de Padoue, chef-d'œuvre éclatant, immortel, que Murillo laissa pour dernier présent à la cathédrale de sa patrie, ce tableau rappelle bien, dans le groupe principal, les hautes et charmantes qualités du peintre de Séville. C'est sa manière onctueuse, tendre, passionnée, douce aux yeux, douce à l'âme. Malheureusement les anges de la vision sont très-frottés, trèsdégradés, et ce défaut regrettable rend incomplet celui <jue nous avons nommé le Peintre du ciel. Quant au portrait d'un cardinal Dezio Azzolini, qu'on attribue à Murillo, assurément ce n'est pas l'ouvrage de sa main, pas plus qu'un portrait de femme, qu'on dit la sienne, et pas plus que le portrait d'un homme à longue chevelure blonde (n° 403) n'est l'ouvrage de Velazquez. Celui de Charles II à douze ans, par Juan Garreno, est seulement une des nombreuses répétitions du même original, resté au Musée de Madrid. Mais le Christ au Prétoire, de Francisco Zurbaran, doit passer, à coup sûr, pour l'un des meilleurs échantillons de ce maître austère, noble, pathé-

tique, qui se puissent trouver hors de l'Espagne; et le Martyre de saint Barthélémy, Tune des belles et fortes pages de Ribera, qui aurait ailleurs le défaut d'un sujet maintes fois répété, a l'avantage de représenter seul, à Berlin, son fécond et vigoureux auteur. Une belle Sainte Agnes d'Alonzo Gano, admirablement conservée, et curieuse encore par le singulier monogramme du maître, y complète le faible apport authentique des écoles de l'Espagne.

Les français y sont plus nombreux. Frédéric, qui appelait à Potsdam Voltaire , Maupertuis , d'Alembert , ne pouvait repousser les peintres favoris de madame de Pompadour. Aussi trouve-t-on dans ses palais tout l'art musqué et fardé du xviir 3 siècle. On a recueilli au Musée deux pendants de Watteau , vraiment dignes de cet honneur, les Plaisirs de la Comédie française et de la Comédie italienne. Ils sont charmants parla vigueur du coloris comme par l'esprit des détails, et c'est surtout devant de telles œuvres qu'on regrette amèrement que Watteau soit venu à son époque. Entre lui et son imitateur Lancret, il faut encore chercher et admirer une charmante figure de jeune fille prenant une tasse de café, par de Troy. Toutefois les maîtres sérieux des âges précédents n'étaient pas entièrement exclus par le goût frivole et faux qui faisait admirer les pâles fadeurs de Vanloo ou les roses enluminures de Boucher. On trouve à Berlin deux charmants petits portraits en pied de François II et d'Henri III par Janet (François Glouet), qui continuait en France l'école de Van Eyck et de Holbein même après l'arrivée de Léonard, d'Andréa del Sarto et de Primatice. On y trouve aussi toute la pléiade du siècle de Louis XIV, Poussin, Claude, Lesueur, Lebrun, Mignard, Rigaud et le Bourguignon. Leurs noms du moins y sont réunis, si leurs œuvres ne répondent pas pleinement à l'attente que ces noms éveillent. Je crois qu'après YArcadie, le Diogène, le Phocion et tant d'autres encore, on peut nommer faibles les deux paysages historiques de Poussin où il a peint Y Éducation de Jupiter

et Jv/non faisant garder lo par Argus. Une savante allégorie sur V Histoire de Phaéton, qui demande à son père le char du soleil amené parles Heures, montre mieux le penseur profond, le poète inspiré par la nature et par l'étude. Et pourtant, ce n'est pas encore complètement notre Poussin. Ceux qui ont vu, qui ont médité ses belles œuvres, savent combien il peut s'élever plus haut encore. Pour notre Claude aussi, Ton voudrait qu'il parût avec plus d'éclat, plus de perfection, plus d'invincible supériorité. Sans doute le grand paysage où il a placé Hippolyte et Aride (n° 420) est digne de lui. On l'y reconnaît, on l'y admire. Mais ce n'est point cependant une de ces merveilles irrésistibles comme on en voit dans son œuvre , qui allument l'enthousiasme au fond des cœurs les plus froids, les plus dédaigneux, les plus endormis du sommeil de l'art. Dans un autre paysage de Claude (n° 437), se trouve un sujet composé par Jules Romain, le Triomphe de Silène. Je dis composé, et non peint, puisque l'élève de Raphaël était mort plus d'un demi-siècle avant que l'artiste français vînt au au monde. Lequel des aides ordinaires de Claude a porté cette composition étrangère sur un de ses paysages? je l'ignore ; mais ce que je sais fort bien, c'est que les figures sont beaucoup trop nombreuses, c'est que tous cesbacchants et bacchantes cachent beaucoup trop les montagnes, les plaines, la mer et le ciel, qui ne paraissent plus qu'à la dérobée à travers leur interminable procession.

