‹ Les musées d'EuropeChapitre 10 sur 26 · BOTTICELLI : CORE, DATHAN ET ABIRON · texte numérisé non relu

BOTTICELLI : CORE, DATHAN ET ABIRON

C'est le chapitre XVI des Nombres que Botticelli a illustré par la cinquième fresque de la Chapelle Sixtine, qui réunit les deux récits de rébellion de Coré, d'une part, de Dathan et Abiron, d'autre part : « Oorah. fils d'Icear, fils de Qeâth, fils de Lévi, avec des Reôubénites, Dathan et Abiron, fils d'Eliab, et Ou bèn-Déleth, se dressa contre Mosché... » Ils reprochent à Moïse de s'élever audessus des autres conducteurs de la communauté, et celui-ci les convoque en les défiant pour offrir leur encens à Jéhovah, (jui prononcera entre eux... «Alors. lahvé s'adressa en ces termes à Mosché el à Aaron : « -- Séparez-vous de cette assemblée, que « je la dévore en un clin d'œil... » Mosché donc se leva, et, suivi des zeqénim anciens] d'Israël, s<i rendit vers Dathan et Abiron : Eloignez-vous, cria-t-il à la réunion, des lentes de ces hommes pervers, el ue bouchez à rien qui leur appartienne, de peur

BOTTICKI.I.I.

Photo I

Fragment de Coré, Dathan et Abiron.

« d'être emportés en tous leurs péchés. » Aussitôt tous s'écartèrent de l'habitation de Oorah, de Dathan et d'Abiron, pendant que Dathan et Abiron sortis avec leurs femmes, leurs enfants et leurs petits-enfants, se tenaient à la porte de leurs tentes. « — A ceci, « s'écria Mosché, vous allez connaître qu'Iahvé m'a envoyé pour « accomplir ces œuvres, et que je n'obéis pas à mon propre cœur... « Si le sol dilate sa gueule pour les engloutir, eux et tout ce qui es\ « à eux, et qu'ils descendent vivants au Scheôl, alors vous saurez « que ces hommes ont méprisé Iahvé. » A peine avait-il achevé de parler, que la terre se fendit sous leurs pieds, el . ouvranl sa gueule, les dévora avec toute leur famille, -ivre l<>ni homme appartenant à Oorah et avec !<>ul sou avoir. Eux <•! toul ce

qui était à eux descendirent donc vivants au Scheôl ; la terre l»s couvrit. Ainsi furent-ils exterminés du milieu de rassemblée Tout Israël, dans les environs, s'enfuit à leurs cris, car ils disaient : « — Que le sol ne nous engloutisse point ! » Un feu allumé par Ialivé jaillit et dévora les deux cent cinquante hommes qui offraient l'encens. » (Nombres, XVI.)

Botticelli a mis en scène, nettement, comme en trois actes d'une tragédie, avec le même décor, cette dramatique rébellion contre Moïse. Le fond, sous un ciel clair à l'horizon, qui s'assombrit de nuages, représente la mer, un golfe bordé de collines. Une maison est à gauche, avec une église, et des navires, à l'ancre. Un palais ruiné, dont il ne reste que la colonnade du rez-de-chaussée el quelques ouvertures de fenêtres à la muraille presque écroulée du premier étage, est à droite. Entre la maison et le palais, s'élève l'arc de Constantin, en tout semblable à celui que l'on voit toujours à Rome, entre le Forum et le Golisée. Il est admirablement reproduit, avec ses arêtes vives, ses pierres disjointes, mais bien en place, son inscription, ses statues, ses colonnes, ses chapiteaux, sa frise, ses anges volants, ses médaillons frappés comme des médailles, ses trois ouvertures. On désigne Filippino Lippi comme le metteur en place de l'arc, de la maison et du palais de cette fresque de Botticelli. Il y a de lui, à Florence, un dessin, désigné à tort du nom de Botticelli, qui autorise cette version, laquelle se rattache à l'hypothèse de collaborations et d'échanges entre les artistes de cette œuvre commune. Ce qui n'est pas contesté à Botticelli, c'est la distribution et l'exécution de son sujet. Le groupe de droite, où Moïse adjure les Hébreux de se séparer des rebelles, est compact et violent. Moïse, les mains levées, veut convaincre ceux qui l'entourent, visiblemenl divisés de sentiments; un jeune homme se jette entre Moïse el ses agresseurs, retieul le bras de l'un de

