ABBAYE DE WESTMINSTER
La cathédrale de Saint-Paul, que les Anglais appellent et croientla rivale de Saiat-Pierre de Rome, quoique beaucoup moins vaste que l'ancienne église du même nom, bâtie à la fin du onzième siècle et détruite dans rincendie de 1666, est sans contredit le plus grand monument de Londres, et probablement des trois royaumes. Cependant, de tous les temples , Tabbaye de Westminster me paraît le plus beau , comme, de tous les palais, le château de Windsor. C'est qu'ils sont Tun et l'autre mieux appropriés à leur destination, à la matière qui les forme , aux objets qui les entourent, et surtout au climat sous lequel ils sont construits.
La vue de ces deux églises, V7estminster et Saint- Paul, dont Tune est tranchement gothique, tandis que Tautre a la prétention d'être italienne, réveille uiie réflexion qui poursuit le voyageur à chaque pas qu'il fait dans Londres et dans tout le pays; c'est que les beaux-arts, tels qu'on les y pratique aujourd'hui, ne sont point, comme diraient les géographes, autochtones en Angleterre. Ils y sont venus du dehors, par importation, comme des objets de curiosité et de mode, pour salisl'aire plutôt les caprices de la richesse oisive que l'habitude et le besoin du goût national.
LES MUSÉES d'Angleterre.
du sentiment populaire ; ils y végètent comme les plantes du tropique dans une serre chaude , artiûciellement, et ils trouvent à pénétrer dans Fesprit et la vie des masses la même résistance , la même impossibilité, que les fruits des régions tempérées à vivre en pleine terre sur ce sol humide et froid. Qu'on examine sans prévention Fétat de la peinture, de Tarchiteciure, de la musique, de tous les arts en Angleterre, et Ton sera frappé de cette absence de goût naturel , d'aifection innée, de sentiment instinctif; on sera frappé du travail obstiné, des efforts continuels et louables que fait une population persévérante pour acclimater chez elle ces pi-oductions exotiques, pour exciter des vocations rebelles, pour faire descendre enfin , et presque violemment, jusqu'au fond du peuple immobile sur sa terre natale, les goûts, les penchants , les connaissances que rapportent du continent les classes élevées et voyageuses.
Il suffit, en vérité, d'un coup d'œil pour former cette opinion et pour en trouver les preuves autour de soi. Certes, le premier aspect de Londres est magnifique. Rien de beau, deoobie, d'imposant, de grandiose comme la vue de cette immense cité, deux l'ois plus peuplée et presqiie trois fois plus vaste que Paris , la première du monde par Fétendue de son enceinte et le nombre de ses habitants, parla richesse et le luxe, par le travail et Findustrie, par le bon ordre et la sécurité. On regarde avec admiration ces grandes rues, ces rues infinies qui se prolongent en ligne droite tant que la vue peut s'élendre, ces chaussées à la Mac- Adam, sans pavés et sans bruit, ces larges trottoirs en dalles de granit, qui offrent aux voitures et aux piétons toutes les commodités désirables. Mais si l'on passe à Fanalyse de ce spectacle magique, si Fon dé-
l'abbaye de WESTMINSTER,
tai]lo cet admirable ensemble, si l'on cherche enfin les édifices au milieu de ces lignes de maisons noires, enfumées, uniformes, et l'art au milieu dncomfort; alors, quel désenchantement pénible suit la première admiration ! ce n'est plus vraiment qu'un ramas confus, capricieux , désordonné , sans choix et sans goût, de tous les styles de toutes les époques, de tous les pays. On verra , par exemple , un ioit de pagode indienne sur un temple égyptien ayant pour entrée un péristyle grec, pour ouvertures des ogives gothiques, pour ornements des colonneites arabes et des cariatides de la Renaissance. C'est là ce qu'on appelle un monument.
