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au trône la révolution glorieuse, et qui sut fonder sa dynastie sur les vrais intérêts du pays ; sa femme Marie; la reine Anne ; et enfin George II, qui avait lui-même préparé son sépulcre dans les caveaux de la chapelle de Henri VII. Plusieurs de ces souverains et quelques autres personnages, tels qu'Elisabeth, la reine Marie, la reine Anne, une duchesse de Buckingham, une duchesse de Richmond, Charles II, Chatham , Nelson, sont représentés une seconde fois, en cire, avec les habits de leur temps ; et bien que ces poupées , dressées dans des armoires comme les figures d'un cabinet de curiosité, paraissent au peu bouffonnes en un tel heu , on y retrouve avec intérêt la parfaite ressemblance des traits et Texactilude des costumes.
Westminster n'est pas seulement le Saint-Denis de r Angleterre, il en est encore le Panthéon ; tous les hommes qui ont rendu de grands services à ce pays, ou qui l'ont illustré par leurs travaux, y partagent les honneurs et Tempire de la célébrité avec ceux qu'a jetés sur le trône le hasard de la naissance. Les homaies de guerre n'y sont pas en grand nombre. On cherche vainement le prince Noir, Talbot , Marlborough ; Nelson, plus funeste encore à la France , est à Saint-Paul, presque seul. Westiiiinster compte moins de grands généraux de terre et de mer que de simples officiers morts en combattant. A côté de Tamiral Cornwallis et de son monument fastueux , où l'on voit, au pied d'une pyramide ombragée de palmiers, d'élégantes marines en bas-relief, sont le gégénéral Wolf, lord Ligonier, le major André, de simples capitaines. Un étranger se trouve parmi eux : c'est le général corse Pasquale PaoH, celui dont le nom excitait l'enthousiasme de Napoléon enfant, et
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auquel les Anglais ont donné l'hospitalité jusque dans leur temple.
Les hommes d'État sont plus nombreux , là, comme dans rhistoire d'Angleterre. Je ne citerai pas plusieurs anciens chanceliers des Tudor et des Sluarts ; mais, à noire époque contemporaine, lord Stanhope, lord Mansfield, dont le magnifique mausolée fut érigé, en 1801, par Flaxman, ce grand dessinateur de Dante et d'Homère ; le comte de Chatham, père de Pitt ; les deux illustres rivaux, William Pitt, ennemi acharné de la France, de sa révolution, de ses principes, et Charles Fox, qui ne put faire prévaloir une politique plus sage, plus humaine, plus utile aux deux pays; Forateur Grattan ; enfin, Georges Canning, héritier de Fox et vainqueur des torys.
Au milieu de cette foule de monuments funéraires et de noms peu connus au delà du détroit, on rencontre quelques célébrités européennes devant lesquelles réiranger s'arrête avec plus de respect. Tels sont Camden, le savant antiquaire ; GottfriedKneller, qui fut peintre sous cinq rois , de Charles II à George P^, et qui a rempli de portraits historiques tous les châteaux de la Grande-Bretagne (1) ; l'ingénieur Telforcî ; le chimiste Ilumphry Davy, à qui l'industrie et Fhuraanité sont aussi redevables que la science ; James Watt, qui n'inventa pas la vapeur, il est vrai, mais qui en inventa l'application et Tusage ; Wilberforce, homme excellent, vrai philanthrope, que l'on n'aurait pas dû séparer de Howard, déposé à Saint-Paul ; enfin, le grand Isaac Newton, qui devrait avoir son tombeau, comme Dieu son sanctuaire, non
(\) Les peiutres plas récents, tels que Joshua Reynolds, Benjamin W^est, Thomas Lawrence, sont dans les caveaux de Saint-Paul.
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dans un édifice, non dans une contrée, mais dans Tunivers, dont il a reconnu et posé les lois. En examinant sa statue, fort bien exécutée par un sculpteur dont je n'ai pu découvrir le nom, Ton est frappé de sa ressemblance avec un autre homme aux grandes vues et aux grandes œuvres, Michel-Ange. La figure de Newton est plus belle sans doute, car il n'eut pas, comme Michel- Ange, le nez brisé dans sa jeunesse par un rival colérique ; elle est aussi plus douce, plus réfléchie ; mais pourtant, je le répète, la ressemblance est frappante dans la charpente générale de la tête, dans les lignes du visage, dans les traits, dans la physionomie. On a inscrit, sous la stalue de Newton, ces paroles belles et justes : Sibi gratulentur mortales taie tantumque exstitisse ; et plus bas : Humani generis decus.
