Le catalogue dit par mégarde Castor et Pollux
Du roi de Pologne Sigismond et de sa femme Constance. — De lord et de lady Arundcl, groupés sur un rideau chamarré d'armoiries. — Du docteur Van Thulden, père ou frère de son élève Théodore Van Thulden. — Enfin de quelques personnages inconnus , entre autres d'un Moim franciscain, contemplant une tête de mort, portrait également rapporté d'Espagne.
Paysages. L'un d eux est étoffé, comme on dit en Flandre, de quatorze vaches; un second représente l'intérieur d une sombre forêt , qu'éclairent des rayons de soleil ; un troisième, la fenaison que vient de troubler l'orage, indiqué par un arc-en-ciel ; tous rendent témoignage de la prodigieuse universalité du grand artiste qui a voulu et qui a pu traiter en maître tous les sujets.
Après cette revue , courte autant que possible et jusqu'à la sécheresse, des principales œuvres de Rubens à Munich, nous indiquerons, pour conserver Tordre des dates, les maîtres ses contemporains, puis les maîtres ses disciples.
Parmi les premiers, vient d'abord François Sneyders (1579-1657), l'excellent peintre d'animaux et de natures mortes, qui ne fut pas toujours le simple collaborateur de Rubens, mais qui a laissé nombre d'ouvrages dans un genre où nul ne l'a dépassé. Des Lionnes poursuivant un chevreuil , ou attaquant un sanglier, et un garde-manger rempli de légumes, de fruits, d'animaux morts qu'épie un chat, que défend un chien, morceau capital en son espèce, lui donnent dans la Pinacothèque une place aussi distinguée que dans l'école. — De toute la famille des Franck, deux seulement y sont représentés : François Franck, le vieux (1544-1616), par un Repas qu'égayé un concert, et François Franck, le jeune (1581-1642), par un Combat de cavalerie, et par une allégorie assez peu claire, où l'on voit en présence le paganisme et la religion chrétienne. Ce ne sont pas des ouvrages de grande importance. — Quant à Gaspard de Craeyer (1585-1669), qui, bien qu'élève de Michel Goxcie, se laissa emporter dans la voie
frayée par Rubens, au point de paraître son élève et son imitateur, il a laissé à Municli un ouvrage plus considérable peut-être qu'aucun de ceux dont s'enorgueillit le. musée de Bruxelles, qui possède cependant la plus grande partie de son œuvre. C'est une espèce d'ex-voto, une vaste composition double, où Ton voit, dans sa partie supérieure, la Vierge glorieuse, entourée de plusieurs bienheureux : sainte Apollonie, saint Jean l'Évangéliste, saint Etienne , saint Laurent , saint André , saint Augustin , et, dans sa partie inférieure, l'artiste lui-même, qui s'est peint agenouillé avec sa femme , sa sœur, son frère , son neveu. Cette grande page, dont l'esquisse en grisaille se trouve aussi dans les cabinets , est d'une exécution égale à celle d'un autre ex-voto représentant le chevalier Donglebert et sa femme en adoration devant le Christ mort, qui passe pour le meilleur des ouvrages de Craeyer restés en Belgique. On y trouve également , unis à l'énergique manière de Rubens , le sentiment et le goût italien de son premier maître, qu'il n'avait point désappris en suivant la pente où se lançait toute l'école d'Anvers.
Comme maître ou comme modèle, Rubens a laissé de nombreux disciples après lesquels s'est éteinte , au moins pour les sujets sacrés et historiques, l'école dont il fut l'extrême expression. Trois seulement d'entre eux l'accompagnent à Munich, Jordaëns, Van Dyck, Diepenbeck, placés ainsi dans l'ordre que leur donne la chronologie. Jacques Jordaëns (1593-1678) n'a que deux tableaux, mais importants par leur dimension et distingués par leur mérite. L'un est une Fête des rois, où de joyeux convives boivent à la santé du roi de la fève; l'autre est la Fable du satyre, qui reproche au paysan, son hôte, de souffler le chaud et le froid. Cette dernière composition , remarquable par une bizarrerie gracieuse et un grotesque de bon aloi, ne l'est pas moins par sa forte et puissante exécution, qui admet pleinement cette fois les tons rougeâlres, enflammés, si familiers au peintre. — Moins important dans
l'école, Abraham Diepenbeck ( 1607-1675) a deux tableaux aussi; un Abraham fêtant les trois anges et une Distribution de pain aux pauvres, où Ion trouve une fidèle , mais lointaine imitation du maître. — Pour Antoine Van Dyck (1599-1641), qui, d élève, fut bientôt rival de Rubens, Van Dyck, qui, dans une courte vie de quarante- ' deux ans, l'égala presque par la fécondité comme par Té- . lévation du génie et la variété des talents, Van Dyck, qui seul, après Rubens, eut l'honneur de voir inscrire son nom en gros caractères sur les tables des doyens de la célèbre corporation de Saint-Luc à Anvers , Van Dyck enfin, qui termine et couronne le cycle des grands Flamands, a, dans la Pinacothèque de Munich , une place digne de lui. Quarante-un ouvrages y forment sa part, et, pour désigner succinctement les principaux, nous pouvons adopter la division des deux genres qu'il cultiva avec la même renommée, mais non, je crois, avec la même supériorité : la peinture sacrée et le portrait.