Rien n'est pire que cette confusion des genres, que cette introduction forcée et violente de Farchitecture d'un climat dans un climat différent. L^Angleterre démontre victorieusement cette vérité trop peu respectée. Il est reconnu, par exemple, que les colonnes sont la plus noble et la plus gracieuse partie de Farchitecture. Or, elles sont empk^yées h Londres avec une incroyable profusion, à ce point que Ton en compterait davantage dans telle paroisse , dans telle rue, que dans Rome entière. Croit-on qu'elles parent et ennoblissent la ville? croit-on que cette foule de chapiteaux doriques, ioniens, corinthiens, composites, soient un embellissement pour les édifices et les maisons? Loin de là; je ne vois rien de plus burlesque et de plus attristant. Pourquoi parce qu'à Londres la colonne est un contre-sens. La colonne, grecque ou arabe, est faite pour le pays oii elle fut inventée, pour rOrient; elle doit conserver, sous l'azur foncé d'un ciel pur, la blancheur du marbre ou de l'albâtre. Mais imaginez, je vous pî-ie, des coloanes en ])rique ou en fonte, incessamment souillées par le brouillard
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qui les humecte, par la fumée de la houille qui s'y atlaehe et les noircit! Peuvent-elles ressembler en rien aux colonnes du Parlhénon? Je fus bien choqué tout d'abord , et comme par instinct , de leur aspect étrange ; mais ensuite la réflexion m'indiqua par quelle cause physique et palpable elles sont proprement défigurées. L'effet combiné du brouillard et de la fumée les rend noires par-devant et seulement grisâtres parderrière. Ainsi Tombre se trouve au premier plan et la lumière au second ; en d'autres termes , le devant de la colonne paraît derrière et le derrière devant. C'est le renversement complet des lois de la perspective et des lois de la lumière; c'est une monstruosité.
La seule architecture possible sous le climat de r Angleterre, c'était celle de la féodalité et delà foi du moyen âge : de larges tours, d'épaisses murailles, des créneaux, des ponls-levis, ou bien de hautes nefs, des voûtes élancées, des clochers perdus dans les airs, Farchitecture enfin des forteresses et des églises, Windsor ou Westminster. Mais celle des palais et des temples, des édifices légers faits pour un climat chaud et sec, pour un peuple habitué à vivre en plein air et n'ayant d'autre feu que son soleil, en vérité, celle-là n'est point permise aux Anglais. Et pourtant, sauf quelques judicieuses exceptions , comme le Penitentiary, Bedlam, le Mtnt (hôtel des Monnaies), l'école gratuite appelée Christ church, etc. , tous leurs édifices pubhcs et privés sont des imitations gauchement déguisées des édifices du Midi. Ainsi le Colosseum est une lourde copie du Panthéon d' Agrippa ; ainsi Saint- Paul est à peu près calqué sur Saint«Pierre de Rome, de sorte qu'il ne lui reste guère d'autre mérite que la grandeur et la solidité ; encore je ne parle que de l'extérieur : le dedans, complètement nu, n'offre ni
l'aBIUYE de VVESTMIINST^ll.
pavés de marbre , ni statues, ni dorures, ni mosaïques, ni fresque, ni vitraux. C'est un temple protestant sous Fenveloppe d'une église cathoiiqne.
L'on ne finirait point s'il fallait citer tous les emprunts qu'ont faits les Anglais à Tart étranger , emprunts bien permis assurément quand ils sont heureux, mais qu'on doit réprouver dès qu'ils sont impropres et maladroits. Cette manie d'associer l'art d'autres siècles et d'autres contrées aux exigences locales, aux nécessités actuelles et domestiques, produit les plus bizarres résultats. Voyez, par exemple, le Mansion-House, Tiiôtel de ville de Londres, où réside le lord-maire dans toute la magnificence d'un roi bourgeois : la façade est un péristyle grec, avec ses colonnes en saillie et son fronton triangulaire, assez semblable a celle de notre Chambre des députés. Eh bien, au-dessus de l'attique qui surmonte le fronton, un second édifice s'élève, non plus un temple grec, mais une maison anglaise, et posée, non dans le sens du premier édifice , mais en travers, de manière que le premier étage du monument est une façade à colonnes, et le second étage, le mur latéral d'une maison. Voilà comment on a compris l'union du beau et de l'utile, l'art mis en pratique. C'est à , n'y pas croire, à moins de l'avoir vu. Au reste, ce goût bizarre, disons mieux, cette absence de goût, se retrouve même dans les édifices qui se prétendent consacrés exclusivement à l'art. Il suffit de voir la colonne élevée au duc d'York par ses amis du torysme, cette espèce de grosse borne en pierre brute, sans proportions et sans grâce , quoique imitée de la colonne Trajane, qu'on a encaissée entre deux maisons, tandis qu'on avait pour la placer isolée, d'un côté Waterloo- Place, de l'autre Saint- James s^Park, Elle
