Partie d'une paroi urée une fresque de Botlicelli
menl de son successeur sont célébrées, il n'y a pas seulement dans le chœur encagé plus grand que la nef, quelques bancs et l'estrade du trône pontifical. Il y a, dépassant la clôture, s'élevant vers hi lumière, planant enfin au-dessus de l'espace profond et étroit, l'apparition aux murailles et aux plafonds de la plus extraordinaire <lr> œuvres humaines créées par les artistes : les fresques des artistes de la Toscane et de l'Ombrie augmentées, dépassées, surmontées, par les écrasantes conceptions de Michel-Ange : le Plafond et le Jugement dernier.
L'impression est saisissante, que l'on soit seul, ou parmi la foule des visiteurs.
C'est une autre foule que Ton voit, celle qui se meut lentement ou violemment, qui pense, qui agit autour de vous, sur les murs, entre les fenêtres et autour des cintres, dans les compartiments découpés en rectangles et en triangles du Plafond.
Il faut prendre les choses par le commencement. Le pape Sixte IV fit signer, le 27 octobre 1481, le contrat d'une décoration à quatre artistes renommés de la Toscane : Sandro Botticelli, Domenico Ghirlandajo, Pietro Perugino, Cosimo Rosselli. Ils acceptaient de couvrir les deux murailles de dix fresques représentant en vis-à-vis les scènes de l'Ancien et du Nouveau Testament, de la vie de Moïse • I de la vie (le Jésus, où l'Ëglise voit un parallélisme. Puis, l'architecte s'apereul que le nombre de fresques pouvait être porté à douze, cl de nouveaux artistes furent adjoints aux précédents: Lucas Signorelli, Pinturicchio, Piero di Cosimo, Salviati. De plus, Uol I icclli. (Ihirhmdajo, Fra Diamante ont eu à exécuter les portraits de papes qui sonl placés entre les fenêtres, immédiatement au-dessous de la base des compositions de Michel-Ange qui en! ourenl les cinl res.
1 es papes sonl de simples ligures de support peintes <'n trompel'œil dans des niches aux sommets en coquille, alternanl des
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Chapelle Sixtine.
Partie d'une paroi avec les Papes Lucio et Fabiai une partie de la décoration de Michel-Ange.
pilastres plats ornementés de rinceaux. Néanmoins certains visages ont une acuité particulière parmi les autres visages, barbus et graves, empreints de componction.
Au-dessous de ces fenêtres et de ces figures de papes, et séparées d'elles par une corniche, sont les douze fresques entre lesquelles s'élèvent de larges pilastres à chapiteaux ornés, où se voient aussi des chandeliers massifs d'où jaillit une décoration de rinceaux. Au-dessous de chaque fresque, un pan de mur accosté pareillement de pilastres à rinceaux occupe l'espace libre entre la fresque et le sol. Ces pans de mur sont peints en trompe-l'œil d'une étoffe à plis imitant un rideau : autrefois, on accrochait là pour les cérémonies les tapisseries tissées à Bruxelles d'après les cartons de Raphaël. Ces cartons sont à Londres, au Kensington Muséum, les tapisseries sont au Vatican, dans la Galerie des Arazzi.
Quatre figures de papes, parmi lesquelles le Christ et Saint Pierre, « I trois fresques du Pérugin : Moïse sauvé des eaux, le Couronnement de la Vierge, l'Adoration des Mages, ont été recouvertes par le Jugement dernier de Michel-Ange. Les douze fresques qui subsistent comprennent, à gauche de l'officiant tourné vers l'autel, six résumés de la vie de Moïse, et à sa droite, six résumés de la vi<- du Christ. En voici la liste dans l'ordre ainsi indiqué, en partant de l'autel :
Vie de Moïse : I. Le Pinturicchio : Le Voyage de Moïse en Egypte avec sa femme Sephora et son fils ; Circoncision de son fils. II. Botticelli : Moïse tuant l'Egyptien ; chassant les bergers de la fontaine ; adorant le buisson ardent. III. Piero di Cosimo ou Cosimoo Rosselli : Le passage de la Mer Rouge. IV. Cosimo Rosselli : Moïse sur le Sinaï ; Adoration du Veau d'Or. V. Botticelli : Révolte de < "ié, Dathan et Abiron. VI. Luca Signorelli et Bartolommeo délia Gatta : Moïse législateur; Moïse désignant son successeur Josué : Mort de Moïse.