Peinture sacrée. Une belle et noble Madone, tenant debout sur une table l'enfant Jésus dont le petit saint Jean s'approche avec respect. — Deux Martyres de saint Sébastien. — Trois Christs morts sur les genoux de Marie (sujet qu'on nomme d'habitude une Piela), dont l'un en esquisse ; ce sujet, très-commun dans l'œuvre de Van Dyck, est répété toujours avec d'assez nombreux changements. — Une charmante et vigoureuse Suzanne au bain, qui plaît même à côté du chef-d'œuvre de Rubens. — Une autre Madone portant Jésus endormi sur son sein, aussi ravissante par la douceur et la grâce que la première par la noblesse. — Un Christ mort sur la croix, d'expression sublime et d'effet prodigieux.
Portraits. Pour arriver sur-le-champ aux chefs-d'œuvre du maître , et l'on peut dire aussi aux chefs-d'œuvre du genre, il faut citer avant tout les portraits en pendants d'un bourgmestre d'Anvers et de sa femme, tous deux vêtus de riches habits noirs. Ceux qui ont admiré, au Musco ciel
Rey de Madrid, les portraits de la comtesse d'Oxford et du comte de Bristol , à la National-Gallery de Londres, celui de Gevartius, au musée d'Anvers, celui de Scaglia, à la galerie Lichtenstein de Vienne, ceux de VVallenstein et de la princesse de Tour-et-Taxis , peuvent seuls se faire l'idée d'une si complète et si merveilleuse perfection. Il n'y a, dans le monde des arts, que les meilleures œuvres de Raphaël, de Titien, de Holbein, de Velazquez, de Rembrandt, qui puissent rivaliser avec ces deux admirables pages de Van Dyck, et rien ne les surpasse. Je ne dirai pas : c'est la nature même ; l'éloge me semblerait insuffisant quand il s'agit de l'art ; mais je dirai que c'est le comble de l'art dans la reproduction de la nature. Viennent ensuite une foule de portraits, qu'il n'est sans doute pas plus utile que facile d'analyser, et dont je dois me, borner à désigner les originaux connus : d'abord Van Dyck lui-même, trèsjeune encore, autant pour le moins que dans son portrait de Paris ; — puis sa femme , la comtesse de Gorée , fille de lord Ruthen , assise et tenant sa jeune fille sur ses genoux ; — puis les peintres François Sneyders et Jean de Weîl, le graveur Charles Malery, le sculpteur Colin de Nolé, l'organiste Henri Liberti , tous d'Anvers ; — puis le palatin Wolfgang-Guillaume de Neubourg, et plusieurs autres personnages , hommes et femmes , demeurés inconnus. Outre tous ces portraits, placés dans les salles qui précèdent et suivent ceDe de Rubens, il y a, dans les cabinets consacrés aux Flamands , une autre précieuse et curieuse collection de portraits, presque tous historiques, peints aussi par Van Dyck, et comme de simples esquisses, en grisaille, mais avec une vérité et une vigueur que la peinture même n'a point surpassées. On distingue , dans cette collection , les trois grands acteurs de la guerre de Trente ans, le roi de Suède Gustave-Adolphe, qui périt victorieux à Lutzen, en 1632, le général Tilly, tué dans la même année, et Wallensteiu, duc de Friedland, assassiné, eu 1634, par l'empereur Ferdinand, qu'il avait deux fois sauvé; puis
la reine Marie de Médicis, la princesse Marguerite de Lorraine, le prince François - Thomas de Carignan, le comte Jean de Nassau, l'abbé César-Alexandre Scaglia, négociateur pour l'Espagne au congrès de Munster, les peintres Lucas Van Uden et Palamèdes, etc. Il faut citer enfin, pour terminer la longue nomenclature des œuvres de Van Dyck à la Pinacothèque, la Victoire d'Henri IV sur le duc de Mayenne à Ivry , tableau qu'il peignit de concert avec Sneyders, et qu'on dirait de Van der Meulen, à voir la' disposition générale, mais avec des personnages plus grands et une touche moins serrée. Henri IV, qui pourtant aimait à jouer des mains, et montrait volontiers la routeàsesgens d'armes, regarde de loin la mêlée à côté de Sully, comme ferait Louis XIV à la portière de Mme de Montespan. • J'ai cité Jordaëns Qt Van Dyck à la suite de Rubens, parce qu'on ne peut séparer ces élèves illustres de leur illustre maître. L'ordre des dates appelait d'abord Jacques Guyp le Vieux (1578-1649), Corneille Poëlenburgh (1586- 1660}, et Gérard Honthorst (1592-1662). Le premier, qui commence la série des pet its Flamands , n'a qu'un paysage au musée de Munich, mais de ses meilleurs, où l'on voit une ville au delà d'un large fleuve ; le second, deux jolis paysages et une petite Adoration des bergers, sur cuivre, dans la manière fine et douce qui le fait reconnaître au premier coup d'œil. Le troisième, appelé en Italie Gherardo délie Xotti, parce qu'il éclairait ordinairement ses compositions de lumières factices, est représenté à la Pinacothèque par quatre ouvrages de ses plus excellents : V Enfant prodigue à table avec des filles de joie, Cèrès changeant en lézard le fils de la vieille Bècubc, Cimon et Péra, sujet qu'on appelle plus communément une Charité romaine ; enfin, la Délivrance de saint Pierre , que Raphaël avait déjà peinte dans les Chambres du Vatican, où Honthorst l'avait étudiée, et qu'il a rendue également avec une opposition de lumière entre les sombres reflets de la lampe qui éclaire les soldats et l'apparition radieuse de l'ange libérateur.