ceux qui allaient lancer une pierre ; un vieillard à visage rageur arrive, serrant une pierre dans sa main colère; une main se lève, armée aussi, qu'une autre main retient. « Malheureux ! qu'allez vous faire ?» semble dire Moïse à ces furieux. Des spectateurs regardent, parmi lesquels on a relevé le portrait du cardinal Borgia, futur Alexandre VI, du cardinal Sansoni Riario, et du peintre lui-même, en noir et or.

Au milieu, devant l'Arc de Constantin, autour de l'autel, la grave figure d'Aaron, coiffé de la mitre, balance l'encensoir pendant que Moïse, autoritaire et terrible cette fois, frappe les conjurés de sa baguette magique. Les uns se renversent en arrière, effrayés et gesticulants, un autre est à terre, un cinquième pleure. Le dernier épisode, c'est la chute dans le sol dont les dalles de marbre se fendent, des rebelles vaincus, sous les yeux des diacres effrayés et la main levée de Moïse inexorable.

Botticelli. Fragment de ('.arc. Dathan et Abiron. (Trie de Moïse. )

LUC \ SlGNORELLI.

Photo I linari.

I'raqmcnt de la Mort île Moïse.

LUCA SlGNORELLI : EPISODES DE LA MORT DE MOÏSE.

La dernière des fresques consacrées à Moïse, la sixième, conçue et exécutée par Luca Signorelli avec la collaboration possible de llnrtolommeo délia Gatta, représente les derniers jours et la mort du législateur des Hébreux. Moïse a transcrit et lu tous les chapitres de la Loi au peuple assemblé, lui a donné ses instructions de gouvernement et de guerre, de religion et d'hygiène : « Mosché s'en alla tenir ces propos à tout Israël : « Me voici maintenant âgé de cent vingt ans ; ne puis ni sortir ni entrer. Iahvé m'a dit : -Tu ne passeras point cet Iardèn ( Jourdain). «C'est Iahvé, votre Elohim, qui le franchira à voir*; tète et vous exterminera ces nations dont vous posséderez I*' pays. lehoschoua (Josué), voilà celui qui. comme l'a déeidé Iahvé, sera votre guide...» Appelani [ehoschoua, il lui dit, en présence de tout Israël: « --Delà force el du courage! Car lu vas pénétrer avec ce peuple-ci dans le

« pays dont j'ai « promis avec ser- « ment la possess i o n à 1 e u r s « pères... »(Deuté-

RONOME, XXXI).

Puis, c'est la mort de Moïse, après qu'il a chanté le cantique d'actions de grâces et prononcé sa bénédiction aux tribus :

« Des plaines de Moab, Mosché gravit le mont Nébo, sommet

du Pisga, qui est à l'orient d'Ierého. Là, Iahvé lui fit voir tout le pays, de Guileâd jusqu'à Dan, tout Naphtali et la terre d'Ephraiin et Menassché, et toute la terre d'Iehouda. jusqu'à la Mer occidentale, le Nédjeb et le Kikkar ; de la plaine d'Ierého, ville des palmiers, jusqu'à Coâr. Il le lui fit voir et lui dit : « Voici le « pays pour lequel j'ai fait ce serment à Abraham, à Içehaq et à « Iaâqob : « — Je le donnerai à votre postérité » ; je découvre cette « terre à tes yeux, mais tu n'y entreras pas. » Là mourut Mosché. serviteur d'Iahvé, dans le pays de Moab, sur l'ordre d'Iahvé. Celui-ci l'ensevelit dans la vallée, au pays de Moab, en face de Beth-Peôr, et nul jusqu'aujourd'hui n'a connu son tombeau. (Deutéronome, XXXIV.)

