GHTRLANDAJO ! VOCATION DE SAINT PIERRE ET DE SAINT ANDRE
La neuvième fresque, la Vocation de Saint Pierre et de Saint André, a été peinte par le maître florentin de Santa Maria Novella et de Santa Trinita, Domenico di Tommaso Bigordi, dit le Ghirlandajo. Le sujet principal est, comme pour les autres fresques, fragmenté ou complété par un sujet accessoire. Tout ici a pour objet la formation de la troupe des disciples : « Et comme il cheminait près de la mer de Galilée, il vit deux frères, Simon le surnommé Pierre, et son frère André, qui jetaient en la mer une grande nasse, car ils étaient pêcheurs. « — Venez à ma suite, «leur dit-il, et je vous ferai pêcheurs d'hommes.» Eux, aussitôt, laissant leurs filets, le suivirent. De là, s'en étant allé plus loin, il aperçut deux autres frères, Jacques, iils de Zébédée, et Jean,
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son frère, en une barque avec Zébédée leur père, occupés à remettre en état leurs filets ; et il les appela. Eux, aussitôt, laissant leur barque et leur père, le suivirent.»
( Evangiles.
Matthieu, IV).
Le paysage, de collines basses et de rochers qui enserrent une ville fortifiée, de montagnes nettement découpées entre lesquelles sont aussi des villes, des fortifications, des citadelles, des clochers, ce paysage est largement ouvert par un lac lumineux perdu à l'horizon où se voient et se devinent encore des montagnes. C'est le décor choisi pour Ghirlandajo pour représenter le lac de Tibériade. Les vagues pressées viennent presque mourir au cadre de la fresque, laissant seulement la place nécessaire sur le rivage pour les principaux personnages : le Christ, beau et robuste jeune homme en lequel on a juslein.nl vu l'influence de Masaccio ; derrière lui deux disciples, l'un
llinari.
Ghirlandajo. Vocation de SainlPirrrc et de Saint André (Fragment).
Ghiklandajo.
Photo Alinari.
Vocation de Saint Pierre et de Saint André (Fraqment).
barbu, à tête de prophète, l'autre glabre, à fin visage d'ecclésiastique ; et il a devant lui Pierre et André, agenouillés, l'un les bras croisés, l'autre, les mains jointes. Autour des deux nouveaux apôtres, des spectateurs sont rangés, trois jouvenceaux en avant, tout à fait gracieux en leurs costumes de pages et d'enfants de chœur, et en arrière, des hommes de tout âge, en leurs costumes florentin-, amples robes, petits bonnets, chaperons. C'est en examinant chaque individu de ces groupements que l'on admire par quelle étude attentive de la réalité les artistes tels que Ghirlandajo sont arrivés à la composition e1 au style non pas à un arrangement de convention, où la figure humaine n'est qu'une arabesque plus ou moins réussie, mais à une représentation d'humanité où nul n'esl sacrifié, tout eu servant ;i assurer la forée et la grandeur de
l'ensemble. Chacun, ici, est un portrait : ce jeune à la mine éveillée ; cel autre, si fûté ; cet autre indifférent ; cet homme vieillissant à la bouche circonspecte, aux petits yeux bridés ; ce bonhomme solide, à barbe blanche, le regard sérieux el loyal : cet important aux deux mentons, les joues pleines ; ce profil maigre à l'expression avisée ; et de l'autre côté du Christ, ce vieillard débonnaire, cet énergique qui étend la main, ces beaux jeunes hommes, ces rêveuses jeunes filles. C'est au second plan, vus à travers cette fouie, que prennent place les autres épisodes, Jésus interpellant les pêcheurs qui jettent leurs filets, Jésus hélant la barque de Zébédée. Ceci nous ramène au lac qui crée une fluidité et un rayonnement dans cette œuvre de Ghirlandajo, avec ses eaux qui clapotent, ses barques qui oscillent d'une rive à l'autre, et celles qui sont au repos le long des rives, à l'ombre des tours et parmi les reflets du ciel, coupé de nuages, traversé de grands vols d'oiseaux.
Ghirlandajo. Vocation de Saint Pierre et de Saint André (Fragment).
COSIMO ROSSELLI.
Photo llinari Le Sermon sur la montagne. — La Guérison du Lépreux.