Nous arrivons aux peintres nés dans le xvir siècle, principale époque de la culture des arts en Espagne , en France et dans les Flandres, surtout dans la Hollande, qui n'a guère à citer, des temps antérieurs, que Heinskerck et Lucas de Leyde. Le premier de ces peintres, dans Tordre des dates, est Philippe de Champagne # ( 1602-1674). Flamand d'origine, mais Français de style, et qui , ayant plus vécu à Paris qu'à Bruxelles, tient plus aussi à l'école de Poussin et de Lebrun qu'à celle de Rubens. Munich n'a de lui qu'un beau portrait de Turenne.
Honneur suprême de la Hollande, grand à Amsterdam comme Rubens à Anvers, Paul Rembrandt Van Ryn (1 606- 1669) marque le point extrême où s'est élevée l'école de sou pays , lorsque , arrachée par la réforme protestante à l'idéal chrétien delà Renaissance, elle fut jetée tout entière dans le pur naturalisme. Précédé dans cette voie par Lucas de Leyde, personne plus que Rembrandt n'abandonna les traditions de la foi, le sens intime et profond des choses, la poésie du cœur ou de l'esprit, le respect de l'antique, le culte du beau. Et personne plus que lui ne retrouva une nouvelle poésie dans la seule puissance d'expression , une singulière profondeur dans le simple arrangement des jours et des ombres , un vrai beau dans le simple vrai. Rembrandt se montre tout entier, par exemple, dans la célèbre Descente de croix que possède la Pinacothèque, et que tout le monde connaît par la gravure , non moins célèbre , qu'il en fit lui-même à l'eau-forte. Ce tableau, qui n'a pas plus de deux à trois pieds carrés, mais un peu plus haut que large, rappelle parfaitement, dans sa disposition générale, toutes les belles et pieuses Dépositions de Raphaël, de Volterre, de Titien, de Yéronèse, de Garrache, de Ribera, de Lucas de Leyde, de Rubens. C'est aussi le corps du Christ détaché de la croix par les serviteurs de Joseph d'Arimathie ; c'est aussi la Vierge évanouie entre les bras de la Madeleine et de saint Jean. Mais ce n'est tout cela que de nom. Sans la croix, qui seule explique le sujet, com-
ment retrouver rhomme-Dieu, sa mère, son disciple bienainié , tous les grands acteurs du drame évangélique , dans ces gros et lourds personnages vêtus à la wallonne, dans ces visages grotesques , ces nez épatés , ces petits yeux ronds , ces larges bouches, où le peintre semble avoir reproduit à plaisir son propre portrait comme type de l'humaine beauté? A la vue de ce tableau, le premier sentiment serait celui de l'ironie, de la risée, si Ton n était, avant toute réflexion, tellement ému par la vérité des poses, des gestes, des expressions, tellement transporté par la magnificence de la couleur, tellement ébloui par 1 éclat de la lumière, qu'il ne reste d'autre sensation c[ue celle de l'enthousiasme, d'autre pensée que celle de l'admiration. « Voici, dit M. Ch. Blanc, voici qu'une lumière tombe d'en haut comme le regard de Dieu sur le corps de la victime.... Et comment ne pas s'intéresser à une telle scène, quand le ciel même s'y intéresse ? » Prise au point de vue tout naturaliste du peintre, cette Descente de croix est un véritable prodige.
Il faut porter un jugement semblable (c'est-à-dire louer pour le même mérite et avec la même restriction) sur quelques autres sujets appelés sacrés, que la Pinacothèque a groupés autour du chef-d'œuvre de Rembrandt : une Mise en croix par un temps sombre et orageux ; une Mise au tombeau, dans l'obscurité d'une voûte profonde; une Résurrection, illuminée par un rayon de lumière au milieu de la nuit; une Nativité, qu'éclairent les pâles reflets d'une lampe ; une Ascension où le Christ éclaire toute l'apparition de sa propre lumière. Dans ces diverses compositions, l'effet principal ne provient ni du sentiment religieux , ni même de la beauté morale ou physique des personnages. H est dû tout entier, d'une part au mouvement et à la passion, de l'autre aux énergiques opposition» de l'ombre et du jour, au merveilleux emploi de la science du .clair obscur ; mais, la cause connue, cet effet ne peut aller plus loin, et personne ne saurait prétendre à le surpasser.