Ce texte des derniers jours et de la mort de Moïse a été traité

LUCA SlGNORELI.I.

Photo Alinari.

Fragment des Episodes de la mort de Mois/.

par Luca Signorelli avec une puissance et une mélancolie qui atteignent à la hauteur du sujet. Il ne peut pas y avoir de plus beau thème, plus poignant, d'un désenchantement plus grandiose, et en même temps d'une plus haute conscience, que le spectacle d'un homme qui a peiné, lutté, souffert, qui a eu pour adversaires la nature, les hommes, l'Éternel lui-même, et qui disparaît au moment où il pourrait recueillir le fruit de ses efforts. C'est le cas de Moïse, cl c'est le cas de tous ceux qui se sont donnés à la cause humaine : ils n'entreront pas dans la Terre Promise, non pas parce qu'ils ont douté de Iahvé parmi les sables stériles du désert de Gin, mais parce qu'on ne fait jamais qu'une partie de la tâche rêvée et adorée, et parce que le jeune Josué est toujours là, impatient de recueillir le bâton du commandement. De même, Fortinbras entre avec ses trompettes quand l'agonie d'Hamlet termine sa songerie qu'hallucine l'action. C'est le sort de tous. Politiques, philosophes, savants, artistes, acceptez de marcher devant vous et d'apercevoir seulement la Terre Promise !

Lucas Signorelli fut un grand artiste, et sa pensée dut être réfléchie et ardente, pour avoir donné une forme si définitive à la conclusion de la vie de Moïse. Le vieux législateur assis sur un trône élevé, lisant ses dernières instructions aux tribus d'Israël, a la beauté sereine du sage qui réfléchit à sa fin et qui sait que ses jours sont comptés. Tel fut Socrate, et tout près de nous, Tolstoï, dont la ressemblance avec ce Moïse fut frappante. Et quelles autres images touchantes de Moïse, celle qui le représente, le bâton à la main, tâtonnant parmi les sentiers de la montagne, ..•Ile où il apparaît si vieilli, si triste, soutenu par l'ange magni- Pique aux ailes déployées, l'espril d'Elohim qui montre à son serviteur mourant le beau fleuve courant en méandres entre les collines, ;'i l'ombre des rochers et des arbres. Il n'y a plus qu'à mourir, el c'est la mort de Moïse étendu sur son suaire, parmi

ses ensevelisseurs prosternés et éplorés, que l'on aperçoit, à gauche de la montagne, sous un ciel lumineux.

On ne sait pourquoi des écrivains, érudits el connaisseurs, oui cru discerner que le groupe des femmes et des enfants réunis autour de Moïse lisant, pouvait être dû à I3artolomm<-n délia Gatta : ces figures de femmes ont, au contraire, la beauté réfléchit et âpre des créatures de Signorelli, leurs visages sont pensifs et tristes, leurs yeux sont avides de vie, et le visage de la plus âgée est tourné vers Moïse avec une indicible expression d'attendrissement et de regret. Avec quelle ardeur aussi elles portent leurs enfants, dans leurs bras, sur leurs épaules ! L'un de ces enfants tette avidement, un autre rit à cheval sur le col de sa mère, statue svelte et vivante, et un autre, renversé à demi, abandonné aux mains qui le soutiennent, est une des plus belles images de l'enfance évoquées par la peinture : aucun enfant Jésus n'aura visage plus innocent et conscient, radieusement endormi sur le cœur vigilant qui veille sur lui.

Luca Signorelli et Bartoi-ommeo

della Gatta.

Fragment des Episodes di la Mort de Moïse.

Il PÉBUGIN.

La Prédication de Sain! Jean-Baptiste <i le Baptême <la Christ.

LE PK RUGI N

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