VÉRONÈSE
comme celui de
l'Homme au gant, et cet autre à la barbe noire en éventail, et cet
autre aux cheveux rabattus sur le front. Il crée une des beautés de la
peinture avec le portrait de Laura de Dianti, aux épaules larges, aux
petits seins, aux cheveux blonds ondes, au doux visage pensif et
secret.
Barbarelli, dit Giorgione ( 1477-1 511), est resté comme l'émule du Titien, malgré sa courte existence. Ce que l'on possède de lui suffît d'ailleurs pour sa gloire. Au Louvre, sa Sainte Famille, et surtout son Concert champêtre, sont parmi les œuvres rares. Le Concert est une réunion de deux hommes habillés et de deux femmes nues. L'un des hommes, en rouge, tient un luth. Une femme, assise, joue de la flûte,
Evanovisstivent d'E^lher,
et l'autre est debout auprès d'un puits- Un beau paysage se déploie, un troupeau marche à l'ombre des arbres. Toute la lumière est comme concentrée dans les deux belles créatures, aux chairs denses, dorées comme des fruits d'automne.
Jacopo Robusti, dit le Tintoret ( i 512-1594), montre Suzanne au bain par une belle femme, longue, souple, servie par deux suivantes, épiée par deux vieillards. Il esquisse un Paradis où le Christ, couronnant la Vierge, est entouré d'une foule d'apôtres, de pères, de docteurs, de saints, de saintes, d'anges, en un arrangement de vaste décoration. Il peint un homme vieux, à la chair grisâtre, au visage ravagé. C'est peu pour donner l'idée du Tintoret, dont l'œuvre est considérable à Venise, mais la Suzanne exprime au moins très fortement et très richement les qualités du peintre. En revanche, un autre grand peintre de Venise, Paolo Caliari, dit le Véronèse ( I 528-1 588), se présente au Louvre dans tout le déploiement de sa grandeur aisée, de son faste délicieux.
Les Noces de Cana suffiraient pour le définir complètement, avec leur bariolage de costumes si bien opposés. L'épisode de la vie du Christ devient un extraordinaire carnaval, un festin superbe; les peintres de Venise donnent un concert aux souverains d'Europe, et c'est l'apparition même de Venise dans l'histoire, avec ses palais de marbre, sa fête, sa couleur dOrient, son caractère d auberge splendide, — l'auberge des rois qu'elle sera encore deux siècles plus tard. Véronèse peint tout cela inconsciemment, en se jouant; il a surtout le souci de l'ordre dans la profusion, et de l'atmosphère blonde faite de tous les reflets des couleurs. Mais nous le possédons avec infiniment de variété par Suzanne, Esther, les Pèlerins d'Emmaiis, le Repas chez Simon le Pharisien, — par des exemples de ses grandes décorations : Jupiter foudroyant les crimes, et le Saint Marc. — par un tableau de chevalet de mouvement souple, de couleur argentée et phosphorescente : l'Incendie de Sodome, — par
UL YÉRONÈSE.
ORTRAIT DE FEMME.
la délicieuse Vierge entourée de sainte Catherine, de saint Benoit, de saint Georges, — par un Portrait de femme qui le révèle attentif à la tournure et à l'expression.
Il faut au moins inscrire ici les noms de Palma Vecchio, Bonifazio, Bassan, chez lesquels on trouvera la beauté delà peinture vénitienne, ample, dorée, voluptueuse, foyer de chaleur et de vie, la plus belle peinture du monde. Mais l'histoire de l'art de Venise est presque
épuisée avec Véronèse. Il faut passer un siècle pour trouver Tiepolo (1693-1770) redondant et fade à la fois, puis, fort heureusement , quelques peintres qui fixent la physionomie de la Venise du xviii'' siècle en fines architectures, comme Canaletto (1697- 1768), en silhouettes prestement touchées, comme Guardi (17 12-1793) en documents d'apparat, comme Panini (169C-1768), tous trois au Louvre. C'est la fin de Venise.
La décadence était d'ailleurs partout en Italie, à Bologne, à Rome, à Naples comme à Florence et à Venise. Au xvi* siècle, les Carrache ne sont pas sans talent (voyez surtout les paysages d'Annibal), mais ils s'épuisent à vouloir vivre sur le passé, ils mettent l'art à la place de la nature, sont des professeurs et non des créateurs. Guido Reni (i 575-1642 ), l'Albane (i 578-1660 ), le Guerchin (i 591-1666 )
VÉRONèSE.
L'Incendie de Sodo:ne-
peuvent être pris, parmi tant d'autres, comme exemples de cette décroissance de l'art. Amerighi, dit le Caravage (i 569-1609), garde au contraire le sentiment du rôel, maintient vigoureusement les droits de la vie. Sa Mort de la Vierge, sa Diseuse de bonne aventure, son Concert, malgré l'opacité des ombres, la lourdeur de la forme, ont de beaux morceaux, d'une vaillante exécution. Le Portrait d'Alofde Wignacourf, grand maître de Malte, debout, couvert de son armure, accompagné de son page qui porte son casque, est une savante image de force et d'autorité. Caravage a été le maître de Ribera et le lien est évident entre les deux artistes. Chez Zampieri, dit le Dominiquin (1581-1641), il y a une finesse de sentiment et de style visible par des œuvres comme la Sainte Cécile, le Roi David. Salvator Rosa (161 5-1673), qui sera ici le dernier nommé de l'école italienne, a dû sa réputation au goût pittoresque de ses paysages, de ses scènes de brigands, de ses batailles, mais qui a vu une de ses toiles les connaît toutes, c'est sans cesse le même décor et le même mélodrame.
CuiALETTO.
Vtie de V enise.
RUDENS.
Triomphe de la Religion, (Fragment.)
L'ÉCOLE FL^MJIMDE
JA.N VAN EYCK. — ROGIER VAN DER WEYDEN. — HANS MEMLING. GOSSAERT. — QUENTIN MATSYS. — BRUEGHEL LE VIEUX-