Rembrandt travaillait ses portraits de la même manière que ses compositionshistoriques. Iln'accepte point, comme Holbein ou Velazquez, par exemple, la nature toute simple, dans ses aspects les plus ordinaires, et partant les plus vrais. Toujours il lui faut certaines combinaisons de lumière et d'ombre, certains contrastes fortement accusés, certains moyens extrêmes de clair- obscur. Aussi les portraits de Rembrandt me semblent-ils un peu sortir du genre et de ses vraies conditions. C'est pourquoi, tout à l'heure encore, j'hésitais à le citer parmi les plus grands portraitistes des diverses écoles, quoi qu'il dût être cité parmi les plus grands peintres. Munich a de lui plusieurs de ces portraits composés : le sien d'abord, lorsqu'il touchait à la vieillesse ; celui d'un Turc très-richement paré de plumes, de perles et de diamants ; ceux du peintre Govaert Flinck, son élève, et de sa femme ; et quelques autres encore, tous beaux, précieux, bien conservés; surtout, peut-être, celui d'un vieillard assis dans un fauteuil, sa canne à la main, ouvrage vraiment superbe et capital.
Rembrandt eut beaucoup d'élèves, qu'il avait soin de tenir, non dans une école commune, mais dans des cellules séparées, pour qu'ils conservassent plus d'originalité personnelle. Quoique plus jeune de six ans que Jean Victoors, qu'on appelle aussi Fictor (1600-1670), Rembrandt le compta dans son école, ainsi que Govaert Flinck (1616- 1660), Nicolas Maas (1632-1693) et Ferdinand Bol (1611- 1681), le plus fidèle de ses disciples, et je dirais 'aussi le plus célèbre, si Gérard Dow n avait reçu les leçons du même maître. Le Tobie rendant grâce à Dieu quand il a recouvré la vue, de Victoors ; Isaac bénissant Jacob, de . Flinck; deux portraits de Maas et le Sacrifice d' Abraham, de Ferdinand Bol, sont des pages excellentes, que Rembrandt n'eût pas désavouées. Dans le Sacrifice d'Abraham, peint en grandeur naturelle, Bol se montre plus naïf que son maître, et moins à la recherche des effets lumineux. Quant à Victoors, il serait, dans son Tobie, l'égal deRem-
brandt, s'il n'était son imitateur; mais est-ce un faible mérite que celui d'imiter ainsi?
Après Rembrandt et son école immédiate, nous voilà jetés dans la foule en quelque sorte innombrable des maîtres appelés les petits Flamands. De ces maîtres, aujourd'hui si connus, si célèbres, si recherchés, et si dignes de leurs succès, Munich possède une collection beaucoup plus complète, beaucoup plus vaste que nul musée des Flandres, et peut-être, prise en masse, que nulle galerie publique ou particulière. Outre tous les peintres que j'ai déjà cités dans l'école, et dont plusieurs, tels que les Breughel, Paul Brill, Peter Neefs, comptent aussi parmi les petits Flamands, il y en a bien quatre-vingts autres représentés aussi dans la Pinacothèque, la plupart richement, et quelques-uns par un grand nombre d'ouvrages. Il serait beaucoup trop long de mentionner tous les maîtres et toutes leurs œuvres. Je vais me borner, en suivant toujours l'ordre chronologique, à désigner rapidement les principales œuvres des maîtres principaux.
D'Albert Cuyp, le fils (1606-1667) : deux échantillons de faible importance, et qui ne peuvent faire connaître suffisamment cet admirable peintre de paysages, de marines, d'intérieurs, d animaux et de portraits.
De Jean Wynants (1606-1677), célèbre autant par ses élèves que par ses ouvrages, puisqu'il fut le maître de Wouwermans et d'Adrien Van de Velde : deux vastes et superbes paysages en pendants, le Matin et le Soir, où Ton voit, suivant son habitude, des chemins serpenter sur le premier plan pour se perdre ensuite dans le lointain, et . d'autres paysages plus petits, toujours avec leurs chemins perdus.
De Jean Lievens (1607-1663) : deux vigoureux portraits de vieillards, que je cite avec d'autant plus déraison et de justice que leur auteur est peu connu. Ami et condisciple de Rembrandt, il avait pleinement adopté sa manière, et Ton peut le ranger parmi ses meilleurs élèves.
De Gérard Terburg, le fils a 608-1 681) : un vaste Intérieur de chaumière, avec une Tamille de paysans, et une Dame richement parée, recevant une lettre d'un trompette. Le premier de ces tableaux, tous deux de la touche à la fois fine et large qui distingue Terburg, est d'une grandeur très-rare et presque inconnue dans son œuvre.
D'Adrien Brauwer ou Brouwer (1608-1640) : plusieurs sujets plaisants ou grotesques, tels que le Médecin de village, le Barbier hollandais, tous deux pansant des blessures et faisant crier les malades; un Cabaret, où se battent des soldats, etc.; petites peintures très-anjmées d'action et trèsvives de couleur.