De toutes les parties de l'église, celle que j'ai visitée avec le plus de soin, de recueillement et d'amour, c'est l'extrémité méridionale qu'on appelle le coin des Poètes [Poefs corner). Devant les effigies des rois et des politiques, on n'éprouve qu'une curiosité froide ; mais au milieu de cette académie funéraire et silencieuse, parmi ces hommes dont le souvenir est toujours vivant, dont on peut même évoquer la présence, et qui parlent encore dans leurs ouvrages, le cœur s'échauffe ainsi que la pensée, et l'on se croit en présence de leur assemblée imposante, on se croit sous le regard de ces maîtres incontestés, qu'on admire, qu'on révère, et qu'on aime. Là sont réunis, groupés, pressés dans un étroit espace, presque tous les écrivains qui ont illustré la riche et puissante littérature anglaise, et que nous connaissons au moins par les travaux de nos traducteurs et de nos critiques : le vieux Ben Johnson, Chaucer, appelé VEnnius
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anglais, Spencer, William Shakspeare John Milton, Thomas Gray, Prior, Butler, W. Congrève, Mason, Gay, Wyatt, Isaac Casaubon, Dryden, Pope, Addison, Olivier Goldsmith, Rowe, Thompson, Shéridan. On regrette Fabsenee de Swift, de Fielding, de Sterne, de Hume, de Richardson ; mais , parmi les plus grands, il ne manque guère que quatre hommes, deux des temps passés, deux des temps modernes : d'une part, Roger Bacon, le savant moine, et François Bacon, le grand chancelier; d'autre part, Byron et Walter Scott.
L'auteur immortel du Paradis Perdu n'a pas une place digne de lui : un petit tombeau tout près de la porte, pressé entre d'autres tombeaux, est trop mesquin pour un si grand nom. Est-ce que le souvenir du pamphlétaire républicain aurait nui au poète religieux ? Shakspeare est plus dignement traité. Son mausolée, œuvre distinguée de Sheemakers, représente sa statue entière, sur un piédestal orné d'attributs et d'allégories. Il y a, dans cette statue, de la noblesse naturelle sans roideur théâtrale ; mais le visage me semble trop rond et trop épanoui. On voudrait au grand poëte dramatique cette figure longue, austère, méditative, que lui donnent ses portraits gravés. Aux pieds de Shakspeare, sous une simple dalle de marbre noir, repose Shéridan, qui pouvait avoir sa statue parmi les hommes d'État, et qui a mieux aimé rester parmi les poètes; puis, en face, un homme qui écrivit peu, mais qui fut comédien comme Shakspeare, et sans doute plus grand comédien, David Garrick. Sa présence là pourrait prouver la tolérance des anglicans, au moins pour le théâtre, tolérance si déoieotise sur tout autre point ; mais le chœur seul de Tancienne Église catholique est consacré au culte , le reste n'est qu'un édifice profane.