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est plus ridicule encore par sa forme que par sa destination, bien qu'elle porte la statue du prince qui conduisit la honteuse campagne de Hollande , et qui mourut en faillite ; car Finscription : Au père de l'armée anglaise, annonce du moins que ses bienfaits ont effacé ses défaites , et qu'il s'est ruiné en bonnes œuvres. Il suffit de voir à l'autre extrémité de cette magnifique chaussée bordée de palais qu'on appelle Regent-Streety l'église des Ames [All-Souls), qui lui fait face. Qu'on se représente un grand cône, un entonnoir renversé, un bonnet de magicien, un pain de sucre, un éteignoir, je ne sais quoi dire, enfermé à sa base et à son milieu dans deux cercles de colonnes, et se terminant en pointe aiguë : voilà le monument. C est si étrange, si ridicule, si insensé, que je m étonne qu'on n'ait point condamné l'architecte, comnie le voulait une caricature du temps, à être juché au sommet de son aiguille de pierre, pour y subir, en expiation d'un tel forfait, le supplice des Turcs. Mais d'autres aussi auraient dû en porter la peine; car si un tableau, une statue , sont bien l'œuvre individuelle d'un seul artiste, qui en demeure seul responsable , tant de personnes concourent , au moins par le choix et l'adoption des plans, à l'érection d'un monument public , que le pays entier est en quelque sorte complice de ses défauts.
On ferait une curieuse revue critique des monuments de Londres, depuis le misérable amas de masures en briques qu'on appelle Palais de Sainte James^ et qui ressemble bien plus à des Tuileries que le magnifique palais élevé par Philibert Delorme, jusqu à la ^i^im A' Achille, nue, noire, grotesque, hideuse, élevée dans Hyde-Park à la gloire du duc de Wellington. Je veux seulement faire comprendre, par
L'AlîiUVE DE WESTMINSTER.
deux exemples, Vun d'ensemble, Fautre de déiail, la pensée générale que j'exprimais toui à l'heure.
Pour donner une apparence monumentale à ces petites maisons exactement uniformes, dans lesquelles s'isole et s'enferme chaque famille, et qui font de Londres comme un grand couvent divisé en cellules, où les mêmes choses se font aux mêmes heures et de la même façon , Ton a eu l'idée de l éunir dix , vingt , quarante maisons , afm de leur faire une espèce de façade commune, et de singer ainsi le monument. Jusque-là tout est bien ; l'idée est bonne, et c'était peut-être l'unique moyen de donner aux habitations une sorte de grandeur d'accord avec celle des rues et des places. Mais bientôt l'usage, le droit et le goût individuels viennent tout gâter. Ces maisons , réunies par un simple dessin architectural, sont à plusieurs propriétaires. L'un badigeonne sa demeure cette année, Tautre la badigeonnera l'an prochain ; Tun choisit une couleur, Fautre une autre ; adieu le pompeux monument, ce n'est plus qu'une ridicule arlequinade. Second exemple : Il y a , dans Piccadilly , un temple égyptien {egyptian-liall) , ou du moins la façade d'un temple, car la grande Sîdle qu elle cache , et qui sert maintenant à des ventes, expositions, lectures et assemblées , ressemble à toutes les autres salles. Pourquoi un temple égyptien dans Piccadilly ? je n^en sais rien; mais supposons ([ue ce soit une singularité calculée, comme les Bains Chinois sur le boulevard des Italiens , une sorte d'enseigne permanente , et acceptons le temple égyptien. 11 est évident qu'on a copié l'entrée de quelque édifice de la vieille Egypte, mais avec certaines variantes. Les deux cariatides qui supportent la fenêtre centrale ne sont plus ces personnages parfaitement égaux, roides, graves,
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immobiles, paraissant rassembler toutes leurs forces et toute leur attention pour soutenir le poids énorme qui charge leurs épaules. Ici, l'un est homme, l'autre femme; ils tournent la tête l'un vers l'autre , se saluent de la main avec une aisance parfaite, et échangent un amoureux sourire. L'architecte, comme on voit, peut prendr-e un brevet d'importation et de perfectionnement.