De Hermann Zachtleeven (1609-1685) : plusieurs belles Vues du Rhin, remarquables par l'élégance des détails et la profondeur des horizons lointains.
De Jean Both (1610-1656), appelé Both d'Italie, parce qu'il habita longtemps cette contrée, et peignit toujours des sites méridionaux : plusieurs beaux paysages, entre autres cette magnifique vue de la nature primitive, de la nature pastorale, où Ton voit Mercure endormant Ar gus ; tous dans le ton chaud, doré, lumineux, qui le distingue de ses compatriotes. Les personnages, qu'il peignait rarement lui-même, sont, pour la plupart, d'André Both, son frère, qu'il perdit à Venise; quelques-uns de Wouwerm ans et de Karel-Dujardin.
De DavidTéniers,lefils(l610-1694) : quatorze tableaux, tous de choix, et qui mériteraient tous un éloge particulier comme une mention détaillée. Parmi plusieurs Tabagies et Corps de garde, je citerai de préférence une Foire italienne, sur toile, et d'une dimension tout a fait inusitée, puisque le cadre a huit pieds et demi de haut sur douze et demi de large; une Noce de village et une Danse de paysans, deux ouvrages exquis et prodigieux; enfin un Repas et une Tabagie de singes, compositions très-spirituelles, très-amusantes, et un Concert de chats et de singes, qui, non moins charmant d'invention et d'esprit, l'emporte
encore par la vigueur extrême de l'exécution. L'on s'étonne et Ton regrette que, dans ces quatorze pages de Téniers, il ne se trouve pas une seule Tentation de saint Antoine. Cette lacune semble le laisser incomplet.
De Jean Asselyn, appelé Grabettie (1610-1660): un beau paysage italien, bien composé, bien rendu.
D'Adrien Van Ostade (1610-1685) : plusieurs charmantes Scènes villageoises, entre autres un Cabaret hollandais où se battent des paysans, que leurs femmes, nouvelles Sabines, viennent séparer et pacifier. Ce Cabaret est l'un des plus ravissants ouvrages du maître, qui marche, dans son genre, l'égal de Téniers.
D'Isaac Ostade (1612-....) : un Paysage d'hiver avec des patineurs, digne de son frère aîné, dont il fut l'élève et le rival.
De Gérard Dow (1613-1680) : une riche collection de seize tableaux, l'une des plus nombreuses que réunisse aucune galerie. Le plus important me paraît être une Dame à sa toilette, vêtue de satin jaune, et coiffée par sa femme de chambre. Malgré la simplicité du sujet, cet ouvrage égale, par la perfection inouïe des détails et l'harmonie de l'ensemble, la Femme paralytique de notre musée du Louvre. Il faut admirer ensuite un Ermite dans sa grotte, sujet répété trois fois à la seule Pinacothèque, mais avec des variantes, une Vieille femme à la fenêtre, une Pâtissière, une Marchande de légumes, une Fileusc, etc.; puis un excellent portrait de Gérard Dow lui-même, sous un portique ouvert, et d'autres portraits de ses parents, qu'il a groupés autour d'un charlatan sur ses tréteaux. Dans ce tableau précieux, le seul peut-être de toute son œuvre qui offre une scène en plein air, et qu'on ne puisse plus nommer un intérieur, il s'est peint encore regardant par la fenêtre, sa palette à la main.
De Pierre de Laar, appelé Bamboche (1613-1675) : un Champ de bataille, où des cavaliers dépouillent les morts.
De Jacques Van Artois (1613-1665) : un grand paysage
animé par une chasse au cerf, bien composé et de bel effet, mais qu'on peut trouver d une couleur un peu pâle et molle parmi les peintres flamands.
De Barthélémy Van der Helst (1613-1670) : les excellents portraits de l'amiral Tromp et de la famille Hutten.
De Gabriel Metzu (1615-165Ô) : fx Roi boit, et une Cuisinière dans un garde-manger, tableaux qui réunissent la manière de Terburg, de Gérard Dow, de Jean Steen, que Metzu imitait à la fois, tout en se faisant une manière propre, originale et puissante.
D'Anthony Waterloo (1618-1679) : une Forêt, l'un des rares et bons ouvrages de ce peintre singulier, auquel on ne connaît pas de maître, et qui se forma par la seule imitation de la nature. On retrouve ensemble, dans ce paysage animé, Holbein, Ruysdaèl et Both d'Italie.
De Philippe Wouwermans (1620-1668) : une grande Chasse au cerf, vaste et magnifique ouvrage, morceau capital que rien ne surpasse dans son œuvre, et seize autres compositions plus petites; des Combats de cavalerie, une Ecurie, un Manège, des Bohémiens au repos, un Paysage d'hiver, le Pillage d'un hameau; enfin, une Bataille, empruntée sans doute à la guerre de Trente ans, car les deux armées en présence sont allemande et suédoise. Cette Bar taille est, comme la Chasse au cerf, un ouvrage capital, admirable, et qui marque aussi le plus haut point de perfection qu'ait atteint son célèbre auteur.