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Nous avons vu, parmi les hommes de guerre, un général étranger, le Corse Paoli, et, parmi les savants, le Suisse Casaubon. Nous trouvons aussi, dans le coin des poètes, un autre étranger, grand poëte, en effet, quoiqu'il n'ait écrit ni en anglais ni en aucune langue parlée, le Saxon Georges-Frédéric Handel. On sait que, né le 23 février 4684 (suivant rinsçription de son tombeau) à Halle, dans les environs de Magdebourg, Handel est mort à Londres le 44 avril 1759. Il était dès longtemps fixé dans cette ville, où il composa, avant la cécité qui affligea sa vieillesse, la plupart des œuvres considérables qu'il a laissées, à savoir quarante-cinq opéras , vingt-six oratorios, un. Te Deum, des antiennes, des motets, des cantates, des sonates d'instruments, dont le recueil forme environ quatre-vingts volumes. Reconnaissants envers ce grand homme, que beaucoup d'entre eux croient très-naïvement leur compatriote, les Anglais ont toujours conservé le culte de sa musique. Maintenant encore une espèce de corporation, composée presque en entier d^amateurs enthousiastes [Sacred Music Society)^ exécute les grandes œuvres de Handel, et celles de Handel seul, dans la vaste salle à'Exeter- Hall, avec des chœurs de trois cents voix et un orchestre de deux cents instruments. Il faut avoir entendu là quelque oratorio comme the Messiah, Judas Macchahœus, Sampson, Israël in Egypt, pour se faire une idée de ce compositeur prodigieux, immense, qui mérite d'être appelé le Michel -Ange de la musique ; car il manie aussi des masses, des foules de peuples, pareilles à celles du Jugement dernier. Je croirais volontiers que, par une sorte de réaction telle que l'esprit de contradiction en fait souvent naître même dans les choses d'art, le grand et légitime ea-
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gouement des Anglais pour Handel lui a nui quelque peu dans Topinion des autres peuples. Mais tout homme impartial qui lira ses œuvres avec un peu de connaissance et de goût reconnaîtra, que, placé dans l'ordre des maîtres entre Marcello, mort avant lui, et Mozart, néavant qu'il mourût, Handel a opéré en musiqueTheureuse fusion des styles de l'Église et du théâtre, et que, hormis les rhythmes, qui sont la création la plus personnelle du compositeur, il a transmis à ses successeurs la science complète, mélodie et harmonie, à laquelle on n'a rien ajouté d'important depuis ses ouvrages, où tous, même les plus grands, ont puisé à pleines mains. L'œuvre de Handel est une encyclopédie de la musique.
Son monument, élevé par le sculpteur Roubiliac, est plus bizarre et plus théâtral que vraiment beau. Dans une espèce de niche ou de cabinet en marbre, on voit Handel composant, debout devant une table où sont épars des cahiers de musique et des instruments, entre autres un cor, sans doute pour indiquer qu'il introduisit le premier, dans son orchestre, les instruments de cuivre connus de son temps. Le plus grand reproche que j'adresserais au sculpteur, c'est d'avoir trop déprimé le front , trop écrasé la vaste tête de son modèle ; et j'en aurais le droit, non-seulement en vertu de la science phrénologique, suspecte à bien des gens, mais pour avoir vu un portrait de Handel jeune, où se découvrent clairement toute la vivacité de son humeur un peu fantasque, toute Ténergie de son caractère opiniâtre, tout le feu de son génie créateur et fécond.
S'il fallait maintenant, laissant à part la célébrité plus ou moins grande des personnages admis à Westminster, m'occuper uniquement du mérite des mau-
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solées comme objets d'art, j'aurais peu de chose à dire. Il y a plus d'étendue dans certains monuments que de vraie grandeur, plus de bizarrerie dans d'autres que de variété. Les meilleurs sont les plus simples, des statues ou des bustes. Je ne crois pas qu'aucun d'eux puisse être comparé aux tombeaux des Médicis à Florence, de Paul III ou de Rezzonico à Rome, de ïurenne à Paris, du maréchal de Saxe à Strasbourg. £)'ailleurs, j'ai déjà nommé les principaux ; parmi les anciens, celui de Henri VII, par Torrigiani ; parmi les modernes, ceux de lord Mansfield, par Flaxman, de lord Cornwallis, de Newton, de Shakspeare, par Sheemakers, et la statue de Watt, par Chantrey, dont la ressemblance est, dit-on, parfaite. Il y a pourtant deux autres tombeaux, et tous deux de femmes, que je dois mentionner, au moins pour la célébrité dont ils jouissent. L'un, celui d'ÉUsabeth Warren, exécuté par Weslmacott, est une statue de jeune fdle à demi nue, et presque accroupie comme la Madeleine de Canova. Cette figure m'a paru bien étudiée , bien rendue ; mais je suis convaincu que ce qu'on y admire le plus, c'est l'imitation en marbre d'une chemise en grosse toile, de laquelle on compterait les fils, puérilité qui rappelle le Christ sous le Suaire et le Péché dans le Filet, de la chapelle délia Pietra de Sangri, à Naples. Quant à l'autre tombeau, je n'ai pu savoir ni le nom du sculpteur qui l'a fait, ni celui de la personne à laquelle il est consacré ; car les ciceroni de Westminster, peu complaisants, quoique grassement payés et par avance, font passer les tombeaux devant les yeux d'un étranger comme le médecin de Sancho Pança faisait passer les plats sur la table du gouverneur. Tout ce que j'ai pu comprendre, c'est qu'il s'agit d'une dame qui, longtemps en-
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fermée dans un cachot, mourut en revoyant le jour, lorsque son mari venait de la délivrer. Cette scène est représentée sur la partie élevée du monument. Audessous, la Mort décharnée, franchissant la porte entr'ouverte de la prison, se retourne, et touche du bout de sa faux la prisonnière expirante. Comme on voit, c'est une composition étrange, théâtrale, prétentieuse. Mais il faut convenir qu'elle offre de belles parties d'exécution. Le squelette de la Mort, entre autres, est vigoureusement rendu dans ses détails et dans son mouvement. A l'heure où les ténèbres commencent à descendre des vastes nefs, il doit former une effrayante apparition.