XII. -COSIMO ROSSELLI : LE SERMON SUR LA MONTAGNE. - LA GUÉRISON DU LÉPREUX.
La dixième fresque, de Cosimo Rosselli, met en scène le Sermon
sur la montagne et la Guérison du Lépreux qui vint à Jésus,
lorsqu'il descendit vers la plaine : « A la vue de ces multitudes,
.Jésus monta sur la montagne, et, lui s'étant assis, ses disciples
s'approchèrent de sa personne. Ouvrant la bouche, il les instruisit
en ces termes : « — Heureux les pauvres en esprit, car le royaume
des cieux leur appartient! Heureux les affligés car ils seront con-
solés... Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils
seront rassasiés... Vous savez qu'il a été dit: «Tu aimeras ton ami,
el tu haïras ton ennemi)); mais je vous dis, moi: aimez vos
ennemis, bénissez vos maudisscurs; faites du bien à ceux qui vous
«haïssent, el priez pour ceux qui vous courent sus, et qui
vous persécutent, pour devenir (ils do votre Père, celui des cieux, car il fait lever son soleil sur mauvais et bons, et envoie la pluie aux justes et aux injustes... Ne jugez point, afin de n'être point jugés... Donc, comme vous désirez que les hommes en usent avec vous, usez-en tout à fait de même à leur endroit ; cela est en effet la loi et les prophètes... » Lorsque Jésus eut achevé ces discours, Ic> foules furent émerveillées de sa doctrine... » (Evangiles. Matthieu, VII.
Il fallait un homme de génie pour illustrer ces paroles, el Gosinio Rosselli n'était qu'un habile décorateur. Que l'on songe, en regardant sa fresque, au pot il tableau de Rembrandt, du musée de Berlin, qui n'est que la prédication de Jean-Baptiste, traité à la façon du Sermon sur la montagne, et l'on apercevra la différence entre l'art d'arrangemeni superficiel el l'arl d'émotion
Cosimo Rosselli.
1 Kna
Fragment du Sermon sur la montagne.
profonde. Tout ce que Gosimo Rosselli pouvait faire était de représenter une foule autour du Christ, il l'a fait, et il faut louer l'effort de sérieux et de recueillement qu'il a accompli avec des personnages qu'il n'est pas parvenu à animer autant qu'il l'aurait fallu sous l'influence des paroles extraordinaires que prononçait le Galiléen à la face du vieux monde. Le Christ, tout d'abord, de qui devait émaner ici la force invincible de l'esprit, ne dresse qu'une figure banale sur le monticule qui figure la montagne sacrée.
Il est de même bénin au possible au centre du second épisode : « A la descente de la montagne, de grandes foules l'accompagnèrent. Voici qu'un lépreux se présenta, fit devant lui le prosternement, disant: « — Seigneur, si tu veux, tu me peux purifier.» (Evangiles. Matthieu, VIII.)
C'est à peu près la même assemblée du Sermon sur la montagne qui entoure ici le paisible Jésus et le lépreux nu, au corps couvert de pustules. La louange irait surtout à l'imposant paysage, montagne boisée aux défilés rocheux, surmontée d'une église au campanile carré, ville gardée par des remparts hérissés de tours pointues, rivière brillante entre ses rives de verdure, ciel nuageux traversé d'oiseaux et animé par le vent que souffle une tête d'ange semblable à un Borée au profil bien découpé... Mais Vasari affirme dans sa Vie des Peintres que ce paysage est de Piero di Cosimo. Il reste à Cosimo Rosselli que sa fresque eut, de son temps, le plus grand succès, toujours d'après Vasari : « Cosimo, dit-il, se défiant de la faiblesse de son invention et de son dessin, s'imagina de cacher ces défauts, en couvrant ses tableaux de bleu d'outremer et d'autres couleurs vives, et d'enrichir le tout avec beaucoup d'or ; on n'y rencontrait ni un brin d'herbe, ni un arbre, m une draperie, ni un nuage qui ne fût en pleine lumière. Lorsqu'arriva le jour où les œuvres devaient être regardées, les
siennes furent examinées et devinrent l'objet de La risée des autres artistes qui, loin d'avoir, pour leur rival, de la compassion, le tournèrent en ridicule ; mais au bout de quelque temps, les berneurs furent bernés ; car ce coloris, imaginé par Rosselli, chatoya le regard du pape qui ne s'entendait pas beaucoup à ces affaires, bien qu'il les aimât beaucoup ; aussi lui décerna-t-il le prix ; et il ordonna aux autres peintres de couvrir leurs tableaux du plus beau bleu qu'ils pourraient trouver et de les enrichir d'or, afin qu'ils fussent similaires de ceux de Cosimo et par la richesse et par l'éclat. » Aujourd'hui, la richesse est partie, il reste la pauvreté.
Cosimo Rosselli. Fragment du Sermon
sur la montagne.
Portrait de Cosimo Rossellien béret noir.
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