Vie du Christ : I. Le Pérugin et le Pinturicchio : Prédication de Jean-Baptiste ; Baptôme du Christ. II. Botticelli : Purification du Lépreux ; Tentation de Jésus. III. Ghirlandajo : Vocation de Pierre et d'André. IV. Cosimo Rosselli : Sermon sur la montagne ; Guérison du Lépreux. V. Le Pérugin : Le Christ remet les clefs à Sainl Pierre. VI. Cosimo Rosselli : La Cène.
Aux murs de l'Est, deux autres fresques : l'une de Salviati, l'Archange Michel protégeant le corps de Moïse ; l'autre de Ghirlandajo, la Résurrection, ont été repeintes sous Grégoire XIII.
Photo A lin„ri.
Chandelier de la Balustrade.
Le Pinturicchio.
Le voyage <lr Moïse en Egypte.
III. - - LE PINTURICCHIO : LE VOYAGE DE MOÏSE EN EGYPTE AVEC SA FEMME SEPHORA ET SES FILS. -METHODE DE COMPOSITION.
La première des fresques de la vie de Moïse aurait dû être à la seconde place. Ce n'est pas en effet le début de l'existence du législateur. Il n'y a plus à la Sixtine la représentation du sauvetage de Tenfant par la fille du pharaon de l'Egypte, lorsque l'ordre fut donné de supprimer tous les nouveau-nés d'Israël qui pullulaient depuis La venue de Jacob appelé par Joseph. Il a été dit plus haut comment le Moïse sauvé des eaux du Pérugin avait été ré. ou\ cri par le Jugement dernier de Michel-Ange. Tout à l'heure, à La seconde fresque, nous trouverons les incidents de la jeunesse de Moïse <•! son mariage avec Sephora dans le pays de Madian. [ci, il s'agit de son voyage commandé par l'Eternel, lahvé ou Elohim, après qu'il lui a parlé au milieu du Buisson ardenl que non- verrons fleurir el brûler à l'angle gaucho
de la seconde fresque. [ahvé a ordonné à Moïse d 'ni 1er délivrer son peuple des souffrances qu'il éprouve en Egypte : Ce fut sur cet ordre que pa rtit Moïse :
0 Mosché (Moïse) prit alors sa femme, ses enfants, les mit à cheval sur des ânes, et reprit le chemin de M i ç r a ï m (Egypte). Dans sa main, Mosché tenait le bâton d'Elohim. Sur le chemin, à la station, il arriva qu'Iahvé s'approcha de lui pour le faire mourir (probablement parce qu'il n'avait pas fait circoncire son fils). Alors, prenant une pierre, Çippora (Sephora) trancha le prépuce de son fils, et le jeta aux pieds de Mosché, en s'écriant : « — - Tu m'es « un époux sanglant ». Alors Iahvé s'éloigna de lui. » ( Exode, I\ Puis, Iahvé dit à Aaron, frère de Moïse, d'aller au-devant de lui dans le désert : « Il partit, joignit Mosché à la montagne d'Elohim.
Le Pinturicchio.
Fragment du voyage de Moïse en Egypte.
1. La Bible, traduction nouvelle d'après le texte hébreux et grec, par E. Ledrain (Paris, Lemerre, éditeur, 10 volumes, 1887-1889). Idem pour les autres citations.
le baisa. Mosché rapporta à son frère toutes les paroles d'Iahvé, qui l'avait envoyé, et tous les signes qu'il lui avait ordonné d'accomplir.
Mosché et Aaron firent leur route ; après quoi , ils réunirent tous les anciens d'Israël auxquels Aaron redit tout ce qu'Iahvé avait dit à Mosché ; celui-ci accomplit les signes devant le peuple, qui prit confiance. »
La fresque attribuée tour à tour au Pérugin, au Pinturicchio, à Signorelli, semble due jfinalcment au Pinturicchio avec une < "llaboration possible du Pérugin. Les groupes principaux : l'ange, les femmes, les enfants sont du même style que les figures des appartements Borgia au Vatican. Toutefois, le Moïse de droite, celui du groupe de la Circoncision, est marqué de la religiosité péruginesque, que le Pinturicchio, d'ailleurs, aurait pu imiter, "M rencontrer. Le paysage est fort beau, avec ses rochers aux arêtes vives, ses collines aux lignes basses, ses arbres minces et hauts,
Le I'i\ï uricchio.
