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XIII — LE PERUGIN : LE CHRIST REMETTANT LES CLEFS A SAINT PIERRE

La onzième fresque, le Christ remettant les clefs à saint Pierre,

du Pérugin, est l'illustration de la scène qui s'est passée dans le

district de Césarée, lorsque Jésus interrogea ses disciples en ces

termes: « -Qu'est-ce que les hommes disent que je suis, moi, le

« Fils de l'homme ? » Ils répondirent : les uns, Jean le baptiseur :

d'autres, Ëliè : d'autres encore, Jérémie, ou un des prophètes. —

Mais vous, ajouta-t-il, qui estimez-vous que je suis ? » Alors, Simon

Pierre répondit ainsi: « -- Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. »

Kl Jésus. rrprriianL, lui dit : « -- Bienheureux es-tu, Simon bar-Jona,

car la chair el l<i sang ne te l'onl pas révélé, mais mon Père qui

esl dans les cieux. Eh 1 >i<*n ! moi, j<- l<- déclare que tu es Pierre ;

el sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et les portes (forces)

d'Enfer ae prévaudront point contre <'ll<\ Je te donnerai en

« core les clefs du

roya u me des « cieux : ce que tu « auras lié sur la « terre sera lié « dans les cieux ; « ce que lu auras « délié sur la terre « sera délié pa- « reillement dans « les cieux. » Sur ce, il ordonna de n'annoncer en aucune façon qu'il était le Christ. »

Kyangiles. Matthieu, XVI.)

Cet épisode, devenu capital dans l'histoire de

l'Église, a été représenté de façon solennelle par le Pérugin. Sa fresque, très différente de toutes les autres, comporte à peine quelques menus fragments de paysage, à peine des indications de monticules et d'arbres qui relient les trois monuments, placés au fond de la place largement dallée où se passe le dialogue entre le Christ et son apôtre Pierre. Tout est à découvert, lumineux, aéré, et la savante ordonnance a su répartir, concentrer l'intérêt sur les personnages qui occupent le premier plan, tout en donnant un caractère particulier d'importance à l'architecture du fond: c'est qu'entre les personnages et les monuments, il y a un grand espace qui paraît à peu près vide, seulement occupé par

Le Pérugin.

Le Christ remettant les clefs à Saint Pierre (le Christ).

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d'autres personnages, minuscules ceux-là, dont les attitudes et la gesticulation donnent à voir, à gauche, la remise du denier au centurion par saint Pierre, à droite, le saint poursuivi à coups de pierres. Le décor devant lequel se passent ces deux scènes accessoires et la scène principale se compose d'un édifice central en forme de baptistère à dôme hexagonal, à portique cintré surmonté d'un fronton triangulaire, et accosté de deux portiques latéraux extérieurs ; à droite et à gauche, deux arcs antiques où se distinguent des statues, des bas-reliefs, des frises, des colonnes. I 'est en avant de ce déploiement somptueux de monuments, en ;i\;int de la vaste place qu'apparaissent le Christ et l'apôtre, ayant derrière eux, comme deux cortèges, les autres disciples et des spectateurs. Les disciples sont nu-tête, auréolés, et vêtus de robes <'t de manteaux, les assistants ont les costumes de tuniques ramagées, de justaucorps, de bonnets, qui étaient portés en Toscane e\ en Ombrie au temps du Pérugin. Il y a là, réunis, de

PJioto Alinari.

Lk Pérugin. Le Christ remettant les clefs à Saint Pierre (Sainl Pierre)

bons et de mauvais visages, des pages hargneux, des bourgeois importants, mais tous les disciples ont belle allure de doux rêveurs, de vieux sages; l'un d'eux, à gauche, et un autre, à droite, on! des physionomies d'une charmante douceur, cependant que le Chris! est d'un visage assez âpre, adouci par le regard qu'il jette sur son serviteur auquel il remet les clefs du Paradis, grosses comme des clefs de prison. Elles font véritablement de saint Pierre le guichetier céleste qu'il est resté dans l'imagination religieuse populaire, et le Pérugin a su lui donner, à lui aussi, la physionomie soumise et disciplinée qui convient à son emploi.

Vlinari.

Le Pérugin. Le Chrisl remettant les cle/s à Saint Pierre (Saint Jean).

CoSIMO ROSSELLI

COSIMO ROSSELLI.

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