L'abbaye de Westminster (j'y reviens enOu par ce long détour) est heureusement exempte de ces taches originelles. Quoique élevée , comme la plupart des édifices considéral3Îes, par fragments et à plusieurs reprises , quoique ne formant pas un corps exactement régulier, elle a conservé dans toutes ses parties le caractère général de son ensemble. C'est bien un monument de ceux qu'on appelle gothiques, non que les Goths en aient jamais élevé de semblables , mais peut-être parce que les Arabes, qui donnèrent en partie le modèle du genre à TEurope chrétienne, habitaient l'Espagne, où les Goths avaient longtemps régné. Il est sans doute inutile de véritier si l'abbaye primitive fut bâtie au commencement du septième siècle, par Sebert, roi des Saxons de TEst. L'abbaye actuelle doit sa fondation à Édouard le Confesseur, qui, relevé d'un vœu téméraire par Léon IX, consacra à cette œuvre pie, sur l'ordre du pontife, la dîme de tous ses biens. Commencé en 1050, le vaisseau principal de l'abbaye était achevé quinze ans après. Il semble que les grandes constructions du moyen âge fussent des œuvres communes, où toutes les têtes s'employaient comme les bras ; on n'en connaît pas les auteurs. L'arcliitecte de Westminster est resté inconnu comme les autres , et , parmi la foule de mausolées qui remplissent les nefs et les chapelles,
l'abbayr de wkstmïnster.
on chercherait vainement le sien : moins heureux en cela que Farchitecte de Saint-Paul, sir Chrislopher Wren, qui repose au centre de son édifice, sous une simple pierre, il est vrai, mais, où Ton a gravé cette magnifique parole : Si requiris mommenturriy circumspice.
Depuis le saint confesseur, plusieurs souverains ont pris à tâche d'agrandir et d'embellir Westminster ; Henri III d'abord, puis les trois Édouard, Richard II, Todieux Richard III et son vainqueur Henri Vil. Pape de la religion anglicane et grand destructeur de couvents, Henri Y III chassa les moines, que sa fille Marie la Catholique rétablit un moment; et enfin Élisabeth fit une église collégiale, sous rinvoeation de saint Pierre, de Tancienne abbaye, qui, malgré celte jnétamorphose, a conservé son nom primitif. Les princes de la maison de Brunswick ne l'ont point non plus néghgée. Ce fut sous Georges II que l'on reconstruisit en entier la grande fenêtre de Touest, et (jue Ton acheva les deux tours delà façade du môme coté, commencées par Christopher Wren. Sans s'accorder parfaitement avec le style des constructions anciennes, ces deux tours ne causent pas du moins de disparate choquante, et de loin, au contraire, elles donnent un grand caractère à Tédifice, dont la façade , ainsi terminée, rappelle beaucoup celle de Notre-Dame de Paris. Enfin Georges III ordonna la restauration complète de Westminster.
Je n'entreprendrai pas la description architecturale de ce monument; les simples voyageurs la trouveraient trop longue, les hommes de l'art trop courte , et tous imparfaite. Il suffit de dire que Téglise , dont la longueur totale dépasse 500 pieds dans œuvre, se compose d'une nef principale et de deux ailes formant
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la croix latine; que les deux rangs dVeades superposées qui soutiennent les toits s'appuient sur des pilastres, où se réunissent en faisceaux un gros pilier central et quatre petits qui l'entourent ; qu'à ces pilastres correspondent des arcades circulaires qui divisent le toit en une foule de voûtes ogivales décorées par des galeries, des colonnettes. des sculptures et des arêtes dorées ; que les quatre grandes fenêtres tournées aux quatre points cardinaux, aidées de celles des murailles latérales, donnent tout le jour désirable, et qu'enfin il serait difficile de rencontrer dans un autre monument du même style, avec une symétrie mieux entendue, plus de délicatesse, d'élégance , de force et de majesté.
Cela dit sur l'ensemble, entrons dans les détails.