D'Hermann Swanevelt (1620-1690) un Paysage d'Italie, au coucher du soleil, vraiment digne de Claude le Lorrain, qui fut son maître et son modèle.
De Henri Zorg, appelé Rockes (1621-1682) ; un Cabaret hollandais, où Ton reconnaît les leçons et l'heureuse imitation de Téniers.
D'Adam Pynaker (1621-1673) : une Cascade sous un pont en ruines et un Paysage au soleil couchant, tableaux où Ton retrouve, comme dans ceux de Jean Both, la chaude nature italienne, rendue avec la délicatesse hollandaise.
De Nicolas Berghem (1624-1683) : des ouvrages presque aussi nombreux que ceux de Wouwermans ou de Gérard Dow, et non moins importants dans l'œuvre du maître, entre autres deux grands paysages italiens, l'un traversé par une rivière, l'autre bordé par des rochers et des ruines, et celui plus grand encore où l'on voit Laban partager les travaux rusticfues à ses serviteurs. Excellent dans l'imitation de la nature méridionale, Berghem n'est pas très-inventif pour les sujets qui animent ses paysages. A peu près dans tous ceux de la Pinacothèque, on voit une femme montée sur un cheval blanc parler à un berger couché par terre. Ce léger défaut ne peut se remarquer que si plusieurs de ses ouvrages sont réunis face à face.
De Paul Potter (1625-1654) : des Vaches et des brebis gardées par une famille de paysans. C'est Tunique échantillon de ce maître fameux, mort à vingt-huit ans, dont les œuvres sont aussi précieuses par leur rareté que par leur perfection. Nous le retrouverons plus complet à la Haye, a Londres et à Saint-Pétersbourg.
De JeanFyt (1625-1671) : des Chasses aux chevreuils, aux ours, aux sangliers, et des Garde-manger remplis de diverses provisions, où, dans sa manière hardie, énergique, qui l'assimile à Rembrandt, il se montre l'égal de Sneyders pour les animaux vivants, et l'émule de Weenix pour les animaux morts.
De Minderhout Hobbema (environ 1629-1670) : un Paysage hollandais, où l'on voit, sur le bord d'un chemin, une cabane adossée à un vieux chêne. Non moins rares que ceux de Paul Potter, les ouvrages d'Hobbema ne sont pas moins recherchés, et toute galerie, même publique, se contente volontiers d'un seul échantillon de ce maître, rival unique de Jacques Ruysdaël, dont il fut le condisciple dans l'atelier de son frère Salomon.
De Ludolf Backuysen (1631-1709) : une grande M arme représentant le port d'Anvers, l'un de ses plus vastes et de
ses meilleurs ouvrages dans un genre où il n'a de supérieur que Guillaume Van de Velde.
De Frédéric Moucheron (1633-1686) : un Paysage où de grands arbres se réfléchissent dans l'eau. Nicolas Berghem en a peint les figures.
De Guillaume Van de Velde (1633-1707) : deux excellentes marines : la Mer paisible et la Mer agitée par la tempête, auxquelles il ne faut rien chercher de supérieur, même dans son œuvre.
De François Van Miéris, l'aîné (1635-1681) : seize ouvrages, comme son maître et modèle, Gérard Dow; parmi lesquels on remarque son portrait, où il s'est affublé d'un bonnet rouge paré de plumes d'autruche , une Dame jouant avec son perroquet, une autre avec son petit chien, un Déjeuner d'huîtres, et enfin le célèbre tableau connu sous le nom de la Femme malade, où l'on voit une dame évanouie devant son médecin. Je citais tout à l'heure la Femme hydropique de Gérard Dow pour expliquer l'importance d'un de ses ouvrages, que je comparais à celui-là. C'est encore l'unique terme de comparaison que je puisse trouver pour louer dignement l'étonnante perfection du chef-d'œuvre de Miéris, le meilleur des élèves qui l'ont simplement imité. Il a laissé un fils, Guillaume Van Miéris (1662-1747), qui, à son tour, a parfaitement imité sa. manière, comme le prouve un tout petit tableau de la Pinacothèque, où Ton voit deux jeunes garçons jouant du fifre et du tambour.
De Jean Steen (1636-1689) : un Médecin visitant une femme malade et une Querelle de paysans, charmantes pochades pleines de vie, d'esprit et de gaieté.
De Melchior Hondekoter (1636-1695) : une Basse-cour et le Combat d'un coq et d'un dindon, tableaux dont l'unique défaut, à mes yeux, est d'avoir une trop grande dimension pour leur sujet. Un tel Achille et un tel Hector • n'ont pas besoin d'être représentés en proportions colossales.