A côté de régUse proprement dite, religieusement conservée dans son intégrité, sont encore quelques beaux débris du Monastère de VOuest ( West-Minster). On nelrouve plus, il est vrai, ni Fancien sanctuaire, lieu d'asile inviolable, où plusieurs rois ont cherché un refuge, ni la vieille auraônerie, restée célèbre parce qu'en \ 474 William Caxton y établit les premières presses connues en Angleterre, et y imprima son livre A\yJeu des Échecs, Mais, en sortant de l'église par les bas-côtés du sud, deux portes donnent accès dans les cloîtres qui subsistent encore en leur entier. Suivant l'usage, c'est un grand carré, formé de quatre longues avenues recouvertes par des arcades. Leur pavé et leurs parois latérales sont presque uniquement composés de pierres tumulaires qui couvrent, ' si je puis accoupler ces deux mots, plusieurs générations de moines. On retrouve aussi quelques-uns des anciens caveaux , aux murailles de dix-huit pieds d'épaisseur, dont les voûtes massives, qui ont caché sans doute bien des mystères hideux, portaient les vastes dépendances du chapitre. La grande salle, à
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laquelle on arrive par un riche portique gothique, et qui fut construite en 1220, présente une iforme ingénieuse et singulière. C'était un octogone parfait, au centre duquel s'élevait un unique pilier, solide, orné, majestueux, sur lequel venaient aboutir en s'amincissant les huit voûtes en ogive qui partaient des murailles. Cette salle, dont il est difficile à présent de bien saisir Tensemble, a été transformée en galeries où sont déposées les archives de la couronne. C'est dans ces archives, curieuses à plus d'un titre, que Ton conserve le grand cadastre d'Angleterre , dressé sous Guillaume le Conquérant, immédiatement après le partage des terres entre ses barons. On l'appelle the Doom's day book, mot à mot, le Livre du Jour du Jugement (Liber diei magni Judicii), nom qui lui fut donné par les Saxons, parce qu'il contenait, dit M. Augustin Thierry, leur sentence d'expropriation irrévocable. Ce sont, m'a-t-on dit, deux gros volumes, in-4°, bien entiers et fort lisibles encore, quoique écrits depuis bientôt huit siècles. Celte ancienne salle du chapitre, aujourd'hui défigurée par sa nouvelle destination, reçut en 1377, avec la permission de Tabbé, la Chambre des communes, qui l'occupa près d'un siècle, jusqu'au règne de Henri IV, lorsqu'elle transporta le lieu de ses séances à la chapelle Sainl-Étienne, où elle est restée sans interruption jusqu'à l'incendie du ^6 octobre 1834.
Si quelque chose est plus antipathique et plus insupportable que le faste des vivants, c'est le faste des morts. Rien ne me parait plus ridicule et plus choquant qu'une pompeuse sépulture. La pyramide de Giseh n'a pas rendu plus grand le Pharaon inconnu dont elle couvre les cendres, et je ne crois pas que la reine Artémise ait montré plus de vraie douleur et de
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regrets sincères pour avoir élevé, aux frais des Cariens, le fameux monument de son époux Mausole. Mais s'il est permis, s'il est utile et noble d'entourer les morts d'éclat et de grandeur, c'est assurément lorsqu'une nation choisit ses hommes d'élile, les réunit dans un temple, consacre leur mémoire par des inscriptions et des statues, en fait ses dieux domestiques; lorsqu'elle les présente avec orgueil aux nations étrangères, et excite chez les générations nouvelles la louable émulation d'en augmenter le nombre. Voilà ce qui doit faire absoudre Westminster aux yeux des plus rigides ; voilà ce qui peut faire désirer que Ton élève aussi parmi nous le Panthéon de la France.