La plus ancienne partie de Tédifice, conservée dans son état primitif, est la chapelle du fondateur de Tabbaye, d'Edouard le Confesseur, espèce de massif en maçonnerie élevée à l'est du chœur, derrière Tautel. A l'entour règne une frise composée de quatorze basreliefs grossiers, représentant des légendes. Au milieu, se trouve le tombeau, ou plutôt la châsse du Confesseur, autre massif plus petit, qui renferme ses cendres recueillies dans une caisse en bois. Ce massif, presque nu maintenant et tout dégradé, porte encore quelques vestiges d'une riche mosaïque d'émaux et de métaux précieux dont il était entièrement revêtu. On en estimait le travail, et la matière valait, dit-on, cinquante mille livres sterling. Pendant les révolutions politiques et religieuses , faites contre le roi et contre le pape, on a détruit ce.te mosaïque et volé ses débris. Autour de la châsse d'Edouard sont divers autres tombeaux, très-simples, très-nus, très-misérables : celui de sa femme Edith ; celui de Henri III , le plus riche
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de tous, parce qu'il est orné de lames de porphyre poli ; ceux d'Henri IV, de Henri V, d Edouard le^ et de sa femme Eléonore, d'Edouard III et de sa femme Philippa, que les Anglais nomment Tlléroïne, de Richard n et de sa femme Anne. C'est là que Ton montre Tépée d'Edouard 1%, longue de six pieds , et qu'on maniait à deux mains, ainsi que le bouclier de Henri V, qui est tout simplement un cuir collé sur des bandes de fer entre-croisées. Pour donner phis de prix à ces rehques guerrières, le gardien cicérone ne manque pas de vous dire que ce sont le bouclier et répée que portait Edouard III lors de son entrée triomphale dans Paris. Ce petit mensonge flatte les visiteurs , qui ne semblent pas se rappeler que cet Edouard Plantagenet, venu seulement sous Paris , était lui-même Français d'origine , et menait une armée plus qu'à demi française.
Mais les plus précieuses curiosités de la chapelle d'Edouard le Confesseur sont les fauteuils du couronnement. Edouard F' rapporta de Stone, en Ecosse, dans l'année 1297, une grosse pierre, entièrement brute et informe, mais que la tradition populaire disait avoir été Foreiller de Jacob lorsqu'il eut ce songe symbohque rapporté dans l'Ecriture. C'est sur cette pierre que l'on couronnait, de temps immémorial, les rois d'Ecosse. On en fit le siège d'un fauteuil, c'est-à-dire d'un escabeau en bois, avec un dossier triangulaire , ayant pour bras deux planches garnies d'un bourrelet de grosse toile. Ce fauteuil patriarcal devint celui du couronnement des rois d'Angleterre. On en construisit un autre semblable pour Marie , femme de Guillaume III,- qui sert depuis lors pour là reine, quand le roi est marié. Victoria a été couronnée assise sur l'oreiller de Jacob.
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La cérémonie du couronnement, dont l'Angleterre a eu le dernier spectacle en 1858, ne se fait pas, toutefois dans la petite chapelle d'Edouard, mais dans le chœur, beaucoup plus vasie. C'est Je seul endro, de 1 édifice où le public soit admis sans payer le scnelhng et demi d'entrée par personne , encore n est-ce que pendant l'office divin. Il y a quelque chose qui attriste, humilie et révolte dans ces habitudes fiscales de l'Angleterre, poussées à ce point que pour visiter une église et des tombeaux, il faut payer un droit d'accise, comme si I on buvait à la taverne nn broc de porter ou de gin. Ce chœur privilégié, espèce d asile momentané contre le fisc, est d'une forme octogone et entouré de huit petites chapelles uniformes. Les ornements , récemment restaurés sont délicats et de bon goût. On admire surtout le pavé en mosaïque, qu'un ancien abbé de Westminster, Kictiard Ware, riche comme un souverain^ fit exécuter a ses frais dans l'année i272. Cette mosaïque qui malheureusement s'altère et se dégrade, est formée d une infimté de petites pièces en marbre, en iaspe en albâtre, en porphyre, en lapis, en serpentine en pierres ponces, composant des dessins ou arabesques d une grande variété et d'une exécution fort ingénieuse. "