De Jean Van der Heyden (1637-1712) : la Vue d'une place publique entourée d'arbres. C'est un de ces ouvrages étonnants par la patience, étonnants par le résultat, où Ton voit chaque tuile, chaque brique, chaque feuille, chaque brin d'herbe, et dont il faut examiner avec une forte loupe les délicatesses infinies, un de ces ouvrages aussi longs à terminer que la plus fine gravure, dans lesquels Van der Heyden peignait un mur de maison comme Gérard Dow les tapisseries, comme Miéris les robes de satin, comme Balthasar Denner a peint ensuite les visages, dans lesquels, enfin, il a su joindre à la régularité de la perspective monumentale le secret du pittoresque.
De Jacques Ruysdaël (1637 ou J 640-1681) : neuf paysages, à l'envi beaux et précieux. Dans le plus vaste, qui a trois pieds carrés, on voit une cascade tomber en bouillonnant par-dessus des masses de rochers. C'est une œuvre aussi capitale par son extrême perfection que par ses dimensions peu communes. Nous aurions aussi à citer le paysage que termine une église de village, celui où un chemin escarpé passe au pied d une colline de sable, et presque tous les autres encore, s'il fallait mentionner les chefs-d'œuvre d'un peintre que nul ne surpasse pour le paysage des contrées du Nord, et qu'on pourrait nommer avec toute justice, au moins dans son pays, le grand portraitiste de la nature.
De Conrad Decker (1637-1680) : un Paysage hollandais, digne de Ruysdaël, dont il fut le fidèle imitateur.
De Gaspard Netscher (1639-1684) : un Concert et une Betlisabëe dans le bain, qui montrent l'imitation de Terburg et de Gérard Dow, ses deux maîtres, au rang desquels il est monté, les surpassant quelquefois par le sentiment, par la recherche de la beauté et de la distinction. •
D'Abraham Mignon, ou Minjon (1639-1679) : deux charmantes Corbeilles de fruits et de fleurs, animées par des oiseaux et des insectes.
D'Adrien Van de Velde (1639-1679): plusieurs paysages,
où il se montre 1 égal de son maître Wynants, avec plus délicatesse et de fini dans le détail, surtout plus de perfection dans la peinture des animaux.
De Karel Dujardin (1640-1678): deux paysages dans la manière de son maître Berghem, où, suivant une habitude qui lavait fait surnommer Barbe de bouc, les chèvres ont le premier rôle, comme les vaches dans Paul Potter. On doit regretter que Karel-Dujardin, si varié dans ses sujets et son style, ne soit que paysagiste à Munich .
De Pierre Van Slingelandt (1640-1691) : uneBoutlque de tailleur, une Femme et son enfant au berceau. Élève de Gérard Dow, avec Miéris, Slingelandt a peut-être porté plus loin encore que son condisciple le fini minutieux des détails et l'inexprimable finesse de la touche. Ses ouvrages, comme ceux de Van der Heyden, sont le triomphe de la patience.
De Godefroy Van Schalken (1643-1706) : les Vierges sages et les Vierges folles, une Madeleine repentante, un Jeune homme essayant d'éteindre la bougie que tient une jeune fille. Si Schalken eût étudié à Rome, comme Honthorst, les Italiens l'auraient certainement appelé Gotofredo délie Notti, car il choisit toujours, comme Honthorst, des sujets de nuit, qu'il éclaire de lumières factices. C'est son talent, sa spécialité, et ces deux seuls maîtres peuvent rivaliser dans un genre qui leur est propre. Mais Honthorst, prenant de plus grands cadres, s est fait plus italien; Schalken, resté au chevalet, est aussi demeuré plus llamand. Ses Vierges sages et folles, tableau daté de 1700, donnent une idée complète de son style et de sa manière. Dans un paysage éclairé par la lune, les cinq vierges sages, tenant leurs lampes hautes et droites, s'avancent en bon ordre vers la maison du fiancé, tandis que les cinq vierges folles, dans le désordre de leur marche, laissent pencher et éteindre leurs lampes. Cette composition spirituelle, d'une exécution vigoureuse, offre un effet a la fois bizarre et charmant.
De Pierre Van Hooghe (entre 1630 et 1640-1708) : un Intérieur de cabane hollandaise, comme toujours, d'un puissant effet lumineux, et, cette fois, un peu dans l'imitation de Berghem, que Descamps dit avoir été le maître d'Hooghe.
D'Antoine de Lorme (.... mort après 1660; : un bel Intérieur d'église, animé de plusieurs figures, ouvrage qui a sur ceux de Steenwich et de Peter Neffs, non-seulement l'avantage d'être d'une plus grande rareté, mais encore celui d'être plus pittoresque. Ce n'est pas avec le lire-ligne de l'architecte qu'il est fait, mais avec la palette du peintre.
De Jean Weenix (1644-1719) : une grande Chasse au sanglier et neuf grands tableaux de nature morte, dont l'un n'a pas moins de dix pieds et demi de haut sur dix-huit de large. On sait que Weenix n'a point de rival en ce genre, et que personne n'a copié avec plus de soin et de bonheur les chevreuils, les lièvres, les paons, les faisans, les perdrix, les poulets, toutes les espèces pittoresques de gibier et de volaille. Ses tableaux, les plus précieux de ceux qu'on appelle de salle à manger, méritent une place honorable, non-seulement dans les salons, mais dans les plus riches galeries.
