RACHEL
Il faut revenir en arrière pour voir Michel-Ange travailler au .Moïse. la grande figure achevée du Tombeau de Jules II, qui pesa d'un tel poids sur son existence. Le monument dont elle fait partie a élé placé en février 1545 dans le transept de l'église de San Pietro in Yincoli (Saint- Pierre-aux -Liens), construite au ve siècle pour y conserver les chaînes qui avaient lié l'apôtre Pierre, selon la légende consacrée par la chrétienté. Mais si le monument a été achevé en 1545, le Moïse a été sculpté de 1513 à 1516, à Rome, après la peinture du Plafond de la Chapelle Sixtine.
Pour le présenter, un ensemble architectural à deux étages de niches, de cousoles, de cariatides, a été construit et orné par Raffaele da Montelupo. Les cariatides, bustes d'hennés imités de l'antique, sont de Giacomo del Duca.
Au-dessus de l'entablement, un sarcophage sur lequel esl étendue une statue de Maso Boscoli da Fiesole, le pape Jules II. la tiare sur la tète, en un mouvement disgracieux, le corps péniblement soulevé et appuyé sur les mains. A droite el ;'i gauche du pape, entre des pilastres surmontée comme les <<>u soles du bas, de têtes d'hermès, sont deux statues, un Prophète et une Sibylle, de Raffaele da Montelupo. Au-dessu- du pape, une Madone avec l'enfant, du même artiste. Et sur les pilasti quatre chandeliers et un écusson aux armes des Rovère, surmontés
Michel-Ange.
Rachel.
Michi i Ange.
Photo [linari
Le Monument <iu Pape Jules II.
de la tiare pontificale et des clefs de Saint-Pierre. Toul étage est malheureusement banal, une offense à Michel-Ange. H ne règne qu'au rez-de-chaussée du monumenl où apparaît d; sa puissance redoutable le Moïse, pareil à un Jupiter foudroyanl ou à un dieu Pan pour la force musculaire «lu torse, des jambes solidement appuyées au socle, du bras qui porte les tables de la Loi, de la main posée sur la longue barbe de fkuve. Mais s'il est Jupiter et Pan par la musculature, le visage est d'un dieu nouveau créé par Michel-Ange, résolu, énergique, chargé de pensées. Tel qu'il est, image de réflexion sauvage et de force résolue, ce n'est pas ici, adossé à ce monument de marbre chargé de fioritures, qu'il devrait se dresser. Il devrait être vu tout entier, au milieu de Saint-Pierre de Rome dont il deviendrait le dieu géant, ou mieux encore à la Sixtine, sous ce plafond où vivent de leur vie ardente ses frères les Prophètes et ses sœurs les Sibylles. Il n'y a qu'une raison pour le laisser à Saint- Pierre-aux-Liens, c'est qu'il se présente avec deux belles statues de Michel-Ange, Lia et Rachel, la vie active et la vie contemplative inspirées des versets du Dante, au poème du Purgatoire. C'est Lia qui parle : « C'était pour me plaire, à mon miroir, que je me pare ; mais ma sœur Rachel ne s'écarte jamais du sien, et est assise tout le jour... Elle est avide de voir ses beaux yeux, comme moi de me parer avec mes mains ; son bonheur esl de contempler et le mien d'agir. »
Mu m. i. \m.i .