ÉCOLE DE FLORENCE
Andréa Verocchio : YEnfanl Jésus adoré par la Vierge et saint Joseph, et les Trois archanges, Michel, Gabriel, Raphaël, tableaux précieux, où Ton sent aux contours, à la fois fermes et fins, aux petits ornements de détail, la main du ciseleur, mais dont le coloris, vif et puissant, révèle aussi le peintre.
Âlessandro Boticelli (1437-1515) : le Christ mort sur les genoux de Marie, dans le style de Lippi, dont il fut Félève, moins doux, moins suave que le maître, mais d'une couleur à qui l'emploi de l'huile donne une évidente supériorité.
Domenico Corradi (1449-1493), appelé Ghirlandajo, de l'invention d'une parure en guirlande lorsqu'il était orfèvre avant d'être peintre : une de ses œuvres capitales, le Christ mort, étendu sur les genoux de sa mère, entre la
Madeleine, les deux saint Jean et saint Jacques. Au-dessus de cette Pieta, dans une gloire, un groupe d'anges portent les instruments de la Passion. C'est une magnifique scène, animée, noble et sainte. — Un vaste triptyque, où les figures sont aussi de grandeur naturelle, ayant sur les volets saint Laurent et sainte Catherine de Sienne, sur le panneau central une Vierge glorieuse, qu'entourent saint Michel et saint Jean-Baptiste, qu'invoquent saint Dominique et la Madeleine; autre scène imposante, grandiose, de l'arrangement le plus heureux, quoique un peu trop symétrique. Maître de Michel-Ange, Ghirlandajo ressemble beaucoup / au maître de Raphaël par la noblesse constante, par le sens du beau, par la sûreté, par l'élégance; il mérite une renommée égale à celle du Pérugin.
Léonard de Vinci (1452-1519) : on lui attribue une petite Madone assise sous une grotte ouverte, peu digne de lui, quoique ayant quelque ressemblance avec la Vierge aux rochers, puis une sainte Cécile vue jusqu'aux genoux, et habillée richement en velours rouge, comme la Jeanne <T Aragon attribuée à Raphaël. Le dessin en est fin et soigné, la couleur solide et brillante; mais, fussent-ils certainement de Léonard, ces deux échantillons sont bien insuffisants pour faire connaître l'illustre auteur de la Cène, de la Joconde, de la Sainte-Famille de Madrid, l'artiste sublime qui précéda Raphaçl dans la grâce, Michel- Ange dans la force et Giorgion dans le coloris.
Lorenzo Sciarpellone, daCredi (1453-1531) : n\\e sainte Famille, dans un cadre rond, plus rapprochée du style de son condisciple Léonard que de la peinture ciselée de son" maître Verocchio.
Lippino Lippi (1460-1505) : Jésus stigmatisé apparaissant à sa mère, grande composition entourée de petits sujets en figurines, où il conserve le style de son aïeul et sa charmante finesse de détails.
Fra Bartolommeo ou Baccio délia Porta, qu'on appelle communément il Frate (1469-1515) : une Sainte Famille,
de grand style et de forte couleur, l'un des plus précieux . ouvrages de cet illustre maître. Elle n'est point datée", mais on y sent l'influence de Raphaël dans la délicatesse du faire y comme devant la Vierge au poisson Ton sent l'influence du peintre de Saint Marc sur l'élève du Pérugin. — Une petite Madone, où Ton trouve au contraire une imitation de Léonard, et qui est bien gracieuse, bien voisine du joli, pour être également l'œuvre de l'ami du terrible Savonarole.
Michel-Ange Buonarroti (1474- 1563): un petit Christ aux Oliviers, sur bois. Je suppose que c'est une esquisse de Michel- Ange, peinte par une autre main, comme le Songe de la National-Gallery de Londres; car la couleur, assez . vive et d'un relief assez puissant, ne rappelle nullement le coloris sec et plat des Parques du palais Pitti, ou de la Madone de la Tribuna.
Francesco Granacci (1477-1544) : diverses figures de bienheureux, Saint Jean-Baptiste, Saint Jérôme, Sainte Apolline et la Madeleine, supposées dans des niches comme le Saint Marc de Fra Bartolommeo. Sans approcher de cette sublime figure de l'évangéliste, elles montrent néanmoins dans Granacci le disciple distingué de Ghirlandajo et de Michel-Ange.
Andréa Vanucchi, appelé Andréa del Sarto (1488-1530): deux Saintes Familles, de grandeur inégale, où Ton voit la Vierge à genoux, soutenant l'Enfant-Dieu, qui, debout devant elle, se penche vers le jeune saint Jean. Dans la plus grande, sainte Elisabeth et deux anges complètent la composition. Ces deux pages, qui ne se ressemblent que par le sujet et l'arrangement général du groupe, sont de la plus grande manière et de la plus merveilleuse exécution du grand coloriste florentin. Elles égalent, surtout la seconde, ses meilleures toiles du palais Pitti; et l'on est ravi vraiment de rencontrer, au milieu de tous ces détestables pastiches des imitateurs du pauvre Andréa del Sarto qu'on charge habituellement de leurs méfaits, ces belles et
véritables œuvres de son pinceau, où Ton voit le penseur éclairé, l'arrangeur habile, le dessinateur correct, le Coloriste puissant, le maître enfin sous toutes les faces de l'art. Gomme rien ne doit être omis dans l'œuvre d'Andréa del Sarto, n'oublions pas quatre excellentes esquises en grisailles, représentant la Prédication de saint Jean dans le désert, la Visitation de Marie, Zacharie privé de la parole, Salomê portant la tête de saint Jean, et la magnifique esquisse d'une tête de saint Joseph, peinte à l'huile sur papier.
Giacomo Carrucci, de Pontormo ( 1499-1558) : une Sainte Famille , encore dans le style florentin qu'il avait reçu de ses maîtres Piero di Cosimo et Andréa del Sarto T avant qu'il lui prit fantaisie d'imiter Albert Durer.
Giorgio Vasari (1512-1574) : une Sainte Famille, vraiment précieuse, non-seulement par le nom du maître, que ses Biographies ont rendu célèbre , non-seulement par la rareté de ses œuvres, mais par un mérite évident, par des qualités où l'on sent les leçons de Michel-Ange et d'Andréa del Sarto.
Luigi Cardi, appelé Cigoli (1559-1613) : un Christ portant la croix , et un Saint François (T Assise agenouillé devant un crucifix, tous deux dans la manière de Corrége ; le dernier, sur cuivre et en figurines, est d'une extrême finesse.
Cristoforo Allori, appelé quelquefois Bronzino, comme son père Alessandro et son grand-oncle Angelo Allori (1577-1621) : Jupiter et Mercure, à table chez Philémon et Baucis, tableau qui ne rappelle pas plus le célèbre auteur de la Judith du palais Pitti que le charmant récit de La Fontaine.
Carlo Dolce, ou Dolci (1616-1686) : six à sept petits tableaux, entre autres une Madone , dont le bambino , debout, tient une rose à la main, Madeleine repentante, Sainte Agnès, YEcce Homo, etc. Le premier est une fine et charmante peinture, où l'on peut voir l'extrême exprès-
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sion du talent d'un peintre qui ne fut pas seulement le dernier des Florentins par l'âge, mais encore, si je ne m'abuse , par le goût et par le style , qui perdit enfin dans les petitesses de l'afféterie et du bigotisme la grande école qu'avaient illustrée Léonard, Michel-Ange, il Frate, Andréa del Sarto et les Allori.