La chapelle de Heuri VII, la plus vaste et la plus ornée, est un véritable édifice ajouté au vaisseau principal, dont il augmente la longueur d'au moins 120 pieds Elle est surmontée, à l'extérieur, par quatorze tourelles gothiques, très-fines, très-légères, qu'unissent au corps principal un nombre égal d'arcs-boutants d'une grande hardiesse. La toiture, presque plate, repose sur les voûtes de la nef que soutiennent des pihers finement ciselés. Comme l'église elle-même
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celte chapelle est formée d'une nef et de deux petites ailes en croix ; elle se termine par un décagone présentant cinq petites chapelles ou retraites. On y arrive sous un péristyle orné, par un escplier de marbre noir et trois portes de bronze doré travaillées avec un art et une délicatesse admirables. Au centre de chaque panneau Ton voit alternativement la rose blanche des Lancaster et la herse des Beaufort , emblèmes qui se retrouvent encore dans quelques vitraux des quatre rangées de fenêtres. Le milieu de la chapelle, pavé en carreaux de marbre noir et blanc, est occupé par le tombeau de son fondateur. Ce tombeau, en basalte noir et en forme d'autel, chargé d'ornements divers , entouré d'une riche et solide balustrade de bronze ciselé, sur lequel Henri VII repose, ayant à ses côtés sa femme Elisabeth, est Touvrage du Florentin Pietro Torrigiani , celui qui fut, au sortir de Tatelier, le rival de Michel- Ange , et à qui la jalousie fit quitter son pays pour courir la France, l'Angleterre, l'Espagne, où il a laissé les meilleures œuvres de son ciseau.
Les murailles de la nef et des ailes sont ornées d'une multitude de figurines fort estimées, qui représentent des patriarches, des prophètes, des martyrs , des saints de toute espèce, ftlais la principale décoration de cettQ fameuse chapelle de Henri VII vient de la destination nouvelle qu'on lui a donnée. C est là que sont armés les chevaliers de Tordre du Bain, rétabU par Georges K en 1725, et dont le dernier chapitre s'est tenu, je crois, en 1812, sous Georges III , ou plutôt le régeiit , depuis Georges IV. De chaque côté de la chapelle, règne un double rang de sièges , ou stalles, en bois sculpté, pareils à ceux des chanoines dans le chœur d'une église catholique. Les stalles
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supérieures sont celles des chevaliers; les stalles inférieures, celles des écuyers. Toutes portent, sur des écussons en cuivre gravés, les armoiries du titulaire. Les stalles des chevaliers sont surmontées en outre de trophées d'armes fort curieux, car on y voit des casques avec panaches, dragons, griffons, lions, lionnes, chimères, bras menaçants, tout Tattirail des vieux blasons. Enfin, par-dessus les trophées, s'étendent des bannières pendantes , rangées comme les drapeaux des Invalides , et qui portent les noms des chevaliers, inscrits sous leurs armoiries. Parmi les noms que j'ai lus en courant se trouvait celui de sa Grâce le duc de Wellington, qui, après les deux campagnes de Portugal , n'était déjà plus sir Arthur Wellesley, mais qui, avant les campagnes des Pyrénées et de la Belgique, n'était encore que Earl of Wellington.
Je ne ferai pas la revue méthodique des dix ou douze chapelles qui resteraient encore à nommer : celle de Henri V, de Saint-Paul, de Saint-Benoît, de Saint-Edmond, de Saint-Erasme, etc. Il vaut mieux, j'imagine, indiquer brièvement les principaux tombeaux que renferme Fabbaye, non suivant la place qu'ils y occupent , mais suivant celle qu'occupèrent dans le monde les morts illustres dont ils couvrent la cendre.
Pour achever d'abord la liste des souverains, nous citerons, après ceux dont les noms précèdent, la grande Elisabeth, portant encore sur sa figure de marbre, dans ses yeux ronds et son nez crochu, l'air sec, impérieux, altier, qui convenait à son caractère ; Marie Stnart, plus belle, plus tendre et plus faible; Edouard V et son frère Richard, tous deux assassinés; Charles II le restauré , non loin duquel est son restaurateur, le général Monck ; Guillaume III, qu'appela