De François Millet, plutôt appelé Francisque (1644- 1680) : deux Paysages italiens, l'un avec des constructions antiques, l'autre avec une vue de la mer, tous deux dans la manière de Gaspard Poussin, dont il reçut les leçons en Italie, après avoir suivi l'école de Laurent Franck.
De Jean Van Hugtenburgh (1646-1733) : deux Combats de cavalerie, approchant de Wouwermans, qu'il imita plus et mieux que son maître Van der Meulen.
De Corneille Huysmans, de Malines (1648-1722): quelques Paysages et un Port de mer, rappelant Van Artois, avec plus de chaleur et de solidité.
D'Adrien Van der Werff (1659-1722) : vingt-neuf ouvrages, c'est-a-dire la plus notable partie de son œuvre totale. Un cabinet tout entier lui est consacré, comme aux
plus petites toiles de Rubens, et ne suffit même point. Parmi ces nombreux ouvrages, il n'y a de grandeur naturelle qu'une Madeleine assise dans sa grotte, assez belle académie, dessinée avec une certaine ampleur italienne, peinte avec la patience flamande. Dans les autres, il ne se trouve guère de sujets profanes qu'une Diane découvrant la faute de Galisto ; une Vieille femme écoutant une sérénade de nuit; les portraits de Télecteur-palatin Jean-Guillaume, et de sa femme Marie-Anne de Toscane, ses généreux et trop enthousiastes protecteurs, qui le firent noble, riche et célèbre ; enfin une Allégorie en leur honneur, où le peintre a placé son portrait dans un médaillon. Le reste est un vaste recueil de sujets sacrés, pris dans la Bible, l'Évangile ou la légende de Marie. C'est Abraham recevant Agar des mains de Sara, et AbraJiam répudiant Agar; c'est la Nativité, Jésus au milieu des docteurs, Y Ascension, le Christ aux Oliviers, le Couronnement d'épines, la Flagellation, YEcce Homo, le Portement de croix, le Calvaire, la Mise au tombeau, la Résurrection ; c'est la Visitation de Marie, Y Annonciation, la Purification et Y Assomption. L'on connaît la manière d'Adrien Van der Werff, le fini minutieux et prodigieux de ses figures, de ses tableaux entiers. Tout en reconnaissant ce genre de mérite, incontestable autant qu'exigu, je ne puis m'empêcher d'éprouver un regret, c'est qu'il ait traité des sujets religieux, qui demandent une tout autre qualité : la grandeur dans la pensée, dans l'expression, dans l'effet. Entre le sujet et l'exécution, il se trouve ainsi une contradiction flagrante, qui rapetisse Van der Werff. La délicatesse minutieuse, le fini, le léché conviennent tout au plus àlamythologie, mieux encore à l'anecdote, aux simples détails de la vie bourgeoise et populaire. Ses devanciers, les Terburg, les Gérard Dow, les Mieris, les Metzu, les Slingelandt, s'étaient montrés plus prudents et mieux avisés. Pour avoir voulu s'élever au-dessus d'eux, je crains fort que Van der Werff, qui pouvait se faire leur égal, ne soit descendu à un rang très-inférieur.
De François Joachim Beich (1663-1748) : quelques Paysages, parmi lesquels deux peuvent être nommés historiques ; on voit dans l'un la Prédication de saint Jean, dans l'autre les Enfants qui s'étaient moqués du prophète Êlysèe dévorés par des ours et des lions. Beich avait étudié en Italie ; il imite à la fois Gaspard Dughet, le beau-frère de Poussin, et Salvator Rosa.
De Rachel Ruysch (1664-1750) : divers tableaux de fleurs et de fruits, œuvres très- belles et très-intéressantes de la seule femme artiste qu'aient produite les Flandres, depuis l'illustre sœur du grand peintre de Bruges, Margariet Van Eyck.
De Jean Van Huysum (1682-1749) : une Corbeille de fleurs et des Fruits groupés sur une table de marbre, deux chefs-d'œuvre parmi ceux de ce maître, sans égal dans le genre que lui avait enseigné son père, Juste Van
Huysum.
De Guillaume Ernest Dietrich (1 712-1774) : la parabole de Lazare dans le sein d'Abraham, traitée avec beaucoup d'énergie, celle des Deux Aveugles, gracieuse et spirituelle, et un charmant Paysage au bord de la mer. Imitateur universel, mais en particulier de Rembrandt, qu'il rappelle quelquefois avec autant de bonheur que le permettent ses tons pales et verdâtres, Dietrich appartient tout entier à ce xvni' siècle, si vide pour les arts du dessin. Né Allemand, il était seul en Flandre, alors que l'Italie et l'Espagne, encore plus dénuées, se disputaient Raphaël Mengs, et que la France avait Greuze et Chardin, après Watteau et Boucher, avant David et Prud'hon. Dietrich termine ainsi la liste immense des Flamands du passé.