Photo A linari-
Fragment du voyage de Moïse en Egypte.
les feuillages en bouquets, en couronnes, ses peupliers, ses cyprès, la lumière espaçant les plans, illuminant les méandres d'une rivière, rayonnant au ciel où passent des faisans poursuivis par des faucons. Au premier plan se déroule le cortège du voyage de Moïse, celui-ci jeune, presque imberbe, suivi de sa femme Sephora et de ses deux enfants, et de nombreux person- Le p^turicchio nages, seigneurs florentins, vieillard à barbe blanche coiffé d'un turban, suivantes portant, l'une un paquet, l'autre un vase précieux, serviteurs conduisant un chameau et suivis d'un chien. La femme, les enfants, les suivantes ont une beauté de statues vivantes harmonieusement vêtues de robes à plis, d'amples manteaux, de voiles qui s'envolent au vent de la route en mouvantes arabesques. C'est un ange exterminateur, vêtu d'une robe blanche, les ailes à demi ouvertes, pareil à celui qui se dresse dans les peintures du Paradis terrestre, qui arrête Moïse, la main droite le saisissant au collet, la main gauche tenant le glaive, les pieds nus bien campés sur le sol, le corps robuste, le profil inflexible. Moïse lève paisiblement la main, il va obéir. Sur le côté droit de la fresque, c'est en effet la mise en scène litté-
Pkoio AH
Fragment de Moïse en Egypte : Sephora.
raie de la Circoncision, une suivante assise qui tient l'enfant sur ses genoux. Sephora agenouillée qui l'opère, .Moïse, son second fils auprès de lui, qui regarde, en même temps qu'une douzaine de Florentins aux mines éveillées ou renfrognées, attentives ou indifférentes, parmi lesquels se revoit le vieillard barbu au turban. Au second plan, Moïse encore, qui rencontre Aaron. A l'arrièreplan, un jeune berger joue de la flûte, deux autres dansent en se joignant les mains, trois autres regardent, appuyés sur leurs houlettes, les moutons paissent la prairie.
Sans compartiments, sans séparations, réunies sur la même grande page, par la même étendue de paysage, ces scènes di- \ ••!>••* forment une composition équilibrée en deux groupements
Le I'i\i uricchio.
Fragment de Moïse en Egypte figure du Cortège.
principaux séparés par l'ange, qui donnent à voir, sous couleur biblique, une réunion de personnages florentins mis au service des Ecritures et figurant en apparences véridiques les versets de la Bible. Ainsi, l'allure des gens observés, les caractères particuliers de leurs physionomies servaient à illustrer ce que la Bible contient d'histoire et de légende. Aujourd'hui les recherches, les quelques trouvailles et les hypothèses de l'érudition ont d'autres exigences, et il serait difficile de faire escorter Moïse par des hommes et des femmes à la mode du moment, comme le faisaient tranquillement les artistes de la Toscane. Ils obtenaient ainsi le double résultat de représenter au moins certains aspects de Ici vie de leur temps et de satisfaire au programme ecclésiastique inscrit à leur traité.
Le Pinturicchio.
La Circoncision : figure de Sephora.
Boi in mil
Fragment des Filles de Jethro : Le Puits.
iv. botticelli. -les filles de jethro. — moïse tuant
l'égyptien, -la fuite de moïse, —le puits. — le
BUISSON ARDENT. -- LE DEPART DE MOÏSE POUR l'ÉGYPTE. — PLACIDITÉ DE L'EXPRESSION.
La seconde fresque, qui devrait être la première si l'on voulait raconter par ordre chronologique la vie de Moïse, rassemble quatre rpiM.do do sa jeunesse. Le premier est le meurtre de l'Égyptien, commis par Moïse lorsqu'il s'aperçoit que les Egyptiens dominent et accablent les Hébreux. Il a quitté la fille de Pharaon, il est ;illé vers les siens... « Il aperçut leurs lourds labeurs, et un Miçrite frappant un Hébreu, un de ses frères. Se tournant de côté et d'autre, el voyant qu'il n'y avait personne, il tua l'Kgyptien, et le
cacha dans le sable. Gomme il sortit le lendemain, il rencontra deux Hébreux qui se querellaient, et dit au plus mauvais des deux : « — Pour- « quoi frappes-tu « ton compagnon?