Eustache Lesueur est mieux représenté, quoique par un seul fragment. Le Saint Bruno adorant la croix dans sa cellule, qui s'ouvre sur un paysage, est aussi noble, aussi saint, aussi pathétique, que les meilleures pages de son histoire du même saint fondateur des chartreux, écrite en vingt-trois chapitres dans notre galerie du Louvre. On attribue à Charles Lebrun un portrait d'Éberhart Jabach, ce banquier de Cologne si célèbre par son goût pour les objets d'art, et par les mains duquel la plupart des tableaux de Charles I er d'Angleterre passèrent à Mazarin. Il

a près de lui sa femme et ses quatre enfants. Mais cette peinture, soignée, limpide, brillante, rappelle bien pins Philippe de Champagne que Pauteur des Batailles d'Alexandre, aujourd'hui fort assombries. Si ce portrait de famille est de Lebrun, il lui fait grand honneur. Son élève Hyacinthe Higaud a, près de lui, le portrait du sculpteur Pignard, et son rival Pierre Mignard, celui de la plus belle des cinq nièces du cardinal Mazarin, Maria Mancini. En voyant cette charmante et calme figure, ces grands yeux noirs si doux, cette bouche tendre et souriante, on comprend sans peine la passion de Louis XIV, qui voujut, à vingt ans, épouser la nièce bien-aimée de son ministre. Mais comment arranger avec un tel visage la vie d'aventurière qu'elle mena pendant un demi-siècle en Europe ? — Après avoir cité un Combat de cavalerie, du Bourguignon, je voudrais terminer la courte liste des œuvres les plus remarquables de l'école française par un grand et beau paysage montagneux de Gaspard Poussin (n° 422). Mais le catalogue lui donne pour auteur Jean Glauber,un élève de Nicolas Berghem qu'on nomme aussi Polydore. Et pourtant ce paysage semble bien de Gaspard Bughet, le peintre des Ouragans, le beau-frère de Poussin, dont il a pris le nom. C'est son style, sa manière, c'est lui tout entier ; et tout près de là, un second paysage, attribué an même Glauber, révèle une autre main et une autre pensée. D'où vient cette contradiction entre l'ouvrage et le nom de l'auteur? Serait-ce une excellente copie de Gaspard Poussin par le disciple de Berghem, ou simplement une de ces erreurs assez communes qui ôtent à l'un pour donner à l'autre? Je penche fort pour cette dernière opinion.

En se rappelant que les peintres de l'Italie ont eu pour premiers maîtres des Byzantins, venus dès le temps des empereurs iconoclastes, puis à l'époque des croisades, et que l'école byzantine a régné sur toute l'Italie jusqu'à

Giotto, on doit trouver naturel qu'à titre d'origines, nous recherchions d'abord dans les salles italiennes de la galerie les ouvrages byzantins qui peuvent s'y rencontrer. Il y a huit à dix peintures et une mosaïque. Celle-ci me paraît le plus important morceau, surtout par l'âge. C'est uaChrist vu de face, ayant dans le visage comme dans le vêtement toutes les formes traditionnelles, et dont le nom est écrit à ses deux côtés en lettres superposées. Il ressemble beaucoup par tous ses détails au Saint Sébastien de l'église San-Pietro in Vincula 9 à Rome, qui est une œuvre du septième siècle 1 . Les peintures, de petites dimensions, représentent des Vierges byzantines et quelques saints de l'Église d'Orient. Une seule me parait vraiment digne d'intérêt, et c'est surtout, au rebours de la mosaïque, par sa date toute récente. Sur un panneau de bois d'environ trois pieds carrés, l'auteur a réuni plusieurs sujets, Dieu le Père au milieu des chérubins, la Madone, Jacob, Moïse, Aaron, David, les grands prophètes Ezéchiel, Daniel, Isaïe et le petit prophète Habacuc. On lit, au bas de ce tableau compliqué, l'inscription suivante en grec moderne : Œuvre du prêtre Emmanuel Tzane. 1640. Cette date, postérieure de deux siècles à la prise de Gonstantinople par les Turcs, et tout le faire du tableau, ne permettent pas de l'appeler byzantin. Il appartient plutôt à la peinture russe, dont nous aurons ailleurs occasion de parler.

Les Byzantins nous amènent assez naturellement aux Vénitiens, puisque ce fut d'abord k Venise qu'ils établirent une de leurs écoles, lorsque le doge Pietro Orseolo commença, dans le xv siècle, la construction de l'église Saint-Marc, un peu avant que le Normand Guillaume -le-Bon fit venir en Sicile d'autres artistes grecs pour les décorations du Duomo de Mon Tréale. Cette circonstance pourra seule atténuer un peu le défaut d'ordre

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