‹ Les musées d'EuropeChapitre 12 sur 26 · BOTTICELLI · texte numérisé non relu

BOTTICELLI

Photo Alinari.

La Purification /lu Lépreux. — La Tentation de Jésus-Christ.

X. — BOTTICELLI : LA PURIFICATION DU LEPREUX. — LA TENTATION DE JESUS-CHRIST.

Cette huitième fresque, peinte par Botticelli, a pour thème deux sujets : la Purification du Lépreux et la Tentation de Jésus-Christ. C'est à l'Ancien Testament qu'il faut demander le programme suivi par l'artiste : il est à l'Hexateuque, dans la partie du Lévitique qui traite des Lois de pureté. Il y est dit que le Lépreux, pour être purifié, devra être amené au prêtre, qui l'examinera : « ...S'il est guéri de la lèpre il fie prêtre) fera prendre pour le purifier deux oiseaux purs, tout vivants, du bois de cèdre, deux cordons de cramoisi, <•! de l'ézob (hyzope). Sur l'ordre du prêtre, on égorgera l'un des oiseaux au-dessus d'un vase de terre plein d'eau vive. S'emparanl de l'oiseau vivant, du bois de cèdre, des deux cordons <!<• cramoisi, de l'ézob, I*' cohène (prêtre) trempera le loul dans le sang de l'oiseau égorgé au-dessus des eaux vives. Il fera sept fois

BoTTICKLLI.

llinari.

Figures de la Purification du Lépreux.

l';ispersion sur l'homme à purifier de la lèpre, et dès que celui-ci sna pur. le prêtre lâchera dans la campagne l'oiseau vivant. » (Lé-

VITIQUE, XIV.)

On voit, sur la fresque de Botticelli, les apprêts et les phases de cette purification. Devant le feu qui flambe, auprès du grandprêtre, coiffé du haut bonnet, vêtu de la robe somptueuse, se tient le lépreux, sorte de jeune page à longs cheveux, habillé d'une courte tunique et d'un haut-de-chausse, le col entouré d'un collier à double rang; de la main il montre la plaie de sa jambe. V droite, vient une femme portant un fagot sur la tête. Devant elle marche un petit enfant chargé de raisins, qui fait un geste d'effroi causé par un reptile enlacé à sa jambe nue. A gauche, plus au fond,

hâte une femme portant aussi sur sa tête un panier où se voient les deux oiseaux du sacrifice, celui qui sera égorgé et celui qui sera mis en liberté. La dernière phase de la purification, pour le premier jour, est représentée par le jeune lévite en surplis blanc qui apporte le bassin rempli du sang de l'oiseau où le grandprêtre trempera l'hysope.

De nombreux groupes sont disposés autour des personnages principaux : des hommes parmi lesquels on croit reconnaître Girolamo Riario, grand gonfalonier de l'Église, tenant son bâton de commandement ; le cardinal Juliano délia Rovere (futur Jules II) ; Filippino Lippi (qui fut probablement le collaborateur de Botticelli pour cette fresque) ; Botticelli lui-même ; puis, combien d'autres, regardant, donnant leur avis, discutant, tels les trois jeunes hommes groupés au banc de gauche; tous visages vivants, réfléchis, respira ni l'intelligence et la réflexion ; enfin, les femm«-> >ignifir.ativ<'s de l;i vision et de la poésie de Botticelli,

Botticelli.

Photo Alinari.

Figures <lc lu Purification du Lépreux.

regards bleus et purs, cheveux blonds enroulés en nattes et retombant en mèches, physionomies naïves et mélancoliques.

Cette scène de la Purification du Lépreux se double d'une autre scène, parmi les escarpements d'un paysage de rocs, de collines, de golfes, de villes, de clochers, de monuments.

C'est la Tentation de Jésus-Christ, que Botticelli a exactement interprétée d'après les Evangiles qui disent textuellement pour le premier épisode : « Alors, Jésus fut emmené par l'esprit dans le désert, pour y être tenté du diable, et quand il eut jeûné pendant quarante jours et quarante nuits, finalement il eut faim. S'approchant, le tentateur lui dit : « — Si tu es fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent « pains. » Mais il répondit : « — Tl est écrit : L'homme ne vivra pas de « seul pain, mais de toute parole sortant de la bouche de Dieu. (Evangiles. Matthieu, IV.) Le peintre a placé cette première scène

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Botticelli.

Jésus-Christ descendant de la montagne.

à l'extrémité gauche de la fresque, dans un bois touffu, et l'on ne saurait trop admirer le colloque de Jésus et de Satan, le premier drapé de sa robe et de son manteau, le second, vêtu en moine, longue robe, longue cape et capuchon, un chapelet en main, mais les ailes à griffes visibles à ses épaules. Il montre le tas de pierres d'un geste et d'un visage de bonhomme à Jésus, qui lui répond avec sagesse et prudence, se refusant au miracle d'un air doucement railleur. Au-dessous, le Christ descend les gradins de la montagne, environné de trois anges aux ailes déployées, et les quatre personnages forment un beau groupe mouvementé et frémissant.

Le deuxième épisode, le plus vif de la Tentation, est placé sur le faîte d'un édifice, lequel est ici l'hôpital de San Spirito, bâti par Sixte IV, joli monument italien, où jouent les marbres disposés en mosaïque, rez-de-chaussée aux ouvertures cintrées, pilastres plats, corniche et fronton où s'enroulent les ornements d'une frise, premier étage aux fenêtres trilobées, surmonté d'un fronton triangulaire où s'inscrit une magnifique rosace, et d'un socle où se tiennent en équilibre, comme au sommet d'une colonne, Jésus et Satan. Botticelli, ici encore, a strictement interprété le document évangélique : « Lors le diable le transporte vers la ville sainte et le pose sur le faîte du temple, en lui disant : « — Si « tu es fils de Dieu, jette-toi en bas, car il est écrit qu'à ton

endroit il donnera charge à ses anges, et ils te porteront en leurs " mains, de peur que tu ne heurtes ton pied à quelque pierre. » Jésus se refuse encore à cette offre insidieuse que lui fait ce démon déguisé en moine, mais que trahit toujours son aile griffue, el ils donnenl tous deux, au sommet du temple, l'idée du dialogue habile el hautain inscril aux Evangiles. Enfin, troisième : te, à droite, celle de la haute montagne d'où Satan découvre .1 Jésus « tous les royaumes du monde el leur gloire : « Je te donnerai,

«dit-il, tout cela, si, tombant à terre, tu me fais le prostei «nement, -- Arrière, Satan !...» Alors, le diable le laissa, et l< s anges -'approchèrent, le servant. » Botticelli a représenté cette fois le Diable sous sa forint' traditionnelle de bel archange déchu, bombanl du haut de la montagne d'où jaillil un jet de soufre, flamme et fumée, sous le geste menaçant de Jésus. Et il a littéralement montré celui-ci «servi» par les anges, qui apportent la table, étendent la nappe, mettent le couvert. C'esl tout à fait délicieux d'intimité et d'esprit.

Botticelli.

p Figure de la Purification du Lépreux.

CiHIRLANDAJO.

Photo Alinar Vocation de Saint Pierre el de Saint André.

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