« — Oui t'a établi « sar et juge sur « nous ? lui ré- « pondit celui-ci.
« Veux -tu donc « me tuer comme « tu as fait de « l'Egyptien ? »
Plein de terreur, M ose hé pensa :
«La chose est « connue ». Pared
(le pharaon), en effet, instruit de l'affaire, voulut faire mourir Mosché. Celui-ci s'enfuit alors de devant Pareô pour aller habiter le pays de Madian... » (Exode, II.)
Botticelli a placé à droite de la composition le meurtre de l'Egyptien par Moïse. Celui-ci a terrassé sa victime qui renverse la tête, la bouche ouverte pour un cri désespéré, et il lève son bras armé d'un large coutelas pour le frapper à la gorge. Deux Hébreux ont gravi les degrés d'un petit temple de forme carrée, à
Botticelli.
pilastres ornés de chapiteaux corinthiens, et ils s'enfuient en regardant le spectacle sanglant. Au second plan, Moïse, la besace au dos, va disparaître derrière la colline qui apparaît nette et sombre sur un ciel lumineux.
Au premier plan, au centre de la composition, Moïse reparaît • u une scène admirablement comprise et disposée : « Il s'arrêta près d'un puits. Le cohène (prêtre) de Madian avait sept filles, qui vinrent puiser de l'eau pour remplir les abreuvoirs et faire boire le menu troupeau de leur père. Mais comme des bergers les repoussaient, Mosché, se dressant, les secourut et abreuva leur troupeau. » (Exode, II.)
Un puits et une auge sont placés au centre d'un groupe d'arbres aux troncs lisses, au feuillage épais et sombre. La poulie est accrochée à une branche. Au fond, Moïse chasse les bergers malveillants à coups de bâton, du même geste que Jésus chassera les vendeurs du Temple. Au premier plan, il a rassuré les pastourelles, a tiré un seau d'eau du puits, le verse dans l'auge où les brebis blanches et le bélier noir viennent boire sans crainte. Les jeunes filles sont de la même race que les fées du Printemps. L'une, vue de dos, fière et confiante, s'avance vers Moïse tout en parlant à sa sœur. De la main droite, elle tient sa houlette, de la main gauche elle montre les brebis heureuses. L'autre jeune fdle, la tête penchée, douce, rêveuse comme une Marie de l'Annonciation, serre son châle contre elle et porte à sa houlette un fuseau et un écheveau d<- laine Toutes deux ont les pieds nus, la taille svelte, les mains fines, les cheveux blonds. Elles prennent place naturellement dans la réunion pensive et mélancolique où Bottieelli a rassemblé comme des sœurs les Vierges et les Vénus que son âme ingénue et double, nullemenl ambiguë, à la lois catholique et païenne, voyait tour à tour »•! peut-être à la fois, lorsque la femme mystérieuse et vivante lui apparaissait dans -;i dualité.
C'est le même I \ pe, le même corps, le même visage, et parfois la même expression qui signifient pour lui la jeune fille et la mère.
Les bergères, filles de Jethro debout dans ce décor rustique d'une si précise et si tendre réalité, sont parmi les plus douces créatures animées par son pénétrant et pensif génie :
« Quand elles rentrèrent près de Recouël (ou Ithro), leur père,
il leur dit: « — Pourquoi revenez-vous si tôt aujourd'hui ? — Un « Miçrite, répondirent-elles, nous a tirées de la main des pasteurs ; « il nous a aussi puisé de l'eau pour faire boire les bêtes. - - Où « est-il ? dit le prêtre à. ses fdles. Pourquoi l'avez-vous laissé «partir? Appelez-le, pour qu'il mange des provisions. » Mosché consentit d'habiter avec l'homme, qui lui donna Çippora, sa fille. Celle-ci enfanta un fils, que Mosché appela Guéreschom. » Ce fut ainsi que Moïse épousa une fille dont le nom de Çippora